La véritable histoire de Barbe Bleue : partie 7
7) Des nobles dames débauchées
« Saphisme? s’étonna Eva. Que voulez vous dire par là?
Ariane soupira :
« Et c’est moi qu’on traite de canaille! J’ai commis bien des fourberies dans ma vie, mais les familles nobles commettent toutes un crime bien pire en ne donnant aucune éducation sexuelle à leurs filles. Comment voulez vous donc qu’elles se protègent et qu’elles apprennent les délices de l’amour dans de telles conditions? Tu sais pourquoi je suis tombée amoureuse d’Albert, Eva? Il est le seul homme que j’aie rencontré qui ait montré un quelconque souci d’éviter de me transmettre la vérole ou me faire tomber enceinte avant de songer à faire l’amour avec moi. Franchement, les filles, vous avez eu de la chance : avec un autre mari, vous auriez déjà eu des marmots sans même avoir eu la possibilité de choisir. Pour répondre à ta question, le saphisme désigne les plaisirs amoureux que les femmes peuvent avoir entre elles.
- Plaisirs amoureux … entre femmes?
- Oui; cela t’étonne, et pourtant, il y a plein de manières de se faire plaisir sans avoir besoin d’un homme. Et en plus, pas de risque de tomber enceinte.
- Et Ariane est très douée pour cela, confirma Elsa. Si vous saviez ce qu’elle est capable de faire avec ses doigts et sa langue …. Hihihihi
- Elsa, voyons, s’indigna Madeleine. Un peu de pudeur, je te prie.
- Oh, arrête, Madeleine, rétorqua Elsa. Toi aussi tu aimes ça. Je t’ai même surprise une fois à proposer à Ariane une journée de détention en moins en échange d’une nuit d’amour en tête à tête dans ton cachot, et le pire, c’est qu’elle a accepté.
Madeleine devint écarlate, tandis que ses codétenues éclatèrent de rire, y compris Hélène.
« Que veux tu, Eva? J’ai acquis une grande expérience des plaisirs charnels pendant ma carrière criminelle. En effet, je me suis souvent liée d’amitié avec des courtisanes qui m’aidaient à repérer des proies, et elles m’ont beaucoup appris. D’autant que souvent, lasses de satisfaire les désirs des hommes, elles se faisaient plaisir entre elles, et j’ai été souvent conviées à ces moments d’intimité. Et quand je suis arrivée ici, j’ai fait profiter mes compagnes de mes talents. Et j’en suis heureuse, car le pauvre Albert n’arrivait plus à pouvoir satisfaire toutes ses femmes à lui tout seul.
Elsa continua :
« Et je dois avouer que j’ai été surprise de découvrir qu’une femme pouvait m’apporter autant de plaisir que mon mari. Et je serais toujours reconnaissante à Ariane de cette révélation. Surtout qu’elle m’a accordé sa préférence par rapport aux autres, au grand dépit de Madeleine d’ailleurs.
- Et vos autres compagnes? Elles n’ont pas été attirées par Ariane?
Hélène répondit:
- Même si Ariane m’a beaucoup appris, je dois admettre qu’elle n’est pas mon type de fille. Moi, c’est à Marie que j’ai accordé ma préférence, et cette attirance est réciproque.
- Quant à Jeanne, elle n’a pas témoigné un grand intérêt pour le saphisme continua Ariane. Elle est scrupuleusement fidèle à Albert. De toute façon, elle n’est pas très portée sur la chose. Elle ne vit pratiquement que pour ses patients.
- Et Madeleine? demanda Eva.
- Madeleine, elle se mettra avec toute personne qui consentira à lui donner du bon temps. Comme nous l’aimons bien, nous faisons toutes des infidélités à nos partenaires habituelles en sa faveur. Sans compter qu’Albert, conscient qu’elle n’a pas de fille régulière, lui accorde un peu plus d’attention qu’aux autres.
- Ariane, tu dépasses les bornes, protesta Madeleine. Tu me fais passer pour une gourgandine.
- Mais tu en es une, et tu ferais mieux de l’assumer, au lieu de jouer les prudes, répliqua Ariane. Après tout, si tu as écrit mes aventures, c’est que secrètement, tu aurais souhaité les avoir vécues.
- Je les ai avant tout écrites dans l’espoir que tu puisses gagner ta vie honnêtement. Et je savais qu’avec ton attitude, il était vain d’essayer de te faire exercer un vrai travail. Je regrette presque que cela ait trop bien marché, car je suis excédée de voir le crime autant te profiter, y compris de manière légale.
- Sans compter qu’il te profite aussi à toi, Madeleine, s’amusa Ariane. Cela dit, je me considère d’abord comme votre bienfaitrice, en vous apportant l’éducation que vous n’avez pas reçue de votre famille.
Le court silence qui suivit montra qu’Ariane avait marqué un point.
Eva décida de changer le sujet de la conversation.
« Mesdames, j’ai besoin de vous demander conseil. A présent que j’ai découvert le secret de mon mari, que dois-je faire?
Elsa lui répondit:
- Voici mon conseil, basé sur mon expérience et celle de mes compagnes. La prochaine fois que tu verras Albert, il serait judicieux que tu lui avoues toi-même que tu lui a désobéi. De toute façon, il le saura, mais il appréciera ton honnêteté s’il l’apprend de ta bouche. Mais en attendant ce moment, je te conseille de réfléchir à ce que tu souhaites faire de ta vie, afin qu’Albert dispose d’éléments qui vous aideront à préparer ensemble le projet d’avenir qui te conviendra le mieux. Car nous souhaitons tous ton bonheur, mais nous ne pouvons le construire à ta place.
- Je vous remercie de ce fort judicieux conseil, Elsa, et je l’appliquerai à la lettre.
- Et nous nous réjouissons d’avance de t’accueillir parmi nous, Eva, s’exclama Ariane. J’ai vraiment hâte de te faire découvrir l’amour au féminin. »
La jeune duchesse rougit d’embarras suite à cette proposition quelque peu indécente.
- Ariane, tu es un peu trop insolente, déclara Elsa. Pour te punir, je vais t’enchaîner les mains derrière le dos pendant quatre heures. Madeleine, peux tu m’ouvrir, s’il te plaît? »
Celle-ci libéra bientôt la musicienne, qui approcha de la cellule d’Ariane. Celle-ci avait déjà tendu ses poignets devant elle. Sans ouvrir la porte du cachot de son amie, Elsa lui retira un de ses bracelets, avant de le lui remettre après qu’elle ait placé ses mains derrière le dos. Ariane ne cessa de pouffer pendant toute la durée de l’opération
«Oui, je sais que je suis une vilaine fille, Elsa. Mais je te promets que je serai sage à l’avenir. Alors s’il te plait, ne me laisse pas trop longtemps enfermée comme ça.
- Tu seras punie aussi longtemps que je le voudrai, Ariane. N’espère aucune grâce de ma part surtout en me racontant de telles sornettes »
Ariane rit encore quelques instants avant de s’allonger sur son lit. C’est à ce moment qu’Eva quitta la prison
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