Mission à l'étranger pour la Sainte Inquisition : partie 8
8) Festin chez l'alcade et récit des terribles forfaits des sorcières : partie 3
- Mais ce fut grâce à moi que nous découvrîmes le rôle central de la mère dans toute cette vaste entreprise de sorcellerie, affirma le docteur Vidal. Car, non contente d'apprendre à ses filles la manière d'ensorceler nos jeunes garçons, elle agissait de concert avec une autre sorcière pour attenter à la vie des membres de notre communauté.
- Une autre sorcière? s'interrogea l'évêque.
- Oui, monseigneur, une diabolique créature qui abuse de la confiance des gens en leur faisant croire qu'elle les guérirait. Mais ce monstre a fait une terrible erreur en s'installant dans ma ville. En effet, monseigneur, sachez que je suis diplômé de la plus prestigieuse école de médecine du pays, dans laquelle nous apprenons à soigner les patients en suivant les règles et les prescriptions transmises par ceux qui nous ont précédés. Avant l'arrivée de cette soi-disant guérisseuse Gloria, tous les habitants de Pampao m'accordaient leur confiance pour les soigner de leurs maux.
- Et, renchérit le père Iglesias, même lorsque il ne parvenait pas à guérir leur corps, il réussissait toujours à sauver leur âme, car, à chaque fois qu'il pressentait une issue fatale pour son patient, Rafael me faisait appeler à temps pour que je puisse lui donner l'extrême onction.
- Mais, voyez vous, poursuivit le docteur, j'ai été victime de la pire des ingratitudes. Au cours des derniers mois, je vis le nombre de mes consultations se réduire comme peau de chagrin. Je réalisai progressivement que mes patients me dédaignaient au profil de cette Gloria, qui prétendait les guérir en utilisant des potions inconnues. Bien entendu, je devinai immédiatement la tromperie, car, comme tout bon médecin qui se respecte, je n'accorde aucune foi aux soi-disant remèdes de guérisseuse, dont les apparentes vertus cachent bien évidemment un mal plus insidieux qui, inévitablement, détruit ceux qui les prennent. Et, monseigneur, sachez que les faits me donnèrent raison. Un jour, je suivis ma déloyale concurrente qui se rendait à la ferme des sorcières. Or, sachez que celles-ci ne se contentaient pas d'élever des poules et des lapins, mais elles cultivaient aussi des plantes vénéneuses. Et je vis de mes propres yeux la soi-disant guérisseuse avec sa diabolique complice qui en extrayaient le poison, dont elles se servirent ensuite pour préparer des potions. A présent que j'avais découvert ce terrible secret, il me fut aisé de discréditer aux yeux de la population cette abominable imposteuse, et je prévins sans tarder l'alcade afin qu'il fasse arrêter ces criminelles.
- Lorsque Rafael vint me voir, poursuivit Carlos Valdès j'avais déjà reçu les plaintes de Don Rodrigo et de M. Fernandez. Je compris qu'au vu de tous ces témoignages qui constituaient des preuves indiscutables, je devais agir au plus vite. J'envoyai alors les gardes de la ville arrêter ces femmes diaboliques. Trois heures plus tard, elles étaient toutes solidement enfermées dans la prison de notre cité qui, depuis est réservée à leur seul usage, car nous tenons à les isoler du reste de la population.
- Je comprends à présent, dit l'évêque d'une voix grave. Que de malheurs qui ont été causés par ces quatre sorcières.
- Cinq, monseigneur, cinq, s'exclama Inès Garcia, la femme du marchand. Notre famille aussi a subi leurs assauts, car ces horribles créatures n'hésitent pas à envahir les maisons des honnêtes gens. Il y a quelques mois, j'ai pris la décision de recruter une nouvelle servante. Parmi les jeunes filles qui se proposées pour le poste, j'en remarquai une qui paraissait plus vive, travailleuse et appliquée que les autres. Croyant avoir trouvé la perle rare, je l'engageai. Hélas, monseigneur, quelle erreur! Car, loin de m'aider, elle ne fit que détruire l'harmonie dans ma maison. Cette horrible créature parvint non seulement à séduire mon fils, mais aussi et surtout mon mari. J'étais atrocement trompée et humiliée, et en plus, j'observai avec horreur mon Pablo nourrir une profonde haine envers son propre père jusqu'à en venir aux mains avec lui. Il nous fallut à ma fille Teresa et moi, mobiliser d'immenses efforts pour parvenir à les persuader qu'ils avaient été victimes d'un envoûtement qui leur avait fait oublier l'amour naturel qu'un père et son fils éprouvent l'un pour l'autre. Mais dans notre malheur, nous avions eu de la chance, car les récentes affaires de sorcellerie qui avaient dévasté notre contrée nous aidèrent à les réconcilier. Nous prévînmes alors Carlos, afin qu'il la fasse arrêter à son tour.
A ce moment, le dessert, constitué de tartes, flans, fruits confits, macarons et pâte d'amandes, accompagnés par de l'hypocras, fut apporté à table. Après s'être servi de ces douceurs, le juge Clemente prit la parole :
"Je les ai interrogées pendant des semaines, mais toutes nient les crimes dont elles sont accusées. Elles vont jusqu'à affirmer ne même pas savoir ce qu'est la sorcellerie. Et lorsque j'évoque devant elles les horreurs qu'elles ont commises, elles répondent qu'elles n'y sont pour rien, et que celles qu'elles appellent leurs "soi-disant victimes" sont seules responsables, par leur comportement, de leurs malheurs. Monseigneur, vous ne pouvez que constater l'immense dépravation de ces abominables femmes. Elles refusent même de reconnaître mon autorité, considérant qu'elles sont victimes d'une injustice. Je ne sais plus quoi faire pour les faire avouer. C'est pourquoi, je place tous mes espoirs en vous, car, en tant que Grand Inquisiteur, vous parviendrez certainement à susciter la peur dans leurs âmes noires et les contraindre ainsi à reconnaître leurs forfaits.
- Vous avez bien fait de faire appel à moi, répondit Monseigneur Thomas. J'ai bon espoir qu'avec l'aide de Dieu, je parviendrai à vaincre la résistance de ces servantes du Diable. Ainsi, elles pourront recevoir le châtiment approprié pour leurs terribles crimes.
- Nous nous reposons tous sur vous, répliqua l'alcade. Et nous vous remercions encore d'avoir fait ce long voyage pour nous venir en aide, répliqua Carlos Valdès.
- Je ne fais qu'accomplir mon devoir, dit l'évêque.
Lorsque le repas fut achevé, Monseigneur Thomas, qui était fort las après son voyage, prit congé de ses hôtes et se rendit dans ses appartements pour la nuit.
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