Mission à l'étranger pour la Sainte Inquisition : partie 14
14) Interrogatoire des sorcières : partie 1
Monseigneur Thomas se rendit dans la salle d'interrogatoire, une vaste pièce située dans le sous-sol de la prison, dans laquelle il retrouva les notables qu'il avait conviés. Ceux-ci avaient été installés dans des sièges confortables, destinés aux hôtes de marque, qui avaient été orientés vers le mur du fond de la salle contre lequel se dressait une grande croix de bois, d'une taille similaire à celle d'un être humain. Des anneaux en acier avaient été fixés à l'extrémité des branches et au pied de la croix. Les cinq accusées étaient assises sur un banc placé près du mur de droite de la salle, sous la surveillance d'une demi-douzaine de gardes.
Le Grand Inquisiteur se plaça au centre de la pièce, et, faisant face à ses invités, prit la parole :
" Vos Excellences, messires et gentes dames, vous avez enduré les pires souffrances à cause de ces servantes de Satan, et vous avez fait appel à la Sainte Inquisition afin de vous aider à éradiquer à jamais la menace qu'elles font peser sur votre communauté. Nous sommes profondément honorés de la confiance que vous nous avez accordée, et je sais qu'avec l'aide de Dieu, nous parviendrons à prouver que les espoirs que vous avez placés en nous étaient parfaitement justifiés. Heureusement, notre Seigneur, toujours prêt à venir en aide à ses plus dévoués serviteurs, nous a offert une remarquable opportunité. En effet, peu avant d'arriver dans votre belle cité, nous avons été conduits à affronter et à vaincre un groupe de redoutables sorcières qui semaient la terreur dans un village proche de la frontière. Ainsi, non seulement nous sommes parvenus à secourir d'autres victimes, mais leur capture va aussi nous aider à mener à bien notre mission. En effet, en ce jour, je vais soumettre mes prisonnières à la question. Vos ennemies pourront alors constater de leurs propres yeux la manière dont la Sainte Inquisition combat les servantes du Malin, et j'ai bon espoir que la simple crainte que nous leur inspirerons suffira à briser leur résistance et les conduise à confesser leurs crimes et implorer le pardon de notre Seigneur. Gardes, faites entrer les prisonnières!"
La porte de la salle s'ouvrit, et Jeanne, Marie et Isabelle furent conduites vers le Grand Inquisiteur. Malgré les chaînes qui liaient leurs poignets derrière le dos, les trois femmes se débattaient de toutes leurs forces contre leurs gardes, mais elles ne parvinrent pas à échapper à leurs bras vigoureux. L'évêque se plaça face à ses prisonnières et, d'une voix sévère, s'adressa à elles:
"Femmes, vous avez été arrêtées pour crimes de sorcellerie, et nous disposons d'innombrables preuves et de témoignages qui attestent de votre culpabilité. Voici votre dernière chance. Etes vous prêtes à confesser vos crimes afin d'en recevoir le juste châtiment, afin que je puisse prier à vos côtés pour le salut de vos âmes?
- Jamais, immonde rat d'église, cracha Jeanna avec fureur. Nous n'avouerons jamais des crimes que nous n'avons pas commis, et que m'importe les prières d'un monstre comme toi?
- Nous sommes innocentes, et les Inquisiteurs sont les vrais criminels, renchérit Marie.
- Nous ne céderons jamais" affirma Isabelle.
Le Grand Inquisiteur se tourna alors vers les notables :
"Observez comme ces sorcières cherchent à inverser la vérité, en se faisant passer pour des victimes et en traitant de criminels les agents de la justice divine. Mais personne ne se laissera tromper par un procédé aussi grossier. Aussi, je n'ai pas d'autre choix. Puisqu'elles refusent d'avouer de leur plein gré, il est temps d'utiliser la force. Frère Laurent et frère Philippe, déshabillez complètement la plus jeune de ces sorcières et enchaînez la à la croix.
- Non, non, hurla Isabelle. Pas la croix! Pas la croix!
A cet instant, Esteban Garcia se mit à sourire, et, parlant pour lui-même, prononça ces mots:
"Oh, voilà qui devient très intéressant. J'ai eu bien fait de venir."
En dépit de ses hurlements, les deux moines enchaînèrent les poignets et les chevilles de la jeune fille aux anneaux de la croix.
"Ignoble individu, vociféra Jeanne. Comment oses-tu humilier ainsi ma fille?
- Silence, sorcière, répliqua l'évêque. Tel est le sort réservé à celles qui refusent de se soumettre à l'autorité divine"
Puis, se tournant vers l'alcade et ses compagnons
"Avez vous constaté que le simple contact avec la croix, symbole de notre foi chrétienne, constitue déjà une torture pour celles qui se sont mises au service du Malin?"
Le grand Inquisiteur s'adressa ensuite à un de ses hommes :
"Frère Laurent, il est temps à présent que ces immondes créatures connaissent la colère de la Sainte Inquisition"
Le jeune moine s'approcha d'une boîte posée sur le sol, en sortit un fouet, puis se plaça derrière Isabelle et lui en assena plusieurs coups sur son dos dénudé. Même si l'anesthésique atténuait considérablement la douleur qu'elle ressentait, la jeune fille se débattait en poussant des hurlement stridents. Mais elle ne pouvait échapper à son supplice et bientôt, sa peau fut marquée par le fouet de son bourreau. Jeanne hurlait de rage en voyant sa fille torturée ainsi :
"Abominable Inquisiteur, as tu donc un roc à la place du coeur pour forcer une mère à voir souffrir ainsi son enfant?"
Jeanne savait bien que cette épreuve était aussi pénible pour Thomas que pour elle-même. Néanmoins, la colère qu'elle ressentait n'était pas simulée, car elle avait remarqué avec un immense dégoût que certains des notables, parmi lesquels Cristobal Fernandez, l'alcade et le docteur Vidal, paraissaient prendre du plaisir à contempler le supplice de sa fille; de plus, elle avait réussi à surprendre les propos libidineux de monsieur Garcia. L'épouse de ce dernier observait la jeune Juanita avec un regard mauvais, espérant au fond de son coeur qu'elle subisse le même sort. Le juge Clemente et le baron de Santa Cruz regardaient le sinistre spectacle sans exprimer la moindre émotion sur leur visage. Le père Iglesias semblait mal à l'aise, mais il ne prononça pas la moindre parole. Le fils Fernandez ressentait un inconfort analogue, mais, intimidé par la présence de son père, essayait autant que possible de dissimuler ses émotions. En revanche, le jeune baron Diego regardait le supplice avec une expression de pure horreur sur son visage.
Frère Laurent donna trente coups de fouet à Isabelle avant que le Grand Inquisiteur lui ordonnât de s'arrêter. Ce dernier s'adressa à nouveau aux trois femmes:
"Alors, allez vous donc enfin avouer vos crimes, sorcières?
- Ne dis rien maman, cria Isabelle. Je ne me laisserai pas vaincre par quelques coups de fouet. Sois aussi courageuse que moi.
Encouragée par sa fille, Jeanne répondit:
"Je suis innocente, et je vous maudis tous autant que vous êtes.
- Nous sommes plus fortes que vous, hommes cruels, et nous résisterons jusqu'au bout" renchérit Marie.
Furieux, le Grand Inquisiteur rétorqua:
"Je constate que vos âmes sont tellement corrompues que même la douleur du fouet ne vous encourage pas à abandonner la voie du péché. Je n'ai donc pas d'autre choix : il est temps de passer à la phase suivante de la question."
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