Mission à l'étranger pour la Sainte Inquisition : partie 16
16) Recueil des aveux des sorcières
Monseigneur Thomas se rendit dans la cellule de Jeanne et sa fille. Il y trouva sa bien-aimée assise sur un tabouret, en train d'écrire ses "aveux" sur une petite table, tandis qu'Isabelle recevait les soins de frère Laurent qui, assisté de Frère Philippe, s'affairait à panser les plaies causées par le fouet. Dès que la porte fut verrouillée, l'évêque leur demanda d'une voix inquiète :
"Jeanne, Isabelle, comment vous sentez vous? Je sais que cette expérience a été très éprouvante pour vous, et je ferai tout pour vous aider à vous en remettre.
- Et je t'en remercie Thomas, répondit Jeanne. Je t'avoue que cette séance de la question a été l'un des moments les plus difficiles de toute ma vie. Le plus pénible n'était pas de voir ma fille recevoir tous ces supplices, car je faisais confiance à Laurent et Philippe, et je savais qu'avec eux, Isabelle était entre de bonnes mains. Non, le plus horrible était de voir tous ces gens prendre du plaisir en voyant ma fille se faire torturer. Je ne simulais pas lorsque je hurlais ma haine et ma colère, et je t'assure que si je n'avais pas eu les poignets enchaînés derrière le dos et que tes hommes ne m'avaient pas bien retenue, j'aurais probablement étranglé quelques uns de ces monstres.
- Au moins toi, tu as pu extérioriser tous ces sentiments pendant la séance, même si tu les as surtout orientés vers moi et la Sainte Inquisition. Je ressentais la même chose, mais je devais dissimuler ce que j'éprouvais afin de continuer à jouer mon rôle de Grand Inquisiteur sans pitié contre les sorcières.
- Je m'en doute, concéda Jeanne. Heureusement, c'est fini à présent, et je t'assure que voir Laurent et Philippe soigner Isabelle avec tant de sollicitude m'aide à récupérer de cette expérience.
L'évêque se tourna vers la jeune fille :
- Et toi Isabelle? Après tout, c'est toi qui a subi le supplice.
- Bizarrement, j'ai l'impression que cela a été moins pénible pour moi que je ne le craignais. Même si ce n'était pas très agréable d'être complètement nue devant tous ces gens. Mais j'avais l'impression que Laurent et Philippe constituaient comme un cocon qui me protégeait d'eux, et j'arrivais à ne plus faire attention à leur présence, d'autant plus que je leur tournais le dos. De plus l'anesthésique a bien marché: je ne sentais presque pas les coups : je vais probablement ressentir plus de douleur après le supplice que pendant.
- J'y ai pensé et je t'ai apporté des potions à l'extrait de pavot pour que tu aies moins mal, répondit l'évêque en lui tendant deux petits flacons
- Merci mon père, répondit la jeune fille. Je vais en avoir une bonne réserve avec celles que m'ont données Philippe et Laurent.
- Je suis désolé d'avoir frappé aussi fort, ma chérie, s'excusa ce dernier, mais je ne pouvais pas me permettre de trop retenir mes coups devant tous ces témoins. J'ai fait tout ce que j'ai pu pour que tes plaies ne soient pas trop profondes.
- Ne t'inquiète pas Laurent, le rassura Isabelle. Je ne vais pas mourir à cause de quelques coups de fouet que j'ai à peine sentis. Et je sais que tu vas si bien me soigner que bientôt, mes plaies ne seront plus qu'un mauvais souvenir.
- Et puis, je t'assure que c'était pénible pour moi de voir tous ces gens qui prenaient du plaisir à voir ton beau corps nu recevoir tous ces outrages, surtout en sachant qu'eux ignoraient que tu étais consentante. En particulier, quand j'ai utilisé notre jouet intime sur toi.
- Pour combattre son ennemi, il faut parfois lui donner ce qu'il veut afin de tromper sa vigilance. Et je t'avoue que être pénétrée par la baguette pendant que je suis attachée à une croix a été une expérience intéressante. Il faudra songer à essayer à nouveau dans des circonstances plus favorables, et surtout en l'absence de témoins indésirables.
Laurent ne put s'empêcher de pousser un petit rire lorsque sa bien-aimée lui fit part de ce projet intime insolite. Même Jeanne ne put s'empêcher d'en sourire. L'évêque reprit :
"Au moins, à présent, nous sommes fixés sur tous ces notables. Malheureusement, ceux qui ont pris le plus de plaisir à voir Isabelle souffrir sont aussi les plus puissants d'entre eux: Cristobal Fernandez et le couple Garcia, qui sont les principales fortunes de la région, ainsi que l'alcade. Sans parler du docteur Vidal qui confirme à quel point il déshonore sa profession. Quant aux autres, aucun n'a protesté, même le père Iglésias, qui pourtant semblait mal à l'aise. Je crains que ces gens soient capables, les uns par cruauté, les autres par lâcheté, de condamner des innocents si cela servait leurs intérêts.
- Et pourtant, poursuivit Jeanne, j'en ai vu parmi eux quelques uns qui semblaient horrifiés par le supplice de ma fille. En particulier un des jeunes hommes qui étaient présents.
- Oui, je l'ai remarqué aussi, répliqua Monseigneur Thomas. C'était le jeune baron Diego de Santa Cruz. Je t'avoue que cela m'a fait du bien de voir au moins une personne qui réagissait de manière appropriée à un tel spectacle. D'ailleurs, même s'il le montrait moins, le fils Fernandez aussi semblait ressentir des sentiments bien plus humains que son père. Néanmoins, même eux n'ont pas osé réagir.
- Cela dit, continua Jeanne, nous ne pourrons pas sauver ces pauvres femmes si nous ne disposons pas de leur pleine coopération. Et pour cela, il est absolument nécessaire que nous leur révélions au plus vite la vérité sur le motif de notre présence à Pampao.
- En effet, approuva Thomas. J'ai aussi observé les prisonnières pendant la séance de la question. La jeune Juanita était complètement terrorisée, tandis que Marisa et ses filles me faisaient face avec défiance. Je m'attendais à de telles attitudes de la part de femmes accusées de sorcellerie. Par contre, j'ai été très surpris par celle de la vieille guérisseuse, Gloria, qui, me regardait avec une expression de perplexité sur son visage. Je t'avoue que cela m'a pris au dépourvu, et je ne sais qu'en penser. Il faudra que vous gardiez un oeil sur elle. Surtout qu'à partir d'aujourd'hui, étant donné que Marie et toi avez été officiellement vaincues par la toute puissance de la Sainte Inquisition, vous serez autorisées à quitter votre cachot.
- Et devoir nous farcir les offices chrétiens, maugréa Jeanne. Quand je pense que je me félicitais d'y échapper.
- Dit celle qui ne rate quasiment aucune de mes messes du dimanche, la taquina l'évêque
- Un, je ne fais qu'y assister, je n'y participe pas, vu que je fais en sorte de ne pas être vue. Et deux, pendant ces messes, j'ai au moins le plaisir de t'y voir.
- Quoi qu'il en soit, vous aurez ainsi l'occasion d'interagir directement avec les prisonnières, et c'est absolument capital pour la réussite de notre projet. Sinon, où en es tu de la rédaction de tes "aveux"?
- J'étais en train de les écrire lorsque tu es arrivé. A présent, je te prie de m'accorder quelques minutes de silence afin que je termine mon travail"
Monseigneur Thomas interrompit alors la conversation afin de laisser Jeanne terminer sa tâche. Bientôt celle-ci lui tendit une feuille de papier. L'évêque en lut le contenu à voix haute :
"Moi Jeanne ..., je reconnais m'être mise au service de Satan afin de bénéficier de ses faveurs, et des grands pouvoirs qu'il accorde à ceux qui oeuvrent pour lui. J'avoue qu'avec la complicité de ma fille Isabelle et de Marie ..., j'ai envoûté les trois filles du meunier ..., afin de les offrir à mon Maître. J'ai aussi commis d'autres crimes tout aussi abominables au nom de Lucifer. Mais la Sainte Inquisition m'a fait prendre conscience de l'horreur de mes actes, et je les confesse dans l'espoir d'une grâce divine que je ne mérite pas, car je sais que ma place est en Enfer, et que mon âme est condamnée à la damnation. Mais à présent que j'ai avoué mes forfaits, j'attends mon juste châtiment l'âme en paix."
"Wow, s'exclama Monseigneur Thomas. J'admire à quel point ce texte est complètement à l'opposé de ta vraie personnalité. Cela dit, c'est exactement le genre de confession qui peut édifier des personnes impressionnables.
- Avec tous ces procès d'Inquisition que nous avons fait ensemble, c'est la moindre des choses que je sache écrire des aveux.
- Tu as toujours été défiante et tu n'as jamais rien avoué lors de nos procès.
- Non, mais je devais bien aider celles qui avouaient à se confesser"
Tous deux rirent de bon coeur en évoquant ces bons souvenirs.
"En ce moment, frère Loïc est en train de recueillir les aveux de Marie
- Logique : une sorcière avoue tout à son amant, plaisanta Jeanne. De plus, j'ai vu à quel point il est aux petits soins pour elle depuis notre capture.
- Comme moi, il culpabilise de voir sa bien aimée vivre dans de telles conditions pendant que lui profite de la gloire et du confort.
- Nous saurons vous le faire payer, menaça Jeanne. A notre retour, Laurent, Philippe, Loïc et toi serez les invités d'honneur lors de notre prochaine cérémonie païenne.
- Je le redoute déjà" sourit l'évêque.
Jeanne laissa la place à sa fille pour qu'elle rédige à son tour ses aveux. Monseigneur Thomas recueillit sa confession, puis, après avoir tendrement embrassé les deux femmes qui comptaient tant pour lui, quitta le cachot.
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