Mission à l'étranger pour la Sainte Inquisition : partie 9
9) A la prison
A six heures du matin, Isabelle attendait devant la porte de son cachot les gardes qui devaient l'emmener assister aux Laudes. La jeune fille se remémorait encore son arrivée à la prison avec ses compagnes d'infortune. Les moqueries et les insultes des gardes, les couloirs étroits à peine éclairés par une faible torche et surtout cette horrible cellule aux murs sales qu'elle occupait avec sa mère. Le cachot ne comprenait pas le moindre mobilier à l'exception d'un tas de paille pour s'allonger, et seule une minuscule lucarne fermée de barreaux en acier laissait passer la lumière du jour. De plus, la pièce était glaciale, en particulier la nuit, du fait de l'absence de chauffage. Quelles horribles conditions de détention! Isabelle ne pouvait que se féliciter que les troupes inquisitoriales aient été spécialement affectées à sa garde et à celles de ses compagnes. Ainsi, non seulement, elles étaient protégées des geôliers locaux dont elle redoutait la brutalité, mais surtout, les hommes de Thomas mettaient tout en oeuvre pour adoucir clandestinement leur détention, en leur apportant des repas nourrissants et d'épaisses couvertures pour se réchauffer, qu'elles dissimulaient sous la paille pendant la journée.
Lorsque la porte du cachot s'ouvrit, elle reconnut les frères Laurent et Philippe, deux moines qui avaient été les élèves de sa mère pour la bonne utilisation des remèdes et qui l'avaient marquée par leur modestie et leur gentillesse. Après avoir échangé un bref sourire avec ses amis gardiens, Isabelle entra à nouveau dans son rôle de sorcière, en lançant des imprécations lorsqu'ils tentèrent de la faire sortir de la cellule. Mais les deux jeunes hommes vigoureux n'eurent aucune difficulté à maîtriser la jeune fille dont les mouvements étaient gênés par ses chaînes. En effet, afin de préserver leur réputation de redoutables sorcières et de montrer le sévérité de l'Inquisition, Isabelle et ses compagnes portaient en permanence des fers aux poignets. De plus, seule la jeune fille avait été autorisée à sortir du cachot, Jeanne et Marie étant maintenues à l'isolement du fait de leur dangerosité.
Quelques minutes plus tard, la jeune prisonnière et ses gardiens arrivèrent à la chapelle de la prison. Sur le mur du fond, un crucifix avait été accroché, et, au centre de la pièce, se dressait une petite table de bois qui tenait lieu d'autel. Plusieurs bancs avaient été disposés de chaque côté de la salle, à gauche ceux destinés aux gardes et à droite, ceux des prisonnières. Ces dernières étaient au nombre de cinq; Isabelle remarqua d'abord un petit groupe constitué d'une femme d'âge mûr aux cheveux bruns, avec, assise à ses côtés, deux jeunes filles d'une grande beauté. Celle qui paraissait la plus âgée avait un teint pâle et les cheveux blonds, tandis que l'autre avait la peau plus mate et les cheveux noirs. En voyant les trois femmes se tenir par la main, Isabelle devina qu'un lien familial les unissait : une mère et ses filles, selon toute vraisemblance. Une femme dont les cheveux blancs et le visage ridé révélaient l'âge avancé, ainsi qu'une demoiselle mince aux cheveux brun clair qui paraissait avoir à peine vingt ans complétaient le groupe de captives. Toutes étaient vêtus d'affreux haillons et tant leur attitude corporelle que leurs visages émaciés témoignaient des rigueurs de leur captivité.
Isabelle s'assit à côté de la vieille dame et, quelques instants plus tard, l'office commença, mené par frère Laurent. Celui-ci conclut les Laudes par un sermon dans lequel il fustigeait la faiblesse et le vice des femmes qui se détournent de la sainte foi chrétienne pour faire commerce avec le Malin, et évoquait d'un ton menaçant les supplices de l'enfer qui les attendaient si elles ne confessaient pas leur faute et n'imploraient pas la grâce divine. La demoiselle aux cheveux châtain écoutait ce discours le visage terrifié et tremblant de tout son corps, tandis que la vieille femme paraissait ne pas y prêter attention. La mère et ses filles regardaient elles droit devant elles d'un air défiant. Quant à Isabelle, elle devait mobiliser tous ses efforts pour ne pas éclater de rire, car elle avait elle-même aidé son ami Laurent à élaborer ce sermon afin de le rendre le plus ridicule et le plus odieux possible.
Lorsque l'office fut terminé, les prisonnières furent emmenées dans une salle qui servait de réfectoire. Les six femmes s'installèrent autour d'une même table pour prendre le repas du matin.
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