Un sauvetage mémorable : partie 9

 9) Interrogatoire d'une jeune fille sous influence

"Virginie, lui dis-je doucement à l'oreille. Ton maître t'appelle, il est temps de te réveiller". 

Quelques instants plus tard, la jeune fille s'était assise sur son lit, et me regardait avec attention : 

"Que voulez vous de moi, Maître?" me demanda-t-elle, d'une voix monocorde, même si je pus discerner un petit sourire sur ses lèvres tandis qu'elle prononçait ses mots

- Je souhaiterais que tu me parles de celui qui a été ton maître avant moi, que tu me racontes comment tu l'as rencontré, à quoi il ressemble, quels lieux vous avez visités ensemble. Je veux tout savoir. 

- Bien Maître. Un soir, il est apparu devant moi alors que je rentrais chez moi. Il était si beau, avec sa grande taille, ses cheveux blonds, et son visage d'aspect enfantin qui lui donnait l'air d'un ange. Mais surtout, il m'a impressionné par sa conversation : il paraissait avoir à peine trente ans, et pourtant, il m'a raconté avoir parcouru le monde entier. Les récits de ses voyages, sa description des pays qu'il avait visités, de leurs sites naturels, de leurs habitants m'ont complètement captivée. Quel changement par rapport aux discussions banales des jeunes gens que je fréquentais habituellement! Aussi, lorsqu'il m'a proposé de le revoir le soir suivant, j'ai accepté avec enthousiasme. Dès la nuit tombée, je suis allée le retrouver à la sortie du village, où il m'attendait dans sa voiture. 

- Te souviens tu de l'apparence de ce véhicule? 

- Je vous prie de m'excuser, Maître, mais j'avoue n'y avoir pas prêté une grande attention. Mais je me rappelle être montée dans une belle voiture noire de taille moyenne, comme on en voit beaucoup dans la région.

- Ne te rappelles tu aucun détail, telle que la plaque d'immatriculation? 

- Je me rappelle juste avoir jeté un coup d'oeil, et avoir cru apercevoir un F, un 6 et un 8. 

- Et après, qu'avez vous fait? 

- Après avoir effectué quelques minutes de route, il m'a emmenée faire une promenade en forêt. J'avoue avoir été surpris, car comment ne pas se perdre en pleine nuit? Mais ses paroles et son sourire pleins d'assurance ont fini par me persuader, et nous marchâmes ensemble pendant près de trois heures. Bien que nous n'étions éclairés que par le clair de lune, il paraissait savoir exactement le chemin à suivre, semblant connaître ces bois comme s'il y avait toujours vécu. Nous entendions tous les bruits nocturnes des habitants de la forêt pendant notre excursion, et il pouvait identifier chaque animal d'après son cri et son chant, et me révéler à quel distance nous nous trouvions par rapport à lui. Jamais je n'aurais imaginé à quel point la vie sauvage était active pendant notre sommeil, et j'aurais été si effrayée s'il n'avait pas été à mes côtés. Après notre marche, nous continuâmes notre nuit par une grande promenade en voiture à travers les villages endormis de la contrée, et il trouvait toujours une histoire intéressante à me raconter sur chacun d'entre eux. Mais il était si passionnant lorsque nous passâmes près de la vieille citadelle médiévale en ruine, et qu'il me décrivit en détail l'histoire de sa construction, les détails des différents éléments du château fort, le mode de vie des seigneurs et de leur cour, et cela de manière si saisissante qu'on aurait cru qu'il avait été le témoin direct de ses récits. Il était intarissable lorsqu'il racontait les terribles batailles pour la conquête de la citadelle, et comment son architecture avait été conçue afin de pouvoir résister aux assauts ennemis. Et même si après une longue bataille, le château tombait, le seigneur gardait un moyen ultime d'échapper à ses adversaires, grâce à un passage secret souterrain qui partait de sa chambre pour ressortir dans la forêt voisine, à l'abri des regards. La citadelle semblait reprendre vie pendant que j'écoutais tous ces récits. Et lorsque nous parcourions les routes de la contrée, il pouvait reconnaître et nommer toutes les montagnes, dont nous parvenions à discerner les sommets éclairés par le clair de lune, et m'évoquer pour chacune d'elle un élément marquant telle qu'une cascade, un roc de forme insolite ou un arbre d'âge vénérable. Jamais je n'avais vécu une nuit aussi passionnante, même si elle avait été épuisante. Et, alors que nous retournions vers mon village, je sentis que je perdais peu à peu conscience. C'est à mon réveil que je compris que j'avais rencontré mon Maître ce soir là, et que mon destin était de le servir, et cela à jamais. 

- Et comment servais tu ton Maître? 

- J'entendais presque chaque nuit sa voix qui m'ordonnait de le rejoindre sans être vue, et je me devais de lui obéir. Je le retrouvais alors à chaque fois à un lieu différent, et, après avoir accompli les tâches que mon Maître exigeait de moi, je rentrais chez moi avant le lever du soleil. 

- Mais comment pouvais tu le rejoindre si tes parents veillaient dans ta chambre? 

- Ces nuits là, il m'ordonnait de rester à la maison.

- Sais tu où ton Maître t'emmenait pour que tu accomplisses ton service? 

- Pardonnez moi, Maître, mais je n'ai pas de souvenir de l'endroit où il me conduisait.

- N'as tu pas en mémoire un détail, comme un meuble ou un autre élément d'une maison?

- Je suis navré Maître, mais non, rien de ce genre. Seulement le bruit du vent qui souffle sur des branches.

- Et te rappelles tu quel travail ton Maître te demandait-il d'effectuer pour lui?

-  Je devais lui donner mon sang, et recevoir le sien. De plus, je devais mettre mon corps à sa disposition afin qu'il en use comme bon lui semblait.

- Aimais tu servir ton Maître?

- Et même si je n'aimais pas, qu'est ce que cela changeait? Il était mon Maître, et je me devais de le satisfaire.

- Et ne voyais tu pas la détresse de tes parents, ne souffrais tu pas de ta maladie? 

- Quelle maladie? Et que m'importait le reste du monde? Seul mon Maître compte à mes yeux.

- Mais à présent, c'est moi ton Maître.

- Oui, c'est vous. Un vrai Maître reste près de sa fidèle servante et veille sur elle, et je comprends à présent que vous méritez ce titre bien plus que celui qui vous a précédé.  Vous avez gagné en moi la plus dévouée des esclaves, et je serai à vous pour toujours. 

-Je n'en doute pas. Tu as fait du bon travail, et ton Maître t'autorise à prendre du repos. Et il souhaite aussi que tu reprennes des forces, et que tu te comportes aimablement avec ceux qui prennent soin de toi, notamment mes disciples (Lucie et Sandrine me lancèrent un regard éberlué) présentes à mes côtés ce soir. As tu compris? 

- Oui, Maître. Je vous remercie Maître."

Après avoir prononcé ces dernières paroles, Virginie s'allongea à nouveau et ferma ses yeux. Quelques minutes plus tard, elle était plongée dans un profond sommeil.

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