Mission à l'étranger pour la Sainte Inquisition : partie 20
20) Un choix difficile
L'évêque sortit à son tour de la chapelle pour retourner au palais de l'alcade. Une fois arrivé dans ses appartements, il s'installa à sa table de travail et consigna par écrit les déclarations de Diego de Santa Cruz. Une fois sa tâche achevée, il sortit à nouveau pour rejoindre ses adjoints, et remit son manuscrit au moine chargé de ravitailler les gardes affectés à la surveillance des sorcières, entre autres frère Laurent à qui il transmit à son tour le message. Jeanne reçut le texte de la part de son ami geôlier lorsque celui-ci l'emmena de sa cellule à la cour. Elle s'isola quelques minutes pour lire le compte rendu que lui avait transmis son amant, avant de se diriger vers ses co-détenues. Néanmoins, Gloria et Marisa la devancèrent, et toutes trois s'installèrent près du mur sud de la cour pour discuter.
Marisa prit la parole en premier:
"Madame Jeanne, Gloria m'a mise au courant du véritable motif de votre présence ici, ainsi que de vos plans pour mener à bien votre projet. Je vous avoue que j'ai eu du mal à croire à son récit, et c'est la raison pour laquelle je n'en ai pas encore informé mes filles. Mais sachez que, si vous êtes sincères, je suis profondément touchée par toutes les peines et les souffrances que vos compagnes et vous avez endurées pour nous, et vous remercie du fond du coeur pour tous les efforts que vous avez fournis pour nous aider.
- Vous n'avez pas besoin de nous remercier, nous ne faisons que ce que notre devoir et notre coeur nous dictent. En revanche, vous m'avez révélé que madame Gloria vous a informée des deux stratégies que nous envisageons pour vous sauver. Pouvez vous déjà me révéler quelle option bénéficie de votre préférence?
- Madame Jeanne, répondit Marisa, nous devons vous admettre que nous éprouvons des difficultés à faire notre choix. Bien évidemment, nous souhaitons plus que tout être lavées des infamantes accusations dont nous avons fait l'objet, mais nous ne savons que trop bien les raisons qui vous conduisent à croire que notre sécurité ne sera pas assurée tant que nous ne serons pas hors de portée de nos ennemis.
- A ce propos, mesdames, Thomas m'a informée ce matin d'une conversation qu'il a eue avec le jeune baron de Santa Cruz. Voici le compte rendu de cet entretien: peut être vous aidera-t-il à prendre votre décision."
Jeanne transmit son manuscrit aux deux femmes qui le lirent attentivement. Après quelques minutes de silence, Marisa reprit la parole:
"Eh bien, ce Diego semble finalement se révéler une meilleure personne que je le croyais. Je ne peux qu'être sensible à sa démarche et suis agréablement surprise de constater qu'il soit parvenu, en dépit de son éducation, à reconnaître ses torts. Malheureusement, ses révélations ne font que nous confirmer la puissance de nos ennemis et leur acharnement à nous conduire à notre perte. Néanmoins madame, je ne souhaite pas prendre de décision définitive, ni en mon nom, ni en celui de mes filles, avant de m'être directement entretenue avec votre ami le Grand Inquisiteur. En effet, pour le moment, nous n'avons que votre parole pour lui accorder notre confiance. Or, j'ai besoin de me confronter directement à une personne avant de savoir si je peux me fier à elle. Et, vous l'avez dit vous-même, nous n'avons vu du Grand Inquisiteur qu'un comédien jouant un rôle. Je souhaite connaître l'homme qui se cache derrière l'interprète, et, apparemment, mes compagnes et moi-même en aurons l'occasion lorsqu'il viendra nous rendre visite dans notre cachot cet après-midi. Ainsi, nous pourrons juger de sa sincérité, ce qui nous permettra en toute connaissance de cause de choisir la démarche que nous souhaitons suivre.
- Ma position rejoint en tout point celle de Marisa, approuva Gloria.
- Je comprends vos raisons et ne peux que vous féliciter de votre prudence et de votre sagesse. Néanmoins, je pense qu'il serait fort sage de révéler la vérité, au moins à vos filles, afin qu'elles puissent prendre elles aussi le temps de la réflexion.
- En effet, je crois que vous avez raison, madame Jeanne. Quoi qu'il en soit, merci encore pour tout ce que vous faites pour nous."
Les trois femmes se séparèrent. Marisa rejoignit ses filles, tandis que Jeanne retrouvait ses compagnes de voyage. Quant à Gloria, elle prit Juanita à part dans un coin de la cour.
Au cours du déjeuner qui suivit, les détenues ne s'entretinrent que de sujets neutres, évitant toute allusion à la conversation qu'elles avaient eue dans la cour. Gloria révéla néanmoins à Jeanne et Isabelle qu'elle avait reçu quelques appétissantes victuailles de la part des gardes inquisiteurs, entre autres du pain frais, du saucisson, du fromage et un gâteau, qu'elle avait partagés avec ses compagnes. Elle reconnut que cela faisait du bien d'être enfin nourries correctement dans cette prison, ce qui fit sourire Jeanne et sa fille. Après un repas fort moins savoureux, les prisonnières furent ramenées dans leur cachot où elles attendirent avec fébrilité l'arrivée du Grand Inquisiteur.
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