La véritable histoire de Barbe Bleue: partie 1
1) Introduction
Tout le monde connaît le conte de Barbe Bleue, immortalisé par Charles Perrault. Mais qui connaît la véritable histoire dont il a été inspiré? Malheureusement, les véritables évènements ont été modifiés de telle manière que la version finale du conte n'a qu'un lien ténu avec la réalité. C'est pourquoi, en tant que chroniqueur, il est de mon devoir de révéler au monde la vérité.
Le héros de cette histoire, que l'on connaît actuellement sous le nom de Barbe Bleue ne portait en réalité pas la barbe et il n'a jamais eu le moindre poil bleu sur son corps. En revanche, il était connu comme le duc Albert de Bar-le-Bleu. C'était un noble très riche, d'une très ancienne lignée. Au moment où débute notre histoire, il était veuf et souhaitait se remarier. Il était considéré comme un excellent parti, et bien des familles souhaitaient leur faire épouser leur fille. Le duc finit par choisir la fille d'un comte, Eva de Mecy. Le mariage fut célébré en grandes pompes, et la jeune femme emmenagea dans le château de son époux. Celui-ci l'assura qu'elle pourrait demander tout ce qu'elle désirerait, et ses souhaits seraient exaucés. Il ne lui imposa qu'un seul ordre: elle ne devait jamais visiter l'aile sud de son château. Si elle contrevenait à cette instruction, de funestes conséquences en résulteraient. Eva fit le serment de ne jamais s'opposer à la volonté de son mari.
Pendant quelques semaines, elle vécut un parfait bonheur. Le duc lui témoignait la plus profonde affection, elle dégustait les mets les plus raffinés, elle lisait avec passion les nombreux ouvrages de la bibliothèque du château, et elle profitait de concerts donnés par des musiciens de grand talent. L'une d'entre elles frappa l'attention d'Eva, car elle n'avait jamais vu auparavant de femme jouer du cor, et avec plus de virtuosité que la plupart des hommes. De nombreuses servantes veillaient au bien-être de la jeune duchesse de jour comme de nuit. Cette dernière remarqua que l'une d'entre elles se rendait régulièrement dans l'aile sud du château. Mais lorsqu'elle l'interrogeait à se sujet, la domestique ne donnait que des réponses évasives, et veillait à changer au plus vite le sujet de la conversation. Tout ce mystère ne fit qu'attiser la curiosité de la jeune fille, qui éprouvait de plus en plus de difficultés à réprimer son désir de visiter l'endroit interdit. Un jour, un mois après son mariage, n'y tenant plus, elle profita de l'absence de son mari pour se rendre dans l'aile sud. Elle commença à visiter les pièces du rez de chaussée et des étages: elle n'y vit rien d'intéressant, à part une accumulation de vieux objets dans un désordre indescriptible. Le duc semblait avoir transformé l'aile sud en un vaste débarras. Bien qu'elle devinât que cette partie du château n'était guère présentable devant des invités de marque, Eva ne comprenait pas pourquoi son époux refusait que sa femme découvrît ce capharnaüm. Alors qu'elle allait revenir sur ses pas, elle remarqua un escalier qui menait vers le sous-sol. Intriguée, elle le descendit, et constata qu'il débouchait sur un longue galerie souterraine. Au bout de cinq minutes de marche, elle arriva devant un nouvel escalier, qui montait vers la surface. et qui débouchait sur une trappe. Après avoir soulevé cette dernière, elle monta et le spectacle qui l'attendait la pétrifia d'horreur. Elle était arrivée au coeur de ce qui paraissait être une vaste prison, avec, autour d'elle, plusieurs cachots fermés par des grilles comportant d'épais barreaux d'acier. Mais surtout, elle constata que la plupart d'entre eux étaient chacun occupés par une femme portant de solides chaînes aux poignets et aux chevilles. Les prisonnières se pressèrent devant les barreaux pour observer cette visiteuse inattendue. Soudain, l'une d'elles sembla pris d'une sorte d'enthousiasme délirant, car elle commença à sauter dans son cachot avec une profonde expression de joie sur son visage en criant à tue-tête :
"J'AI GAGNE, J'AI GAGNE, J'AI GAGNE"
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