Mission à l'étranger pour la Sainte Inquisition : partie 12

12) Autres terribles forfaits des sorcières

Tandis qu'elle mangeait une bouillie fort peu ragoûtante, Isabelle s'adressa à Gloria: 

"Mais vous, madame, pourquoi avez vous été accusée de sorcellerie? Sans vouloir vous offenser, je devine que ce n'est pas lié au charme que vous exercez sur les hommes. 

- Ne vous inquiétez pas, j'ai bien conscience de mon âge et je l'assume complètement. Mon seul crime a été de vouloir porter secours à mon prochain grâce à mes talents de guérisseuse. 

- Vous êtes guérisseuse? 

- Oui, mademoiselle Isabelle, et cela depuis mon plus jeune âge. J'ai d'abord appris de ma mère, puis des autres guérisseuse du pays qui m'ont transmis leur savoir et leur expérience. Et j'en ai soigné des gens, pendant toutes ces années. Y en a plus d'un à qui j'ai sauvé la vie. J'ai ainsi fait la connaissance de Marisa quand j'ai soigné ses filles, et nous sommes devenues amies. Elle a témoigné un tel intérêt à mon travail, qu'elle m'a promis que le jour où elle parviendrait à acquérir un peu de terre, elle y cultiverait des plantes médicinales. Aussi, lorsqu'elle m'écrivit qu'elle avait hérité d'une ferme près de Pampao, je décidai de m'y installer, d'autant que je savais que, malgré sa taille, cette ville ne disposait pas de guérisseuse. Au début, cela se passa très bien. Les gens venaient me voir et me racontaient que je les soignais mieux que leur médecin. Il faut admettre que ce n'était pas un grand exploit d'être meilleur que lui. Plus j'en entendais sur le docteur Vidal, plus il m'apparaissait comme un médecin incompétent et arrogant. Un homme qui croit tout savoir parce qu'il a été à une école de médecine prestigieuse, et qui, pendant ses consultations, consacre plus de temps à étaler ses rares connaissances qu'à écouter ses patients. De plus, son orgueil est tel qu'il refusera toujours de reconnaître ses erreurs dans ses diagnostics et ses traitements. Et son mépris pour les pratiques des guérisseuses, mêmes celles qui ont fait leurs preuves, est révélateur d'un esprit borné et dépourvu de toute curiosité. Bien évidemment, il ne supporta pas la concurrence que je lui faisais, et il utilisa ses relations dans la ville, en particulier le père Iglésias et l'alcade, afin de mener une violente campagne de dénigrement contre moi et mon exercice de guérisseuse, m'accusant d'empoisonner et même d'ensorceler mes patients."

Marisa prit à son tour la parole:

"Et malheureusement, je ne peux que déplorer que ce soit à cause des relations que Gloria entretenait avec moi que le docteur Vidal ait pu réussir son ignoble entreprise. Fidèle à ma promesse, dès mon arrivée à la ferme, j'avais consacré quelques arpents de terres pour la culture de plantes utilisées pour la préparation des remèdes. Or, certaines d'entre elles sont considérées comme vénéneuses, car souvent, ce qui peut soigner en petite quantité peut devenir un poison à plus forte dose. Malheureusement, ces nuances ne sont pas toujours comprises par ceux qui ne disposent pas de connaissances suffisantes dans la fabrication des potions curatives. Aussi, le docteur Vidal mit à profil cette ignorance en affirmant que Gloria et moi complotions ensemble pour empoisonner nos patients. Il parvint d'autant plus facilement à ses fins que je souffrais déjà d'une mauvaise réputation, d'abord en tant que bâtarde, mais surtout à cause de mes filles, que l'on accusait d'ensorceler les jeunes gens de la contrée. Je devins ainsi la terrible sorcière au centre d'un abominable complot visant à semer le chaos et la mort dans la bonne cité de Pampao. L'alcade envoya ses troupes pour nous arrêter, et voilà plus d'un mois que nous sommes enfermées dans cette horrible prison, à subir les rigueurs de la détention, les mauvais traitements des gardiens, les interrogatoires d'un juge aussi brutal que stupide. Et à présent, voilà qu'ils ont fait venir de l'étranger un Grand Inquisiteur. Et il me suffit de voir la manière dont vous avez été traitée, mademoiselle Isabelle, pour deviner que la cruauté de cette homme n'a rien à envier à celle de ceux qui ont fait appel à lui, et qu'il n'hésitera pas à nous infliger les pires tortures pour nous faire avouer des crimes que nous n'avons pas commis. Même si je ne m'abaisserai jamais à une telle humiliation, je ne me fais aucune illusion du sort qui nous attend, à moi et à mes compagnes."

Profondément touchée par la détresse de ses compagnes de table, Isabelle dut fournir un immense effort pour ne pas leur révéler la vérité. Mais elle savait qu'elle devait au préalable discuter de tout ce qu'elle avait entendu avec sa mère et avec Thomas avant de prendre une telle décision. Aussi, elle décida d'orienter la conversation sur des sujets anodins pendant le reste du repas.

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