La véritable histoire de Barbe Bleue : partie 4
4) Vie d'une femme musicienne
Madeleine répondit à la jeune femme:
"Le mieux, c'est que vous vous adressiez à elles directement. Parlez d'abord à Elsa, qui fut la deuxième épouse d'Albert"
Eva sortir de la cellule et se rapprocha de celle de la jeune musicienne:
"Alors, madame ...
- Je vous en prie, appelez moi Elsa.
- Elsa, vous avez été vous aussi l'épouse du duc. Comment avez vous découvert la vérité?
- Mon histoire est semblable à la vôtre. J'ai été mariée à Albert le jour de mes seize ans. Peu après mon arrivée, il me proscrit comme vous de me rendre dans l'aile sud du château. Pendant plusieurs mois, je respectai son commandement. Néanmoins, comme vous, je constatai régulièrement qu'une de mes servantes, Madeleine sous sa fausse apparence, se rendait dans le secteur interdit, et je fus progressivement de plus en plus tiraillée par la curiosité jusqu'au jour où je me décidai à enfreindre la règle qui m'avait été dictée. Je rencontrai alors cette prison secrète, ainsi que Madeleine sous sa véritable apparence. Elle me raconta alors son histoire. A présent que ma curiosité était satisfaite, je ressentis une profonde terreur, car je redoutais la colère de mon mari si jamais il découvrait la vérité. Heureusement Madeleine me rassura, et me révéla qu'en réalité, Albert souhaitait que j'enfreigne son ordre et que je découvre la vérité. D'ailleurs, le soir même, il m'informa qu'il avait découvert que je lui avait desobéi. Ce qui ne m'étonna pas, vu que Madeleine m'avait prévenu qu'elle raconterait tout au duc. Il commença à me parler avec une immense colère, menaçant de me tuer ou de m'emprisonner parce que je n'avais pas respecté ses ordres. Mais quelques secondes plus tard, il me rassura et me révéla sa véritable intention : me proposer de rejoindre sa première épouse, d'échapper au carcan du rôle de grande dame, et de pouvoir mener à bien un projet de vie qui me tiendrait à coeur. J'ai toujours rêvé de devenir musicienne, et, pendant mon enfance, j'avais appris à jouer du piano et j'avais reçu des cours de chant. Mais en réalité, mes goûts musicaux étaient différents. Je rêvais d'apprendre à jouer du cor, dont j'avais apprécié le son depuis que j'avais écouté cet instrument un jour de partie de chasse. Malheureusement, je ne connaissais aucune femme qui avait appris à jouer de cet instrument, et je craignais d'essuyer un refus si je demandais à mes parents d'apprendre à y jouer. Albert m'écouta attentivement, et me signifia qu'il serait heureux de me permettre de réaliser mon rêve, et il demanda à un de ses musiciens de m'apprendre à jouer de son instrument. Au début, celui-ci se révéla sceptique à l'idée d'avoir une femme comme disciple, mais tant ma passion que l'autorité de mon mari parvinrent à venir à bout de ses réticences. L'apprentissage se révéla fort ardu, mais à force de travail, je parvins à jouer du cor de manière convenable.
- Vous jouez remarquablement bien, Elsa.
- Merci de votre bienveillance Eva. Mais je compris que je ne voulais pas seulement jouer de la musique, mais aussi en créer. En effet, le répertoire de mon instrument n'est pas aussi considérable que celui d'autres instruments tels que le clavier ou le violon, et je ne voulais pas me contenter de jouer des fanfares de chasse. Aussi, je compris que pour jouer la musique que je voulais interpréter, je devais la créer moi-même. Albert fit appel à un célèbre musicien pour me donner des cours de composition, et je commençai à écrire des romances et des sonates pour mon instrument, avec accompagnement de clavier ou d'instruments à cordes et à vent. Je les fais publier sous un pseudonyme masculin, Joseph Stich, car malheureusement, les oeuvres écrites par des femmes sont considérées avec condescendance. Même si je ne prétends pas marquer l'histoire de la musique, j'ai du moins le plaisir d'offrir de belles pièces pour mon instrument.
- Ecouter vos oeuvres est un immense plaisir, madame
- Merci de votre gentillesse. Mais je reconnais avoir plus de plaisir à jouer les quelques oeuvres écrites pour le cor par des compositeurs bien plus illustres. Je n'ai que trop conscience des limites de mon talent.
- Votre modestie vous honore, Elsa.
- Ma nouvelle vie m'apporta beaucoup de bonheur. De plus j'ai découvert en Madeleine une merveilleuse amie. C'est d'ailleurs la camaraderie que je développai avec elle qui persuada Albert de se remarier.
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