Mission à l'étranger pour la Sainte Inquisition : partie 3
3) La capture des sorcières
Quelques minutes plus tard, le Grand Inquisiteur et ses hommes, guidés par Jeannot, se dirigèrent vers la chaumière maudite. Lorsqu'ils arrivèrent à proximité de la maison, Monseigneur Thomas envoya quatre hommes inspecter les environs en leur indiquant de sonner du cor au cas où ils apercevraient les sorcières. Ensuite, l'évêque, secondé de ses hommes, prit d'assaut la cabane. Malheureusement, celle-ci se révéla vide. Quelques instants plus tard, une sonnerie retentit au milieu du bois qui semblait venir du sud. Les malignes créatures avaient été repérées. Tous se remirent immédiatement en selle et, guidés par le son de l'instrument, la troupe rejoignit un cavalier qui poursuivait trois femmes courant à pied devant lui. Bientôt les fugitives furent rejointes et encerclées. Deux d'entre elles paraissaient d'âge mûr, tandis que la troisième devait avoir à peine plus de vingt ans; toutes étaient vêtues de noir. Les agents de l'Inquisition brandirent alors leur croix en direction des sorcières, qui reculèrent d'effroi en voyant le symbole sacré qui neutralisait l'influence du Malin, et ainsi les privait de leur pouvoirs magiques. Quelques instants plus tard, les diaboliques femmes étaient solidement enchaînées, et la troupe victorieuse reprit la direction du village avec leurs prisonnières. A leur arrivée, les hommes de l'Inquisition furent accueillis en héros. En effet, au moment où les sorcières avaient été capturées, les filles du meunier avaient repris conscience, et avaient recouvré leur personnalité habituelle : de toute évidence, l'envoûtement avait été brisé. Les trois sorcières furent rapidement enfermées dans la grande cage du chariot-prison, et, pour plus de précaution au vu de leur dangerosité, elles furent contraintes garder leurs chaînes.
Le grand Inquisiteur s'adressa alors à Enrique Cortes:
"Monsieur, vous avez pu observer les troupes de l'Inquisition dans l'accomplissement de leur mission sacrée. Même les plus redoutables sorcières tremblent de terreur en réalisant leur impuissance devant des hommes guidés par la volonté de Dieu, et fuient à leur vue. Effort vain, car elles ne pourront jamais leur échapper et se soustraire au châtiment qu'elles méritent.
- En effet, Monseigneur, et je suis absolument impressionné par la compétence de vos hommes et la rapidité avec laquelle vous êtes parvenu à aider ces malheureux villageois en mettant hors d'état de nuire ces diaboliques créatures. Je ne peux que me féliciter d'avoir fait appel à vous.
- Je ne fais que mon devoir envers notre Seigneur en vous prêtant mon assistance."
Le soleil commençant à se coucher, l'évêque décida de rester au village pour y passer la nuit.
Quelques heures plus tard, lorsqu'il fut assuré qu'Enrique Cortes était endormi, Monseigneur Thomas se rendit dans l'enclos où se trouvait le chariot-prison, accompagné de deux de ses hommes qui transportaient des victuailles et des couvertures chaudes et confortables. Dès qu'il arriva devant la cage, il s'adressa à l'une des prisonnières:
"Jeanne? C'est moi. Désolé de t'avoir autant fait attendre, mais je devais m'assurer que nous ne risquions pas d'être surpris par mon solliciteur pampayen.
- Ne t'inquiète pas, j'avais bien compris. Cela dit, mes compagnes et moi ne sommes pas fâchées de pouvoir enfin manger, car cette course à travers les bois et les champs, ainsi que toutes ces émotions nous avaient ouvert l'appétit.
Quelques instants plus tard, les prisonnières savourèrent leur repas qui consistait en un poulet rôti, de pain et de légumes frais, accompagné d'un délicieux vin qui était produit dans les environs du village. Le terme de "prisonnières" était d'ailleurs peu adapté en la circonstances pour parler des trois femmes, car, en dépit des apparences, elles étaient entre les mains de l'Inquisition de leur plein gré. En effet, le jour même où il avait reçu la requête de son visiteur pampayen, l'évêque s'était rendu chez Jeanne pour lui en faire part. La guérisseuse réalisa rapidement que cette affaire de sorcellerie mettait en péril des vies de femmes dont elle ne doutait pas de l'innocence, puisqu'elles étaient accusées d'un crime imaginaire. Mais elle comprit aussi qu'elles ne risqueraient rien jusqu'à l'arrivée du Grand Inquisiteur, puisque leurs juges semblaient attendre son conseil avant de statuer définitivement sur leur sort. Jeanne et Thomas réalisèrent rapidement la nécessité d'accepter la proposition de l'étranger, car elle représentait le seul espoir de sauver ces malheureuses. De plus, afin d'impressionner l'émissaire pampayen, et le persuader définitivement de l'autorité de la Sainte Inquisition dans la lutte contre les servantes du Diable, les deux amants avaient aussi convenu d'organiser cette mise en scène de chasse aux sorcières, avec la complicité de sa fille Isabelle et d'une de ses collègues guérisseuses, dénommée Marie. Les trois femmes étaient arrivées dans le village deux jours avant l'arrivée de l'évêque, et, après avoir expliqué la situation aux habitants, s'étaient assurées de leur coopération. Les villageois consentirent volontiers à rendre ce service aux guérisseuses qui leur avaient tant apporté et tous préparèrent leur rôle avec assiduité.
Mais cette mascarade n'avait pas pour unique motif de renforcer la réputation du Grand Inquisiteur. En effet, Jeanne et ce dernier réalisaient aussi l'intérêt de disposer d'agents infiltrés au sein de la prison où étaient enfermées les accusées afin de communiquer avec elles et récolter de précieuses informations, mais surtout de gagner leur confiance et de s'assurer de leur coopération dans leur projet de sauvetage. Et qui pouvait mieux jouer ce rôle que des "sorcières" capturées par les troupes de la Sainte Inquisition?
Après leur repas, les trois femmes furent libérées et laissées seules afin de leur permettre de s'occuper de leur hygiène personnelle. Lorsqu'elles eurent terminé, elles retournèrent dans leur cage, et s'emmitouflèrent confortablement dans les couvertures que l'évêque leur avait fait apporter, afin de s'endormir. Monseigneur Thomas donne comme instruction à ses gardes de réveiller les captives au lever du soleil, afin de leur permettre de prendre leur repas du matin, de récupérer les couverture et de leur remettre leurs chaînes, et ainsi de continuer à donner le change devant le pampayen.
Commentaires
Enregistrer un commentaire