Mission à l'étranger pour la Sainte Inquisition : partie 7

7) Festin de l'alcade et récit des terribles forfaits des sorcières : partie 2

"Il y a quand même un point qui me laisse perplexe, admit l'évêque. Apparemment, lorsque le jeune baron a vu cette fille nager dans le lac, elle ignorait sa présence à ce moment là. Par conséquent, si elle l'a enchanté, ce n'était vraisemblablement pas intentionnel de sa part. 

- Détrompez vous, rétorqua le propriétaire terrien. Sachez que, quelques jours après cette fatale journée, ayant appris le malheur qui avait brisé le couple qui unissait sa soeur avec son noble compagnon de chasse, mon fils s'est rendu à son tour dans ce bois. Lorsqu'il arriva au bord du lac, lui aussi vit cette blonde enchanteresse s'y baigner nue, et, bien évidemment il tomba sous son charme. Il parait évident que cette fille sait que des chasseurs s'aventurent dans cette forêt, et qu'elle agit ainsi afin de les ensorceler et prendre le pouvoir sur leurs âmes.

- Et c'est ainsi que mon fiancé m'oublia à son tour, s'indigna Dolorès, la fille du juge Clemente. Cette sorcière blonde semble avoir le don de détruire les couples les plus amoureux.

- D'ailleurs, poursuivit le jeune Alfonso, elle me traita de la même manière qu'elle avait traité Diego. Au début, une conduite aimable pour me donner de l'espoir, puis un rejet qui me plonge dans le désespoir. Quelle abominable manière de traiter les gens qui vous aiment!

- Mais le pire est encore à venir, reprit le baron. Un jour, mon fils surprit cette odieuse créature en pleine conversation avec Alfonso. A ce moment, il crut qu'il avait été dédaigné en sa faveur et il entra dans une terrible colère. 

- J'avais moi-même découvert que Diego rendait visite à ma belle, et je venais faire d'amères reproches à cette cruelle créature, pour sa conduite si déloyale. Bien évidemment, elle m'affirmait n'avoir jamais ressenti quoi que ce soit ni pour lui, ni pour moi. Mais pouvais-je la croire plutôt que mes propres yeux? C'est alors que tous deux fous de jalousie, nous décidâmes de nous affronter en duel. Nous nous battîmes avec rage, jusqu'à ce que je parvienne à blesser mon adversaire au bras. C'est uniquement en voyant le sang couler de sa blessure que je revins enfin à la raison, et que je réalisai que j'avais failli tuer mon meilleur ami, mon fidèle compagnon de chasse et le fiancé de ma propre soeur. Nous prîmes alors tous deux conscience que nous avions été ensorcelés par cette diabolique créature qui s'était amusée à nous dresser l'un contre l'autre dans l'espoir que nous nous entretuions. D'ailleurs, nous aurions dû deviner bien plus tôt la haine qu'elle nous vouait, car elle nous avait dit à plusieurs reprises d'aller au diable. Je bandai alors la plaie de Diego du mieux que je pus, puis le ramenai au galop chez lui afin qu'il y soit soigné.

- Lorsque je vis revenir mon fils blessé au château, je crus mourir de douleur. Heureusement, sa blessure n'était que superficielle, et sa vie n'était pas en danger. Malgré cela, j'étais furieux contre Alfonso pour ce qu'il avait fait à mon Diego. Mais mon fils, qui s'était alors réconcilié avec son ami, me supplia de lui pardonner, m'expliquant qu'il avait été victime, comme lui, du sortilège lancé par cette sorcière du lac, et qu'elle seule était à blâmer pour ce terrible évènement. Cristobal, qui, ayant eu vent du duel entre son fils et le mien, était venu au château pour me demander, bien trop tard malheureusement, de l'aider à empêcher nos enfants de se battre, joignit ses prières aux siennes, et je finis par me rendre à leurs arguments. Tandis que nos fils se remettaient de leur duel au château, Cristobal et moi nous rendîmes chez l'alcade afin qu'il mette fin aux crimes de cette fille. 

 A cet instant, de grands plats de gibier furent apportés à table : des chevreuils rôtis parfumés avec des épices, ainsi que des paons encore couverts de leurs plumes. Des pots contenant du vin rouge furent aussi amenées pour accompagner les plat.

- Diego et moi avons tué ces chevreuils à la chasse ce matin, déclara fièrement Alfonso

- Vous voyez cela? se rengorgea le père du jeune homme. Deux camarades inséparables qui chassent ensemble depuis leur enfance, et qui vous rapportent de si belles pièces de gibier. Seul un sortilège d'une grande puissance pouvait les brouiller jusqu'à les amener à se battre l'un contre l'autre.

Après avoir placé une grosse portion de viande dans son assiette, l'alcade reprit la parole :

- Lorsque Don Rodrigo et M. Fernandez vinrent m'informer du sortilège que la fille aînée avait lancé sur leurs fils ainsi que des terribles évènements qui en avaient résulté, je ne fus pas surpris. En effet, j'avais reçu des plaintes analogues de la part de plusieurs jeunes gens, qui avaient subi un sort analogue de la part de la cadette. La beauté de celle-ci n'avait rien à envier à celle de sa soeur, mais ses cheveux était noirs et son teint plus mat. De plus, elle ciblait les paysans en dansant dans les prés, et les tourmentait par le même procédé: après leur avoir donné de faux espoirs, elle prenait plaisir à les plonger dans la détresse et à les dresser les uns contre les autres.



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