Ariane et Barbe Bleue : partie 1
1) Introduction
Eva était installé sur sa table de travail dans son cachot en train d'examiner les comptes du duché lorsqu'elle entendit le rire caractéristique d'Ariane qui résonnait dans la tour. Intriguée, elle alla à la porte de sa cellule, et vit Elsa qui escortait l'espiègle criminelle dont elle avait enchaîné les mains derrière le dos. Tandis qu'elles approchaient du cachot d'Ariane, la musicienne grondait son amie:
"Alors, tu n'as rien trouvé de plus intelligent à faire le jour même de ta libération? Franchement, Ariane, tu exagères!
- Oh, arrête! Si je ne peux même pas un peu rigoler dans la vie! Si tu avais été là, toi aussi tu aurais trouvé ça amusant.
- En attendant, ce nouveau méfait va te valoir une journée de cachot. Et avec les poignets enchaînés derrière le dos sauf pour manger, faire ta toilette et dormir.
- Eh bien, ça en valait quand même la peine."
Eva sortit de son cachot pour rejoindre ses amies (Elsa, qui était la gardienne des clés, avait déverrouillé les cellules lorsqu'elle s'était absentée pour chercher Ariane)
"Pouvez vous m'expliquer ce qui se passe?
- Cette friponne n'a rien trouvé de mieux à faire que se rendre dans un village pour s'en prendre à un fermier. Elle l'a pris en embuscade, lui a passé un grand sac sur sa tête, et a profité de sa confusion pour lui assener des coups de bâton sur les fesses.
- Oh, tu ne vas pas quand même pas plaindre ce maraud, s'indigna Ariane. Une brute qui maltraite ceux qui travaillent pour lui et qui s'amuse à se comporter grossièrement avec les filles. Je n'allais pas me priver de lui donner une bonne leçon. Et puis, c'était si drôle de le voir courir dans tous les sens avec ce sac sur sa tête et de l'entendre hurler quand je lui tannais le cuir. D'ailleurs, je n'était pas la seule à rire de sa mésaventure.
- Oui, et une fois qu'il a sorti la tête du sac, il a appelé les gardes de la ville, et tu as fini par te faire attraper. Tu as de la chance qu'Albert ne ressente guère de sympathie pour ta victime et qu'il ait accepté de se charger personnellement de ton châtiment. Sinon, tu aurais fini dans un cachot avec des gardes moins indulgents et respectueux que moi.
- Comme si toi, tu ne prenais pas du plaisir à me maltraiter quand je suis ta prisonnière, rétorqua Ariane d'un ton faussement indigné.
- Apparemment, cela a l'air de te plaire, puisque vu ton comportement, tu sembles en redemander."
Ariane éclata de rire suite à cette petite pique de son amie. Elsa enferma à double tour sa prisonnière sans lui retirer ses entraves, avant de se rendre dans sa cellule pour travailler sa nouvelle composition.
Eva s'approcha à son tour de la porte du cachot d'Ariane, et s'adressa à elle en ces termes :
"Tu dois quand même admettre qu'Elsa a raison. Depuis que je te connais, je ne t'ai pas vue passer plus de trois jours consécutifs en liberté, sauf lorsque tu avais la garde des clés. A croire que tu ne peux t'empêcher de faire des bêtises.
- Eva, je vis pour ces moments où je commets mes friponneries. Je suis une coquine, tu le sais, et j'en viens même à apprécier mon châtiment, car il est la preuve que j'ai réussi mon mauvais tour. Surtout si c'est Elsa ou même Madeleine qui se charge de me punir.
- Et tu n'as pas envie de profiter un peu de ta liberté pour faire autre chose? Comme voyager, découvrir le monde, avoir une vie sociale en dehors du château?
- Oui, j'ai essayé de temps à autre, surtout les premiers mois après ma rencontre et mon mariage avec Albert. Mais tout me semble triste et fade dès que je me comporte raisonnablement. Non, Eva, je préfère commettre mes forfaits et en assumer les conséquences. Déjà que c'est compliqué de rester une canaille quand on a perdu un mobile essentiel pour accomplir des crimes.
- Quel mobile?
- L'appât du gain. Depuis mon mariage avec Albert, je suis heureuse de ce que j'ai. Un ex-mari adorable, de merveilleuses copines, et en plus, je gagne bien plus d'argent que je n'en ai besoin grâce à mes droits d'auteur. Je n'ai plus aucune raison matérielle de voler qui que ce soit. Et pourtant, je t'avoue que j'ai parfois la nostalgie de mon ancienne existence, lorsque je gagnais ma vie en détroussant les autres et que je terrorisais les riches malotrus.
- En as tu déjà parlé à Albert et à tes compagnes de prison?
- Oui, et ils m'ont fait à une occasion un merveilleux cadeau. J'ai probablement vécu à ce moment les plus beaux jours de ma vie.
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