Un sauvetage mémorable : partie 6
6) L'interrogatoire des parents
La mère répliqua:
"Que voulez vous savoir, monsieur?
- Je souhaiterais revoir avec vous toutes les étapes de la maladie de votre fille. Lucie m'en a fourni un premier récit, mais j'ai bien des questions à vous poser afin d'obtenir des détails importants qui me permettront de comprendre ce qui lui est arrivé. Apparemment, Tout aurait commencé il y a trois semaines, au cours d'une nuit qu'elle aurait passée à l'extérieur, n'est ce pas. Vous avait elle parlé de ses projets pour cette soirée?
- Non, mais nous n'avions nul besoin de le lui demander affirma la mère. Nous savions qu'elle allait rejoindre ses amis au bar du village, qui constitue le rendez vous des jeunes gens pour passer un bon moment ensemble, et c'était tout à fait habituel de sa part.
- Avez vous parlé à ses amis? Ont ils confirmé sa présence au bar ce soir là?
- Oui. Mais ils nous ont aussi raconté qu'elle avait quitté le bistrot un peu après minuit. Or, nous ne l'avons pas entendu revenir, alors qu'il n'y a qu'une vingtaine de minutes de marche pour faire le trajet, et que nous ne sommes pas encore couchés à cette heure, à cause du travail au restaurant. Je suppose qu'au lieu de rentrer directement à la maison, elle a fait une promenade nocturne et qu'elle est rentrée alors que nous étions déjà endormis. Cela est déjà arrivé. Et sa fatigue du lendemain aurait été simplement liée à une trop courte nuit de sommeil.
- Oui, Lucie m'a dit que vous n'étiez pas encore inquiets à ce stade. Et la soirée suivante?
- Nous l'avons vu repartir, croyant qu'elle allait retrouver ses amis comme la veille. Mais, cette fois-ci, ceux-ci nous affirmèrent ne pas l'avoir vue de la nuit. Plusieurs habitants nous rapportèrent avoir l'avoir aperçue marcher en direction de la sortie est du village, mais, ensuite, plus rien : personne ne l'a revue avant le lendemain matin alors qu'elle était de retour à la maison. Mais quelle terrible changement s'était produit en elle : elle semblait à peine tenir sur ses jambes, et des tâches qu'elle accomplissait sans problème auparavant paraissaient l'épuiser complètement.
- Oui, je suis au courant l'interrompis-je. Mais refocalisons nous sur ces deux soirées. Nous savons que votre fille n'était pas en compagnie de ses amis, ni en deuxième partie de la première nuit, ni au cours de l'ensemble de la suivante. Aussi, il est tout à fait raisonnable d'envisager qu'après avoir quitté le bar, elle ait rencontré une personne avant de retourner à la maison et qu'elle ait ensuite passé toute la nuit suivante en la compagnie de sa nouvelle connaissance.
- Certainement, approuva la mère, et nous avons bien entendu envisagé une telle hypothèse. Mais quand nous interrogions Virginie à ce sujet, elle affirmait avec véhémence n'avoir jamais passé la nuit en compagnie d'un inconnu. Et son téléphone portable ne montrait aucun appel, aucun SMS qui aurait pu contredire ses protestations.
- Quand avez vous vu sa plaie sur son cou pour la première fois?
- De manière certaine, le premier jour où son état nous a réellement inquiété, c'est à dire après cette nuit qu'elle aurait passé dehors seule. Mais il n'est pas impossible qu'elle l'avait déjà auparavant et que nous le l'avions pas remarquée. Mais ce qui nous a le plus choqué a été de constater que cette plaie ne cicatrisait pas au fil du temps, semblant se réouvrir quasiment quotidiennement.
- Après avoir défendu à votre enfant de sortir le soir, vérifiez vous qu'elle respectait cette interdiction?
- Virginie a toujours été obéissante, donc nous lui faisions confiance. De plus, elle paraissait si fatiguée que nous n'imaginions pas qu'elle puisse même quitter le restaurant même si elle l'avait voulu.
- Vous avez raconté à Lucie que la semaine précédente vous aviez veillé dans la chambre de votre fille, et que c'est à cette occasion que vous aviez découvert qu'elle sortait pendant la nuit à votre insu. Etait-ce la première fois que vous restiez tout la nuit dans sa chambre?
- Non, nous l'avions fait une ou deux fois auparavant, et il ne s'était rien passé d'anormal. Mais vous savez, le travail au restaurant est épuisant; aussi, lorsque mon époux et moi allons nous coucher, nous nous endormons presque instantanément une fois allongés sur le lit. Aussi, les seules nuits au cours desquelles nous avions eu la force de la veiller suivaient notre journée hebdomadaire de fermeture.
- Donc, elle pouvait profiter de votre sommeil pour sortir de la maison et retrouver son nouvel "ami", et cela presque chaque nuit.
- Mais comment aurait elle pu prendre rendez vous avec cet inconnu? Nous lui avions confisqué son téléphone portable, et nous n'avons vu aucun message issu d'un numéro inconnu, et encore moins qui évoque une quelconque éventualité de rencontre. Et pendant la nuit, la seule pièce contenant un téléphone fixe est verrouillée, et nous en gardons la clé dans notre chambre.
- En effet, cela rend la chose assez difficile. Mais est ce que des habitants vous auraient signalé avoir vu votre fille dehors au beau milieu de la nuit depuis le début de sa maladie
- Vous savez, à l'heure où Virginie aurait été dehors, les gens dorment. C'est pas étonnant que personne ne l'ait vue.
- Parlons à présent des symptômes de votre enfant. Lucie m'a parlé de symptômes bizarres. Quand ont ils commencé à apparaître?
- Une semaine après le début de sa maladie, elle refusait de prendre tout plat contenant de l'ail alors qu'auparavant cela ne lui posait aucun problème. Elle finissait même par ne plus en supporter l'odeur. Deux jours plus tard, elle commençait à réclamer avec insistance que les volets de sa chambre restent fermés, affirmant que la lumière du jour la rendait encore plus malade.
- Et son affaiblissement ne cessait de croître au cours du temps. Vous avez mentionné à mon amie une brève amélioration lorsqu'elle recevait un traitement avec du fer.
- Oui, on avait appelé le médecin le premier jour où nous nous sommes inquiétés pour Virginie. Pendant deux jours, on a cru que ça irait mieux. Mais, hélas, nous nous sommes trompés.
- Avez vous examiné les vêtements, les chaussures de votre enfant qui vous aurait donné des indices sur sa destination lors de ses sorties nocturnes?
- Oui, quand on a su qu'elle sortait, on a regardé ses bottines, et on a vu des traces de boue et des morceaux de feuilles qui étaient collées à la semelle. Mais rien d'étonnant en ce début d'automne.
- Et, après cette fameuse nuit au cours de laquelle vous avez découvert les sorties nocturnes de votre enfant, vous l'avez veillée toutes les nuits, en veillant à fermer toutes les portes, n'est ce pas? Et pourtant, son état a continué à s'aggraver.
- En effet. Et, autant que nous le sachions, Virginie a passé toute la nuit dans sa chambre Mais, comme je l'ai dit à votre amie, c'est pas impossible que nous puissions une nuit nous être endormis sans nous en rendre compte. Et que, malgré nos précautions, elle ait pu trouver un moyen de sortir.
- Je vous remercie de tout coeur d'avoir pris le temps de me répondre, et à présent, je vous demanderais de me laisser me retirer, car je souhaiterais prendre le temps de réfléchir à toutes les informations que vous m'avez apportées."
Je quittai alors le couple et rejoignis avec Lucie la chambre où mon amie avait été installée.
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