Mission à l'étranger pour la Sainte Inquisition : partie 13

13) Confrontation entre le Grand Inquisiteur et les sorcières Jeanne et Isabelle

Lorsque Isabelle fut ramenée dans son cachot, elle retrouva sa mère qui tenait un petit pot dans sa main:

"Ma chérie, retire vite ta chemise afin que je t'applique l'anesthésique sur ton dos. Thomas va venir à la prison dans une heure et demie : nous n'avons pas de temps à perdre". 

Isabelle, à qui les chaînes avaient été retirées à son arrivée, obéit, et Jeanne commença à appliquer la crème de coca sur le dos nu de sa fille. Tandis que sa mère s'affairait à sa tâche, Isabelle lui transmit tout ce que lui avaient raconté ses codétenues. Jeanne soupira: 

"Eh bien, si tout ce qu'elles t'ont dit est vrai, ces malheureuses sont en bien mauvaise posture, car elles subissent l'hostilité d'ennemis très puissants. Mon instinct m'incite à les croire, car leurs récits me rappellent ceux j'ai entendus de jeunes filles que j'ai soignées et de collègues guérisseuses étrangères. Néanmoins, je préfère attendre la visite de Thomas avant de me faire une opinion définitive. En effet, en tant que Grand Inquisiteur, il a eu l'opportunité de fréquenter et donc, d'apprendre à connaître les notables mentionnées par nos compagnes de détention. Son point de vue nous sera donc très précieux."

Après avoir appliqué la crème sur sa fille, Jeanne lui fit un bandage serré sur son corps, afin d'éviter que l'anesthésique ne coule sur le sol. Ensuite, elle souleva la paille de sa cellule pour en sortir un grand sac :

"Ma chérie, je devine que tu n'as certainement pas été nourrie correctement par tes geôliers. En attendant l'arrivée de Thomas, il est temps que tu profites des victuailles que nous ont apportées nos amis inquisiteurs"

Et Jeanne sortit une grosse pièce de pain frais, du jambon, du fromage, des fruits et une outre remplie d'eau fraîche. Isabelle, qui avait encore faim après le frugal repas qu'elle avait pris, dégusta avec appétit ces mets, regrettant de ne pouvoir en faire profiter ses compagnes d'infortune. Mais Jeanne l'assura qu'elle préférait attendre les révélations de Thomas avant de mettre ces femmes dans la confidence. 

A deux heures de l'après-midi, la porte de la cellule de Jeanne et Isabelle s'ouvrit, et le Grand Inquisiteur, accompagné de cinq hommes, fit son apparition.  Monseigneur Thomas entra avec les frères Laurent et Philippe, laissant les autres gardes en faction devant le cachot, officiellement, en tant que renfort en cas de nécessité. Une fois la porte de la cellule à nouveau verrouillée, l'évêque enlaça brièvement sa bien aimée, salua gentiment Isabelle, et s'informa de leurs conditions de détention. Jeanne lui répondit :

"Oh, cela reste difficile: cette prison est vraiment sordide; même mon cachot dans le palais épiscopal paraît une résidence de luxe à côté d'ici. Heureusement, nous sommes vraiment dorlotés par tes hommes et je tiens encore à les remercier d'adoucir ainsi notre séjour en ce lieu.

- C'est la moindre des choses : j'ai honte de profiter du confort du palais de l'alcade tandis que vous devez loger dans cette terrible geôle. Mais nous n'avons pas de temps à perdre. Officiellement, je suis ici pour tenter de vous amener à confesser vos crimes et vous inciter à vous repentir. Nous disposons à peu près d'une demi-heure. Aussi, je vous prie de me raconter tout ce que vous avez appris de la part de vos codétenues."

Isabelle révéla au Grand Inquisiteur les récits qu'elle avait entendus depuis son arrivée. Thomas écouta attentivement, et, lorsque la jeune fille eut terminé, il s'exprima à son tour:

"Je crois sans hésiter ce que racontent ces femmes car leur récit est bien plus crédible que celui que j'ai écouté de leur accusateurs hier soir. J'ai rarement vu réuni chez des personnes un tel concentré de bêtise, d'intolérance, d'arrogance, de méchanceté, de jalousie, d'hypocrisie, de suffisance, d'orgueil et de mauvaise foi. Ces gens se croient au dessus des autres les uns à cause de leur naissance, les autres, parce qu'ils sont riches. Ils sont tellement sûrs d'eux qu'ils ne se rendent même pas compte qu'ils se décrédibilisent eux-mêmes par leurs propos. Et puis, ce docteur Vidal ne devrait même pas avoir le droit d'exercer la médecine, car il met en danger ses patients en refusant de leur faire bénéficier de méthodes de soin qui ont prouvé leur efficacité. Et il est malheureux qu'un prêtre tel que le père Iglesias soit tellement imprégné par ses préjugés qu'il soit incapable de comprendre le malheur d'autrui. Le plus horrible, c'est qu'en l'écoutant, j'avais l'impression de m'entendre quand j'étais plus jeune.

- Je m'en doute, répliqua Jeanne, en se retenant pour ne pas pouffer. Heureusement, tu as toujours su voir en moi la femme avant de voir la païenne, et cela t'a permis d'évoluer dans le bon sens.

- En effet, et je t'en suis profondément reconnaissant, même s'il est assez ironique que ce soit l'influence d'une mécréante qui ait fait de moi un meilleur chrétien. Pour en revenir à ces femmes, nous devons absolument trouver un moyen de les sauver. Mais pour le moment, je ne sais pas encore quelle stratégie choisir : exposer le mensonge et la mauvaise foi des notables de Pampao afin de les innocenter, ou bien, jouer mon rôle d'inquisiteur jusqu'au bout, montrer qu'elles sont des sorcières, afin que je puisse les emmener avec moi loin d'ici, officiellement pour les mettre hors d'état de nuire. 

- Je crains malheureusement que ces gens n'acceptent pas un verdict d'innocence pour ces femmes dont ils veulent de toute évidence se débarrasser. Et c'est pourquoi nous savions, Isabelle et moi, qu'il serait inévitable que tu sois amené à montrer tes "talents" de Grand Inquisiteur devant eux, car notre succès dépend du crédit que tu auras acquis à leur yeux. 

- Je le sais, mais je vous avoue que l'idée même de voir ta fille souffrir me rend malade. Or ici, il s'agit littéralement de diriger une séance de torture contre elle. Isabelle, es tu toujours décidée à aller jusqu'au bout? 

- Plus que jamais, mon père" répondit la jeune fille

Monseigneur Thomas comprit la détermination de la jeune guérisseuse quand il l'entendit l'appeler "mon père". Isabelle, qui n'avait aucun lien de sang avec lui, ne l'appelait par ce titre, qui faisait autant allusion à son statut d'évêque qu'à la relation qu'il entretenait avec sa mère, que lorsqu'elle devait prendre des décisions majeures, afin de marquer le poids de ses mots. L'évêque demanda alors avec sollicitude:

"Est ce que tu as eu au moins l'anesthésique appliqué sur ton corps?

- Oui, même si je sais qu'il ne pourra pas totalement supprimer la douleur. De plus, je sais que je serai dans une position humiliante devant des gens que je considère comme des ennemis. Mais je n'ai pas peur. Je sais que je suis entre de bonnes mains, puisque ce sont frère Laurent et frère Philippe qui seront chargés de me torturer, et je leur fais une entière confiance. Après tout, si je leur ai permis de devenir mes amants, c'est qu'ils l'ont mérité. Et je sais que Marie, Maman et toi me soutiendrez aussi pendant cette épreuve. 

- Qui sera présent lors du supplice, outre, bien évidemment, les prisonnières? demanda Jeanne

- L'alcade, le juge Clémente, le baron Rodrigo de Santa Cruz et son fils, le docteur Vidal, Cristobal  Fernandez, le puissant propriétaire terrien, qui sera lui aussi accompagné de son fils, le père Iglesias et enfin, Esteban Garcia, le riche marchand, qui est venu avec sa femme. Mes hommes sont en train de les installer dans la salle d'interrogatoire de la prison.

- Eh bien, je crois qu'il est temps de montrer à tous ces éminents personnages la manière dont la Sainte Inquisition traite les sorcières, déclara Isabelle. Rien ne révèle mieux la nature profonde d'un être humain que son attitude lorsqu'il voit une de ses semblables se faire torturer.

- Qu'il en soit donc ainsi. Je vais rejoindre la salle d'interrogatoire pendant que les gardes de l'Inquisition vous prépareront pour le supplice. Que Dieu vous donne la force et le courage d'endurer cette épreuve!"

Et sur ces mots, l'évêque quitta la cellule.

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