La véritable histoire de Barbe Bleue : partie 5
5) Les autres duchesses de Bar-Le-Bleu
« Et qui fut la prochaine élue? demanda Eva
- Ce fut Jeanne, répondit Hélène, mais elle n’est pas ici aujourd’hui. En effet, elle travaille comme soignante dans un hospice, et n’a pas pu se libérer pour vous accueillir. Elle est profondément dévouée à ses malades, peut être même trop, car elle en oublie de ménager sa propre santé. A tel point que, de temps à autre, nous sommes obligées de la garder enfermée une journée dans sa cellule pour la contraindre à se reposer. Au début, elle était furieuse contre nous lorsque nous agissions ainsi, mais à présent, elle comprend que c’est pour son bien, surtout que nous ne le faisons que quand elle est au bord de l’épuisement.
- Et vous Hélène? Quel a été votre choix de carrière?
- Je donne des leçons aux enfants à l’école du bourg proche du château. Aujourd’hui, il n’y a pas cours, et j’en profite pour préparer mes cours, mais aussi, hélas, corriger les copies de mes élèves. Si je suis enchaînée à présent, c’est parce que Madeleine a eu la gentillesse de me forcer à faire une pause dans cette corvée. Malheureusement, il faudra qu’elle me libère bientôt, car j’ai encore un gros paquet de copies à terminer pour demain.
- C’est si pénible que cela que vous trouviez plus agréable de porter des chaînes?
- Vous n’imaginez pas toutes les sottises que je peux lire, et c’est très agaçant. Et puis, cela fait désespérer, car on a l’impression d’accomplir beaucoup d’efforts pour rien. Mais cela fait partie du travail d’enseignante, et heureusement, je tire d’immenses satisfactions par ailleurs, en particulier lorsque je constate les progrès de mes élèves.
- Je m’en doute. Vous faites un beau métier, Hélène, et je me doute bien que vous le faites par vocation.
- Merci, Eva. Transmettre les connaissances à la jeune génération m’apporte beaucoup de bonheur.»
Eva se dirigea alors vers Marie
« Bonjour madame, répondit cette dernière. Je devine que vous allez me demander quel travail je fais. Je suis horticultrice : je cultive des fleurs, des légumes et des arbres fruitiers dans les jardins du château. D’ailleurs, il va bientôt falloir que je vous quitte, car mes plantes m’attendent. Mais j’ai été ravie de faire votre connaissance. »
Elle appela Madeleine afin qu’elle la délivre, puis elle quitta la prison.
Eva s’approcha alors d’Ariane.
« Bonjour, madame
- Oh, ne m’appelle pas « madame », Eva, ça me gênerait. Appelle moi Ariane.
- Tu as bien raison, Ariane, renchérit Madeleine. Une coquine comme toi ne mérite pas d’être traitée en grande dame.
- Et je ne le souhaite pas. Je sais que je suis une fripouille, et j’en suis fière. Mais je suis quand même aussi duchesse que vous.
- Et je me demande toujours comment Albert a pu tomber amoureux de toi.
- Parce que je le fais rire, répondit Ariane, goguenarde. De nous toutes, je suis la plus marrante. Et admettez que l’ambiance de cette prison est bien plus animée depuis que je suis arrivée. »
Madeleine ne répondit pas, ne pouvant contredire son interlocutrice sur ce point.
Ce dialogue laissa Eva quelque peu perplexe. Pourquoi Madeleine parlait à Ariane comme si elle était une malfaitrice? Cette dernière lut la confusion dans le visage de la duchesse, ce qui la fit éclater de rire.
« Approche toi de moi, Eva. Je vois bien que tu as besoin de quelques explications. Tu comprendras tout lorsque je t’aurai raconté l’histoire de mon mariage avec Albert. »
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