Mission à l'étranger pour la Sainte Inquisition : partie 32

32) Epilogue, partie 2 : la confrontation

Le lendemain, Monseigneur Thomas fut informé que Marisa acceptait de rencontrer Alfonso Fernandez le soir même. Jeanne se chargea de conduire le jeune homme à la ferme. Mais ce ne fut pas sans appréhension qu'Alfonso frappa à la porte de ses anciennes victimes. Il rougit d'embarras lorsque Julieta lui ouvrit et le conduisit dans le salon, où le reste de la famille l'attendait. Pendant quelques instants, un silence gêné s'installa dans la pièce. Finalement, Marisa s'adressa au jeune homme d'un ton déterminé : 

"Monsieur Fernandez, vous avez fait un long voyage pour nous retrouver. Nous sommes prêtes à écouter ce que vous avez à nous dire. 

- Voilà, commença Alfonso d'une voix peu assurée. D'abord, je souhaite vous demander pardon, en particulier à mademoiselle Julieta, pour vous avoir accusées de sorcellerie et pour toutes les souffrances que vous avez endurées en conséquence. Je me suis laissé entraîner par l'orgueil blessé d'un amoureux qui ne supportait pas d'essuyer un refus de la part de celle qu'il courtisait. C'était un comportement inexcusable de ma part, et je m'en repens sincèrement. De plus, par lâcheté, en particulier face à mon père, je n'ai à aucun moment osé de remettre en cause ces accusations, même si je savais, au plus profond de moi-même, que vous étiez innocentes. Bien que je n'espère pas que vous me pardonniez, car un tel acte ne le mérite pas, je tenais néanmoins à vous présenter mes plus humbles excuses. Ce n'est pas tout. Suite à la mort de mon père, j'ai hérité de l'ensemble de ses biens, y compris votre ferme qu'il s'est approprié quelques semaines après que vous ayez été emmenées par la Sainte Inquisition. Or, ces terres vous appartiennent de droit, et il est de mon devoir de vous les restituer."

A ce moment, il sortit quelques rouleaux de papier d'un sac qu'il avait apporté, et les montra tour à tour à Marisa : 

"Voici un document signé par l'alcade de Pampao lui-même qui confirme que vous êtes la légitime propriétaire du domaine que vous avez hérité de votre père. Et voici un acte signé par le juge Clemente qui vous déclare officiellement innocentes des crimes de sorcellerie dont vous avez été accusées. Bien évidemment, mademoiselle Juanita et madame Gloria y sont aussi mentionnées. A présent, vous êtes toutes officiellement réhabilitées et vous pouvez sans crainte revenir à Pampao reprendre possession de vos biens. 

Enfin, je m'engage à vous indemniser personnellement en vous versant la somme d'argent que vous jugerez à la hauteur du préjudice que vous avez subi."

Marisa resta silencieuse pendant quelques minutes, tandis qu'elle lisait les documents qu'Alfonso lui avait données. Puis elle s'adressa au jeune homme d'une ton calme, mais sévère: 

"Monsieur Fernandez, même si je perçois clairement votre désir de réparer vos fautes, vous devez savoir que rien ne pourra effacer tout ce que nous avons subi. Nous ne pouvons oublier la calomnie, la ruine de notre réputation, l'emprisonnement injuste, les mauvais traitements et l'angoisse de la mort qui ne quittait pas un instant nos coeurs. Rien ne pourra réparer tout cela. Aussi n'espérez pas obtenir votre pardon par vos excuses ou, pire encore, par votre argent. De plus, nous n'avons aucune intention de revenir à Pampao, qui est pour nous associée à bien trop de souffrances. Sachez que nous avons construit une nouvelle vie dans ce royaume qui nous a acceptées sans réserve, et dans lequel nous sommes parvenues à trouver notre bonheur. Je possède depuis près de deux ans cette ferme dans laquelle je cultive avec ma fille Julieta des plantes médicinales que je vends à bon prix et qui me permettent de vivre confortablement. Ainsi, vous pouvez constater que nous n'avons pas besoin de votre argent. Victoria va passer l'année prochaine son diplôme de préparatrice de remèdes, avec la perspective de travailler dans un laboratoire après ses études. Quelle raison aurions nous d'abandonner tout cela? Et même si je ne peux pas m'exprimer au nom de Gloria et Juanita, je doute fort qu'elles témoignent un quelconque désir de revenir à Pampao. Gloria est à présent la guérisseuse-chef d'un important service de soins dans un des plus grands centres de santé de la ville, et elle s'épanouit dans son travail. Quant à Juanita, elle est profondément dévouée à sa nouvelle maîtresse.Vous voyez, monsieur Fernandez, il est impossible de revenir sur le passé. 

- Je comprends madame, et je respecte votre décision. Néanmoins, cela ne change pas le fait que ces terres vous appartiennent, et que vous avez à en reprendre possession, ou, si vous ne souhaitez pas les garder, à les mettre en vente. De plus, vous avez toutes droit à recevoir des indemnités. 

- Vous avez raison, monsieur Fernandez. Mais vous comprendrez que c'est à nous de choisir les modalités selon lesquelles vous devrez réparer vos torts à notre égard. Nous avons eu l'occasion d'en discuter avec Gloria et Juanita, dans l'éventualité d'une démarche telle que la vôtre. Et voici ce que nous souhaitons.

Comme nous vous l'avons indiqué, nous sommes comblées par notre nouvelle vie, et nous ne désirons pas votre argent. En revanche, nous voulons que la somme que vous comptiez nous remettre soit utilisée au profit de jeunes gens ou de jeunes filles souhaitant apprendre le métier de guérisseurs, en leur permettant de se rendre dans ce royaume où ils recevront une formation de la plus haute qualité. Et je sais à quel point votre ville a besoin de soignants compétents. De plus, je refuse de vendre mon domaine à Pampao, car je tiens à décider de la manière dont mes terres seront exploitées. Je suis néanmoins prête à vous en confier la gestion, à une condition expresse : qu'elles soient exclusivement consacrées à la culture de plantes médicinales. Si vous ne disposez pas de personnel compétent pour ce travail, je vous suggère d'en envoyer dans ce royaume pour s'y former. Enfin, et c'est là le plus important : nous exigeons à ce que vous veillez à ce que plus jamais qui que ce soit, et surtout aucune femme, ne soit accusé de sorcellerie à Pampao, que ce soit pour des motifs d'intérêt financier, de jalousie ou suite à la vengeance d'un homme éconduit. Nous ne voulons que personne ne traverse les horribles souffrances que nous avons endurées. N'oubliez pas que c'est uniquement grâce à un incroyable concours de circonstances que nous avons échappées à la mort. D'autres accusés ne pourraient pas bénéficier d'une telle chance. Vous êtes à présent l'homme le plus puissant de votre contrée, vous avez le pouvoir et l'influence d'empêcher de telles atrocités. 

Monsieur Fernandez, vous avez commis un acte très grave, mais vous avez exprimé devant nous votre désir de vous racheter et montrer ainsi que vous êtes devenu un homme meilleur. Prouvez le par vos actions, et vous mériterez alors notre pardon. 

- Madame Marisa, je vous remercie de votre franchise. Et je vous jure de mettre tout en oeuvre pour vous donner satisfaction, en suivant scrupuleusement vos instructions"

Et sur ces paroles, le jeune homme prit congé de ses hôtesses. 

Quelques mois plus tard, Monseigneur Thomas reçut à nouveau la visite d'Alfonso Fernandez qui avait amené avec lui six jeunes gens originaires de Pampao, deux hommes et quatre femmes. Deux d'entre eux étaient venus apprendre la culture des plantes médicinales, tandis que les autres souhaitaient se former au métier de guérisseur. M. Fernandez avait aussi avancé les fonds nécessaires pour couvrir l'ensemble des besoins financiers de ses étudiants pour toute la durée de leur formation. En apprenant cela, Marisa comprit que le jeune homme avait été fidèle à sa parole. 

FIN

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