Un sauvetage mémorable : partie 17
17) Epilogue
a) L'attaque
(Virginie est la narratrice).
Voilà que le cauchemar recommence ! Me voilà sur la banquette arrière d'une voiture, enchaînée et bâillonnée, à côté de mes amis Jonathan et Mina. Nous poussions des gémissements de frayeurs en nous débattant. Mais le terrible vampire retourna sa hideuse face vers nous et s'adressa à nous d'une voix menaçante:
"Silence. Ne vous bercez pas d'illusions, il est impossible de vous échapper et n'espérez aucune pitié de ma part. Vous constituerez un excellent repas pour mon amie et moi".
Quelques instants plus tard, le monstre arrêta son véhicule et nous emmena de force devant la porte d'entrée d'une maison isolée. Une femme vampire ouvrit, et nous observa avec convoitise avec un sourire méchant sur son visage démoniaque:
"Oh, tu m'as gâtée ce soir. Voilà des plats particulièrement appétissants. Celui-là en particulier" dit elle, en désignant Jonathan. "Pourrais tu me le laisser s'il te plaît, j'ai vraiment très envie de le déguster.
- Bien entendu, je te dois bien ce petit plaisir. Par contre, celle-là, je me la réserve", répondit le vampire mâle, en parlant de moi.
Et le monstre m'emmena dans un salon, tandis que sa congénère entraînait mes deux compagnons d'infortune à l'étage. Il me força à m'asseoir sur une chaise, auquel il m'attacha avec une paire de menottes, baissa légèrement ma chemise afin de bien dégager mes épaules, approcha son horrible visage, et planta ses crocs dans mon cou.
b) Entretien avec un vampire
Après la douleur initiale de la morsure, je fus fort surprise d'éprouver une vive sensation de plaisir tandis que le vampire léchait le sang qui coulait de ma plaie. Mon corps se détendit complètement pendant les quelques minutes que dura le repas du monstre. Après avoir terminé, celui-ci appuya avec sa main sur mon cou afin d'arrêter le flot sanguin, puis tourna son visage vers moi. Après avoir métamorphosé ses traits et retiré mon bâillon, Henry s'adressa à moi avec toute la sollicitude et la gentillesse qui le caractérisaient :
"Tout va bien Virginie? Je t'assure, tu n'avais absolument pas besoin d'en passer par là pour me témoigner ta reconnaissance. J'aurais parfaitement compris si tu m'avais donné ton sang en demandant à une infirmière de l'Organisation de se charger du prélèvement.
- Je sais, Henry. Mais je sais aussi par tes amis que le sang humain est bien plus délicieux pour un vampire lorsqu'il sort directement des veines après la morsure. Et puis, je ne l'ai pas fait uniquement pour toi, mais aussi pour moi-même.
- Pour toi-même? s'étonna le vampire. Pourtant, lorsque mes amis et moi discutions avec toi de nos jeux, tu n'as jamais laissé entendre que cela pouvait t'intéresser d'y participer.
- Et cela n'a pas changé. Pour moi, l'expérience de ce soir n'est pas un jeu, mais ma manière d'affronter le terrible traumatisme que j'ai vécu il y a six mois. Tu connais toute l'horreur de la possession vampirique, mais tu ne peux appréhender parfaitement toutes les souffrances que j'ai endurées, car tu n'en as pas été la victime. Toutes ces semaines pendant lesquelles j'avais totalement perdu le contrôle de mon corps et de mon esprit. Je sentais arriver la mort, lentement, mais inexorablement, sans aucun espoir d'en réchapper, alors que je n'avais même pas vraiment commencé ma vie. Je devais adorer et obéir à une créature qui me faisait horreur, tandis que je ne parvenais pas à communiquer avec mes parents et ceux qui m'étaient chers même quand tout mon être le désirait ardemment. Et ce supplice paraissait durer éternellement. Mon sauvetage m'est apparu comme un authentique miracle. Crois moi, si j'ai pu récupérer relativement rapidement sur le plan physique, les séquelles psychologiques ont été bien plus profondes et plus durables. Les réminiscences douloureuses, les cauchemars, les accès de peur panique. Sans compter que des amitiés qui remontaient souvent à mon enfance ont été profondément affectées par ce terrible évènement. J'étais obligée d'éviter de parler de ma maladie à des gens à qui je me confiais sans réserve auparavant et qui s'étaient inquiétés pour moi. Ce silence a été souvent considéré comme un manque de confiance et cela a créé une distance entre eux et moi, à mon grand regret. Mais comment auraient ils pu comprendre, alors qu'ils ignoraient jusqu'à l'existence des vampires?
- Je regrette profondément toutes les souffrances que ce monstre t'a causées, même après sa mort, à cause de la possession vampirique qu'il t'a fait subir. Je me désole encore d'avoir été obligé de te l'infliger moi aussi.
- Oh non, ne dis pas cela, Henry. Au contraire, en agissant ainsi, non seulement tu m'as sauvé la vie, mais surtout, je crois que je n'aurais jamais été capable d'accorder ma confiance à qui que ce soit si tu ne m'avais pas montré par ton exemple qu'il existait des gens assez bienveillants pour ne pas abuser d'une personne même lorsqu'ils disposaient du pouvoir le plus absolu sur elle. Je te l'ai souvent dit, pendant toute la période où tu m'as possédée, il n'y a pas un ordre que tu m'aies donné auquel je n'aurais pas volontiers obéi si j'avais été maîtresse de moi-même, car j'avais compris que ton unique motivation consistait à veiller à mon bien être et à ma sécurité. Avant même la destruction de mon agresseur, tu avais déjà amorcé le processus de ma guérison. Et je ne te serai jamais assez reconnaissante, mais aussi à Lucie, Mina, Jonathan, Sandrine et Lydia de m'avoir accordé votre amitié. Quand j'avais besoin de parler de mes souffrances, vous étiez là pour m'écouter, me comprendre et m'apporter votre soutien. Je pense par exemple à Mina, à qui je parlais souvent du sentiment que j'éprouvais en présence de gens à qui je devais cacher la terrible vérité sur ma maladie, et qui savait trouver les mots justes pour me réconforter, elle qui a connu une expérience similaire à cause de sa nature de loup-garou. Mais je pense aussi à tous ces moments de convivialité et de plaisir que vous m'avez fait partager avec vous, et pendant lesquels je parvenais à oublier mes tourments. Si j'ai réussi à conserver ma joie de vivre malgré mon supplice, je le dois en grande partie à vous tous. Mais malgré cela, je continuais encore à souffrir, et je sentais au plus profond de moi-même que j'avais besoin d'une expérience forte pour exorciser les démons du passé. Et c'est pourquoi j'ai voulu profiter de cette occasion où j'allais enfin t'offrir mon sang pour te demander de me faire vivre une attaque de vampire, et de devenir, pour un court moment, un monstre sanguinaire, afin de m'amener à faire face à mes peurs, et à les dépasser.
- Et penses tu que cela a été efficace? Que cette expérience t'a apporté la catharsis que tu recherchais?
- L'avenir nous le dira. Mais je t'assure que ça en valait la peine, ne serait-ce que pour une raison. Tu sais que ce monstre m'a laissé une cicatrice à cause de ses morsures, et je souffrais profondément en voyant cette trace qu'il avait laissée sur mon corps. A présent que tu m'as mordue à ton tour, tes crocs ont couvert l'empreinte laissée par les siens. Dorénavant, lorsque je regarderai la marque du vampire sur mon cou, ce ne sera plus le souvenir de mon bourreau qui reviendra à mon esprit, mais celui de mon sauveur et d'un des plus merveilleux amis que j'ai jamais eus.
Je compris en regardant le visage de Henry qu'il avait été profondément touché par mes propos, tandis qu'il retirait sa main de mon cou et y appliquait un pansement. Pendant qu'il me détachait, il me dit avec émotion:
"Merci beaucoup, ma chère Virginie. Au cas où cela t'intéresse, je souhaite t'informer que j'ai trouvé ton sang absolument délicieux. Mais mon repas a été rendu encore plus exquis par tes aimables paroles et ta sincère amitié.
- Je l'espère bien que tu as aimé mon sang, le taquinai-je. Quand je pense à tout ce que j'ai fait pour reconstituer mes réserves de fer afin d'avoir le taux d'hémoglobine le plus élevé possible. Le boudin noir que je me suis farci, le choix délibéré d'une pilule contraceptive pour limiter au maximum mes pertes menstruelles. J'aurais été très vexé si tu avais osé te plaindre."
Pendant quelques instants, nous rîmes tous deux de ma plaisanterie. Puis, je repris:
"Et puis c'est la moindre des choses que tu aies pu te régaler, vu que, te connaissant, je devine que cela va bientôt être mon tour. Je me délecte d'avance en pensant au repas que tu nous as préparés. Et je rends hommage à ton courage lorsque tu concoctes tous ces recettes montagnardes à l'ail pour le plaisir de nos papilles
- Oh, n'exagérons rien. Il me suffit d'une paire de gants, et je peux affronter l'ail sans problème. Mais ce soir, je te ferai aussi déguster des spécialités d'Occitaine et de Berraine. J'ai prévu ce soir une soupe de lentilles vertes, un poulet en piperade accompagné de riz, et comme dessert, une tarte aux pommes et au confit de vin rouge. Mais rassure toi, tu pourras aussi déguster des charcuteries et des fromages typiques de tes montagnes.
- Ne t'inquiète pas: je sais que je me régalerai . D'ailleurs, je souhaiterais te remercier pour ce repas en t'offrant un petit dessert. Même si tu m'as déjà pris pas mal de sang, je pense que je supporterai d'en perdre encore quelques gouttes.
- Tu es sûre de toi? Tu sais, j'ai déjà pris un excellent dîner.
- N'oublie pas que je suis une jeune fille forte. Allez, vas y, fais toi plaisir"
Henry reprit sa face vampirique. Je lui tendis mon bras tout en lui adressant un large sourire. Il me prit délicatement la main, posa avec précaution la pointe de ses crocs sur ma peau et lécha doucement les quelques gouttes de sang qui perlèrent du site de la piqûre.
FIN
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