Mission à l'étranger pour la Sainte Inquisition : partie 31
31) Epilogue : partie 1: entretien entre le Grand Inquisiteur et Alfonso Fernandez
Trois ans après la mission de la Sainte Inquisition à Pampao, frère José annonça à Monseigneur Thomas l'arrivée d'un visiteur étranger.
"Monseigneur, un homme répondant au nom d'Alfonso Fernandez s'est présenté à la porte du palais afin de solliciter un entretien. Il dit venir de la ville de Pampao, et affirme qu'il doit discuter avec vous d'une affaire de la plus haute importance."
L'évêque éprouva une grande surprise à l'annonce de ce visiteur inattendu. Pourquoi le fils Fernandez avait il fait un aussi long voyage pour venir le voir? Que lui voulait-il? Intrigué, il répondit à frère José qu'il consentait à recevoir le jeune homme dès qu'il aurait terminé le courrier qu'il était en train de rédiger.
Une demi-heure plus tard, Monseigneur Thomas fit entrer le visiteur pampayen dans son bureau.
"Bonjour, monsieur Fernandez, commença-t-il d'une voix aimable. Qu'est ce qui me vaut l'honneur de cette rencontre? Que puis-je pour votre service?
- Monseigneur, je tiens d'abord à vous remercier d'avoir accepté de me recevoir. J'ai fait ce long voyage afin de solliciter votre aide pour une affaire extrêmement délicate. Mais afin que vous compreniez mieux le contexte de ma démarche, je dois d'abord vous annoncer une triste nouvelle. Mon père est mort il y a un peu plus de trois mois.
- Votre père est mort? J'en suis profondément navré pour vous et vous présente mes plus sincères condoléances. D'autant qu'il n'était pas si vieux. Comment est-ce arrivé?
- Il a fait une grave crise d'apoplexie qui l'a laissé paralysé. Nous avons fait appel au docteur Vidal pour le soigner, mais malheureusement, ses traitements se sont révélés si inappropriés qu'il n'ont fait qu'aggraver son état et précipiter sa fin. Sa réputation en a été tellement entachée qu'il perdit tous ses patients et fut contraint de quitter la ville.
- Croyez bien que je je compatis à votre peine. Néanmoins, pourquoi être venu d'aussi loin pour m'annoncer ce triste évènement?
- Voilà, monseigneur. Diego m'a tout raconté. Il m'a révélé le réel motif de votre venue dans notre ville, ainsi que la vérité sur tous les évènements qui se sont déroulés au cours de votre visite parmi nous. Je sais que Julieta et sa famille sont en vie et qu'elles résident à présent dans votre royaume.
L'évêque commença à deviner les motivations de son visiteur. Circonspect, il lui demanda:
"Donc, à présent vous savez. Comment avez vous réagi lorsque vous avez découvert la vérité?
- Monseigneur, je dois admettre que j'ai éprouvé un profond soulagement. Afin que vous compreniez ce que j'ai ressenti, il me faut vous raconter les évènements qui ont conduit Diego à me faire ces révélations. Vous savez qu'il était convaincu que Julieta et sa famille n'étaient pas des sorcières, et que seuls notre bêtise et notre aveuglement avaient été la cause de nos souffrances. Au plus profond de moi-même, je savais qu'il avait raison, mais, à la différence de lui, je refusais de me l'admettre, préférant rester dans le déni, au point de refuser d'en discuter avec lui. Et cela d'autant plus qu'à part Diego, tous s'accordaient pour accuser Julieta de nous avoir ensorcelés, et mon père en premier. Je savais qu'il était motivé par son propre intérêt, mais j'étais trop lâche pour m'opposer à lui. Lorsque vous avez emmené ces malheureuses avec vous, j'étais certain que vous aviez le dessein de les executer. Et ce n'est qu'après votre départ que j'ai fini par réaliser que mes accusations avaient causé la mort de femmes innocentes. A partir de ce moment, je fus rongé par le remords et la culpabilité. Je perdis toute joie de vivre, je ne faisais plus rien, je ne mangeais plus, je perdis le sommeil, passant le plus clair de mon temps à me morfondre et à pleurer. Et je ne pouvais parler à personne des raisons de mon comportement, et surtout pas à mon père, car je redoutais d'en révéler le motif véritable. Heureusement, Diego, qui s'inquiétait de me voir dans un si piteux état, sembla avoir deviné les raisons de ma détresse. Il me conduisit à admettre devant lui que j'étais tourmenté par mes regrets d'avoir causé la mort de Julieta. Il eut alors pitié de moi, et me révéla la vérité. Vous ne pouvez imaginer à quel point mon âme fut libéré d'un grand poids lorsque je découvris que vous n'aviez pas emmené ces femmes pour les tuer, mais pour les sauver, et que je n'avais pas leur mort sur la conscience. Monseigneur, je vous remercie du fond du coeur de nous avoir empêchés d'avoir commis le plus odieux des crimes : l'assassinat de femmes innocentes. Car je crois que je ne me serais jamais pardonné la mort de Julieta.
- Alfonso, répliqua l'évêque, en tant que Grand Inquisiteur, il est de mon devoir de sauver les âmes et je suis heureux d'être parvenu à protéger la vôtre. Vous venez de me parler de votre ami Diego. Que devient-il?
- Il va très bien. Il s'est marié avec ma soeur Cécilia il y a deux ans, et je suis heureux de pouvoir à présent l'appeler légitimement mon frère. Il ont eu leur premier enfant l'année dernière, une petite fille qui les comble de bonheur. Bien sûr, nos pères auraient préféré un garçon pour qu'il hérite du titre, mais ils ont toute la vie devant eux pour en avoir. De plus, Diego travaille à présent pour moi en m'aidant à gérer mon domaine. En effet, bien qu'il n'eût pas prévu qu'elle surviendrait aussi vite, mon père avait commencé à me préparer à sa succession. Je lui ai alors communiqué mon désir de disposer d'un homme de confiance pour me seconder, et j'ai proposé à ce que Diego, s'il était d'accord, soit formé à ce travail. Bien évidemment, son père le baron fut profondément indigné par cette idée : un noble ne travaille pas au service d'un roturier. Lui, au contraire, se révéla bien plus enthousiaste. Il lui paraissait plus digne de travailler et de se rendre utile que de mener une vie oisive, en particulier dans la mesure où il le ferait pour moi, son meilleur ami. Diego parvint à venir à bout des réticences de son père, et consacra toute son énergie à l'apprentissage de son nouveau métier. C'est lui qui s'occupe de mon domaine pendant mon absence.
- Voilà de bien réconfortantes nouvelles. Mais à présent, revenons à notre affaire. Pourquoi avez vous pris la peine de faire ce long voyage pour venir ici?
- J'y viens, monseigneur. Vous devez savoir qu'après votre départ, mon père s'est approprié les terres de Julieta et sa famille, avec la complicité du juge Clémente et de l'alcade, M. Valdès. Après avoir déclaré officiellement la mort des trois femmes, qui n'avaient aucun héritier connu, ces derniers ont vendu leur bien aux enchères, que mon père a acheté à un très bon prix. Mais dans la mesure où elles sont encore vivantes, cette vente n'a aucune légitimité. Or, j'ai hérité de ce terrain qui leur a été littéralement volé, et je refuse de garder des biens qui ne m'appartiennent pas. C'est pourquoi je suis venu afin que de solliciter votre aide pour les retrouver, afin que je leur restitue leur propriété, et aussi leur demander pardon de tout le mal que je leur ai fait. Car je tiens absolument à faire tout mon possible pour réparer le préjudice qu'elles ont subi, en grande partie par ma faute.
- Voilà une démarche tout à fait honorable. Je vais m'arranger pour informer Marisa et ses filles de votre arrivée en ville, ainsi que de vos intentions à leur égard. Si, et seulement si, elles acceptent de vous rencontrer, je vous ferai conduire auprès d'elles. En attendant, vous êtes mon invité pendant votre séjour en ville.
- Je vous remercie Monseigneur"
L'évêque appela frère José afin qu'il installe le jeune Fernandez dans les appartements destinés aux hôtes de marque.
Le soir même, Monseigneur Thomas se rendit chez Jeanne et lui raconta les évènements de la journée. Il lui proposa de rendre visite à Marisa, afin de l'informer de la démarche d'Alfonso Fernandez et lui demander si elle acceptait de rencontrer le jeune homme. En effet, en tant qu'enseignante de sa fille Victoria, elle maintenait régulièrement le contact avec elle. Jeanne lui répondit qu'elle irait voir Marisa dès le lendemain matin, et qu'elle espérait lui communiquer sa réponse en début d'après midi. Après avoir remercié sa bien-aimée, l'évêque retourna au palais afin de souper avec son invité.
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