Un sauvetage mémorable : partie 4

4) Arrivée des renforts et premières mesures de protection.

(Lucie reprend la narration)

Le jour n'était pas encore achevé lorsque je revins au restaurant après ma visite à l'église, transportant dans chaque main un sac rempli de croix, de flacons d'eau bénite, de bibles et d'images de saints. Je me souviens encore de l'expression perplexe du curé quand je lui ai demandé de me procurer une si grande quantité d'objets religieux. Heureusement, l'argument du portefeuille eut rapidement raison de ses réserves, et cela d'autant plus que j'avais consenti à me contenter de louer certains de ces accessoires qu'il ne pourrait remplacer promptement. Je rangeai ensuite ma cargaison dans la chambre d'ami que les patrons avaient mis à ma disposition pendant le temps que je resterais à les aider à soigner leur enfant. Je n'avais pas eu de difficultés à les persuader de fermer le restaurant pour la soirée, afin qu'ils disposent d'un maximum de disponibilité à l'arrivée de Henry. Celui-ci m'avait appelé à nouveau peu avant mon départ pour l'église, et je ressentis un grand soulagement lorsqu'il m'apprit qu'il arriverait nettement plus tôt que prévu, et qu'en plus, il serait accompagné d'une infirmière qui, non seulement connaissait l'existence des vampires, mais s'était aussi révélée une habituée de la maison. Dès le coucher du soleil, conformément aux instructions de Henry, je commandai à mes hôtes de verrouiller toutes les portes du restaurant, et de toujours veiller à ce que leur fille ne soit pas un instant seule dans sa chambre. 

Une heure après la tombée de la nuit, une camionnette approcha de la maison, et Henry m'appela pour m'avertir de son arrivée. J'en informai mes hôtes afin qu'il accueille les premiers renforts dans leur maison.  Les deux restaurateurs furent fort surpris lorsqu'ils reconnurent une de leurs clientes régulières de la saison estivale. Je présentai Henry au couple, et je fis connaissance avec Sandrine. Mon ami vampire demanda à être conduit dans la chambre de la malade. Il réclama ma présence et celle de l'infirmière, mais exigea que les parents soient absents pendant l'examen de leur fille. Malgré le déplaisir que leur inspirait cette requête, les restaurateurs finirent par y consentir, si cela était nécessaire pour aider leur enfant. 

Après le départ du couple, Henry et Sandrine examinèrent ensemble la patiente, qui dormait profondément. Je constatai que l'expression du visage de mon ami vampire s'assombrissait de plus en plus tandis qu'il inspectait chaque partie du corps de Virginie. Sandrine aussi affichait une profonde inquiétude devant l'état de la jeune fille. Quand ils eurent terminé, Henry s'adressa à nous d'un ton grave : 

"Lucie, lorsque tu m'as décrit la maladie de cette pauvre enfant, j'ai rapidement envisagé une terrible hypothèse, et, malheureusement, mes observations n'ont fait que confirmer ma théorie. Cette jeune fille a été prise pour cible par un vampire particulièrement vicieux, qui est en train de lui infliger l'une des plus horribles tortures qu'on puisse imaginer : la transformation progressive. Lucie, tu te souviens certainement du récit de ma conversion en vampire : j'ai été attaqué, vidé de mon sang, et, tandis que j'agonisais, André me fit boire un peu du sien. Ce fut une épreuve terrible, mais rapide. Et c'est ainsi que l'immense majorité des transformations se déroulent. Mais, dans ce cas, la situation est complètement différente. L'agresseur de Virginie a décidé de jouer avec sa proie avant de l'achever. Il lui suce son sang et lui fait boire du sien, mais prend soin de la maintenir en vie. Ainsi, il introduit son essence vampirique dans son corps, sans pour autant lui faire perdre sa nature humaine, car seule la mort permet de compléter la transformation. La cohabitation des deux natures, humaines et vampirique, entraînent de terribles souffrances, car chacune tente de prendre le dessus sur l'autre. Et ce combat permanent épuise la pauvre victime, car il mobilise toute son énergie vitale. Et vous pouvez aisément imaginer la torture mentale qu'elle doit ressentir en sachant à chaque instant qu'une monstrueuse entité cherche à prendre possession de son corps et de son esprit, et y parvenant d'ailleurs partiellement, comme en témoigne son aversion récente pour la lumière du soleil, mais aussi des modifications de son corps. Par exemple, ses canines ont déjà commencé à s'allonger, (Henry entrouvrit la bouche de la jeune fille afin de nous montrer ce phénomène). Mais ce monstre ne se contente pas de tourmenter sa victime : en faisant durer aussi longtemps son plaisir pervers, il cherche aussi à atteindre les proches de sa proie. Je devine qu'il se délecte à imaginer les souffrances que ceux-ci ressentent en voyant un être cher mourir ainsi à petit feu. 

Mais derrière ce sombre tableau, une lueur d'espoir subsiste. Tant que cette jeune fille est en vie, le processus de transformation reste réversible, car sa nature humaine finira par l'emporter. En effet, une ingestion régulière de sang vampirique est nécessaire pour maintenir un rapport de force équilibré entre les deux entités. Une fois ce monstre tué, la malade se rétablira promptement. Aussi, nos deux principaux objectifs consisteront d'une part à maintenir Virginie en vie et, dans ce cadre, l'empêcher d'entrer à nouveau en contact avec son bourreau qui pourrait potentiellement l'achever, et, d'autre part, à recueillir un maximum d'informations permettant d'identifier et de retrouver son tortionnaire, afin de faciliter autant que possible la tâche d'Annie et de son équipe de tueurs de vampires lors de leur arrivée demain matin. 

Pour notre mission de protection, nous disposons d'un atout considérable. Nous savons que notre adversaire ne peut entrer dans le restaurant, n'y ayant pas été invité, mais qu'il utilise le lien psychique qu'il a formé avec sa victime pour la faire venir à lui. J'imagine que son désir de ne pas se faire remarquer couplé à la répugnance que lui inspire une maison où l'ail est omniprésent l'a dissuadé d'une telle démarche. Aussi, tant que la patiente restera chez elle, elle sera en sûreté. C'est pourquoi nous veillerons à ce qu'elle ne sorte pas de sa chambre de toute la nuit. 

- Et comment procèderons nous? demandai-je. 

- La chambre ne comporte que deux issues : la porte et la fenêtre, que nous barricaderons. Et, pour plus de précaution, nous ajouterons une clôture sainte autour d'elle. Lucie, peux tu apporter ce que je t'ai demandé de chercher à l'église?"

J'allai chercher dans ma chambre mes sacs d'objets saints, puis en inventoriai le contenu devant Henry. Malgré le malaise évident qu'il ressentit devant tous ces symboles chrétiens, il nous fit part de sa satisfaction. Il nous ordonna à Sandrine et moi de nous munir chacune d'un crucifix, puis de fixer une croix avec de l'adhésif sur la porte et la fenêtre, à proximité de leur poignée. Enfin, il nous commanda d'entourer le lit de la malade de croix de bois.

- Et penses tu que ce sera suffisant pour l'empêcher de quitter sa chambre?  lui demandai-je.

- Probablement pas. Néanmoins, d'une part, il sera plus difficile pour notre ennemi d'établir le lien psychique avec sa victime, et d'autre part, la crainte que lui inspirera cette barrière pourra nous apporter des secondes précieuses pour maîtriser notre patiente si jamais nous sommes pris par surprise par une tentative de fuite de sa part."

Tout en évitant soigneusement de toucher la clôture sacrée, Henry récupéra l'armoire de la chambre de Virginie et la plaqua contre la fenêtre. Ensuite, il s'adressa à Sandrine : 

"Quelle est votre opinion sur la malade?

- Elle semble dans un état de fatigue très intense, mais paraît stable. Son pouls est faible, mais régulier. Néanmoins par précaution, je vais apporter le matériel nécessaire pour la perfuser, si cela se révèle nécessaire. 

- Bien. Je vous charge de rester à tout instant à ses côtés, de surveiller ses constantes vitales, et de nous tenir au courant en temps réel de toute évolution de son état. Lucie va te donner son numéro de téléphone, et nous garderont nos portables à portée de main. En cas de réaction agressive de sa part, n'hésitez pas à la repousser en brandissant votre crucifix. Pendant ce temps, Lucie et moi irons nous entretenir avec les parents, pour nous charger d'une démarche particulièrement délicate : leur révéler la vérité sur ce qui est survenu à leur fille."

Sandrine retourna brièvement dans sa camionnette pour chercher son matériel de travail, puis s'installa sur une chaise à côté du lit de la patiente. Henry et moi quittâmes alors la chambre. Après avoir fermé la porte puis placé une lourde armoire contre celle-ci, nous allâmes retrouver le couple de restaurateurs qui attendaient fiévreusement dans leur salon.

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