Mission à l'étranger pour la Sainte Inquisition : partie 5
5) Rencontre avec les notables de la contrée
Ils furent accueillis par l'épouse de celui-ci. Cristina Valdès avait le même âge que son mari, ainsi que sa corpulence, mais tant son langage gestuel que l'expression de son visage, surmonté de longs cheveux grisonnants, dévoilaient la nature énergique et sévère d'une maîtresse de maison dirigeant d'une poigne de fer son personnel. Une fois les présentations effectuées, l'alcade fit visiter sa résidence à son illustre invité, et le conduisit dans les appartements réservés aux hôtes de marque où il séjournerait pendant toute la durée de sa visite en ville. Monseigneur Thomas admira l'immense chambre, dans laquelle il disposait d'un lit à baldaquin, de plusieurs coffres pour y ranger ses affaires, ainsi que d'un espace de travail constitué d'un vaste bureau derrière lequel était disposé un confortable fauteuil. Plusieurs serviteurs s'affairaient à y amener les effets personnels de l'évêque tandis que celui-ci s'entretenait avec son hôte, le remerciant chaleureusement des égards dont il faisait preuve envers lui. L'alcade répliqua qu'il ne faisait qu'accomplir son devoir d'hospitalité, et, une fois qu'il fut assuré que son hôte était bien installé, il se retira afin de le laisser prendre un peu de repos. Exténué par son long voyage, l'évêque s'allongea sur le lit et s'y assoupit.
Une heure et demie plus tard, il fut réveillé par une série de coups frappés à sa porte. Monseigneur Thomas se leva et accueillit son hôte qui était accompagné du père Iglesias. Celui-ci priait son éminent collègue de lui faire l'honneur de mener l'office des vêpres pour le soir de son arrivée. L'évêque accepta avec plaisir, et il suivit bientôt le prêtre qui l'emmena à l'église de Pampao. Monseigneur Thomas contempla avec admiration le grand édifice de style gothique, ornementé de sculptures décrivant des épisodes des Evangiles. L'intérieur de l'église se révélait tout aussi splendide que l'extérieur, avec ses nombreux vitraux, son majestueux autel de marbre, ainsi que plusieurs tableaux d'excellente facture représentant le chemin de croix. Quelle surprise d'observer un aussi somptueux édifice, digne d'une capitale, dans cette ville provinciale! Le père Iglesias expliqua à son hôte que l'Eglise avait toujours bénéficié de généreux mécènes, ainsi que de la générosité de ses paroissiens.
Et, en effet, lors de l'office, l'évêque put constater la dévotion de la population de Pampao. Des centaines de fidèles étaient déjà réunis dans la nef un quart d'heure avant le début de la prière et les solistes et le choeur chantèrent les différents psaumes, cantiques et antiennes avec tant de ferveur qu'il en fut profondément ému. Une fois les vêpres achevées, Monseigneur Thomas et le père Iglesias retrouvèrent l'alcade, son épouse, ainsi qu'un jeune homme au visage fier, de grande taille et de constitution vigoureuse qui n'était autre que Domingo, le fils du couple. A leurs côtés, l'évêque reconnut rapidement le juge Clemente qui était
accompagné de son épouse et de sa fille, toutes deux habillées d'une
sobre robe blanche. La mère, une petite femme menue, paraissait effacée
aux côtés de son mari, tandis que sa fille semblait avoir hérité de la
prestance de son père. Une fois rejoint par les deux ecclésiastiques, le petit groupe longea la nef pour sortir de l'église.
Sur le parvis, l'évêque vit approcher une famille de quatre personnes, dont le costume et l'attitude dénotaient la noble origine, confirmée par son hôte qui le présenta au baron Rodrigo de Santa Cruz, à sa femme Marguerite et à ses enfants, son fils Diego et sa fille Anna. Le père, d'une quarantaine d'années, de haute taille et de constitution robuste, au maintien fier, était habillé d'un pourpoint noir brodé de fil d'or, coiffé d'un chapeau décoré d'une plume d'aigrette et portait l'épée au côté. Son épouse, une femme mince, mais de constitution solide, était vêtue d'une robe bleue ornée de dentelles. Le fils, un grand gaillard de vingt trois ans portait un habit blanc et rouge richement brodé, et son visage rehaussé d'une moustache et d'une petite barbiche, exprimait la suffisance d'un homme fier de sa naissance. La fille, âgée de seize ans, aux cheveux noirs d'ébène, habillée d'une robe blanche, et portant de nombreux bijoux, montrait, quoique plus discrètement, une arrogance similaire sur son visage par ailleurs fin et gracieux. Après avoir été présentée à l'évêque, la famille monta dans un carrosse décoré de ses armories. Pourtant, en dépit des apparences, le baron de Santa Cruz ne possédait qu'une fortune modeste, ses ancêtres, couverts de dettes, ayant été forcés de vendre la plus grande partie de leurs terres à des roturiers.
L'un de descendants de ces derniers, Cristobal Fernandez, était le plus important propriétaire foncier de la région et entretenait une relation étroite avec le baron qu'il rejoignit quelques instants plus tard sur le parvis, accompagné de son épouse Isabel, de son fils Alfonso et de sa fille Cecilia. Tous étaient habillés de vêtements constitués d'étoffes très fines de couleurs vives et variées. Leurs bas de soie et leurs bijoux en or, sertis de rubis et de diamants de taille impressionnante révélaient de manière éclatante l'immensité de leur fortune. Après avoir été présenté à l'évêque par l'alcade, le riche fermier les invita à monter dans son vaste carrosse pour le trajet jusqu'au palais. Ils acceptèrent volontiers cette gracieuse proposition, mais M Valdès suggéra d'attendre au préalable les derniers invités.
Du reste, ceux-ci ne tardèrent pas. Esteban Garcia, le marchand le plus riche de la ville, arriva quelques instants plus tard en compagnie de son épouse Inès, de son fils Pablo, et de sa fille Teresa . A la différence des Fernandez, les Garcia avaient choisi un style vestimentaire plus sobre, d'un gris sombre uni. De plus, leurs bijoux se réduisaient à l'alliance pour le couple marié ainsi qu'à une discrète paire de boucles d'oreilles pour la mère et la fille. Après avoir fait connaissance avec Monseigneur Thomas, ils rejoignirent leur véhicule, une petite voiture tirée par deux chevaux, stationnée à côté du carrosse des Fernandez. Peu après le dernier invité, le médecin de la ville, un homme d'une cinquantaine d'années, très replet, arriva à son tour. Lorsqu'il lui fut présénté par M Valdès, l'évêque fut profondément frappé par l'expression du visage du docteur Rafael Vidal, qui révélait un caractère dur et orgueilleux qu'il tentait de dissimuler derrière une apparente bonhomie.
Dès que le médecin fut installé dans le carrosse des Fernandez, les trois véhicules prirent ensemble la route du palais de l'alcade, qu'ils rejoignirent au bout de quelques minutes.
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