Un sauvetage mémorable : partie 3

3) Plan de campagne de Henry

Après plusieurs sonneries qui me parurent durer des heures, j'entendis à ma grande surprise une voix féminine me répondre: 

"Allo, Lucie? C'est Lydia à l'appareil. Je suppose que vous voulez parler à Henry. 

- Oui, je dois lui parler de toute urgence. D'ailleurs, je m'étonne qu'il ne m'ait pas répondu lui-même. 

- Henry est en train de déguster un repas gourmet, et vous savez bien qu'il ne doit absolument pas être dérangé à ces moments.  

- Je le sais, mais là, il s'agit d'une question de vie ou de mort. Il faut que je lui parle le plus vite possible. 

- De vie ou de mort? Etes vous en danger, Lucie? 

- Pas moi, en tout cas pas encore, mais une autre personne est en grand danger, et j'ai absolument besoin de l'aide de Henry pour la secourir.

- Je comprends. Henry devrait être disponible dans au plus tard une dizaine de minutes. Je vais le mettre au courant et il vous appellera dès qu'il pourra."

Lydia raccrocha, et j'attendis fiévreusement que mon ami me contacte. Chaque minute me sembla durer une éternité. 

(Le point de vue change : Henry est le narrateur)

Quel délicieux plat je venais de déguster! Cet homme avait un sang si riche, si nourrissant : je devinais un taux d'hémoglobine élevé. Et ce n'était pas fini : son épouse, bâillonnée et pieds et poings enchaînés attendait son tour. Mais je devais d'abord emmener ma première proie, que j'avais au préalable pansée, au salon. A mon arrivée, Lydia s'adressa à moi d'un ton anxieux:

"Henry, je viens de recevoir un coup de téléphone de Lucie. Elle semblait fort angoissée, parlait d'une question de vie ou de mort et voulait absolument te parler."

Après avoir entendu les propos de mon amie vampire, j'oubliai immédiatement mes perspectives gastronomiques.  Je savais que Lucie n'aurait pas parlé ainsi à la légère, et après avoir déposé mon prisonnier sur le canapé et demandé à Lydia de prendre soin de lui, je m'emparai de mon téléphone et composai le numéro de mon amie scientifique

"Allo, Lucie. Henry à l'appareil. Lydia m'a parlé d'une situation urgente. De quoi s'agit il? Où es tu? J'espère que rien de grave ne t'es arrivé.

- Ah, enfin, me répondit mon amie, soulagée d'entendre ma voix. Rassure toi à mon sujet, je vais très bien. Mais, sur le chemin de retour de mon congrès, j'ai découvert une jeune fille qui est devenue la proie d'un vampire. Elle est encore vivante, mais elle peut mourir d'un moment à l'autre. Henry,  nous devons absolument la sauver. 

- Lucie, tu sais que tu peux compter sur moi. Mais d'abord, calme toi, et raconte moi tout dans l'ordre. 

Et mon amie me raconta le calvaire qu'avait vécu cette malheureuse, et son récit m'horrifia, moi qui avait pourtant partagé l'existence de la bande à André pendant six mois. Elle m'informa aussi du lieu précis dans lequel elle se trouvait. C'était un petit village de montagne, qui, heureusement, n'était pas très éloigné de la ville dans laquelle habitait mon amie Lydia. Trois heures de route me suffiraient pour m'y rendre. 

"Lucie, je vais immédiatement appeler Annie pour la mettre au courant de la situation, afin qu'elle prépare une expédition pour mettre ce monstre hors d'état de nuire. Dès que la nuit sera tombée, je saute dans ma voiture pour te rejoindre. De ton côté, profite que le soleil ne soit pas encore couché pour te rendre dans l'église du village et te procurer auprès du prêtre tous les objets saints possibles et imaginables, en particulier des croix et de l'eau bénite. N'hésite pas à y mettre le prix fort : l'Organisation te remboursera tes frais. Et si tu peux trouver un magasin qui vend de l'ail, achètes en le plus possible. 

- Oh, pour l'ail ne t'inquiète pas. Dans le restaurant où je suis, ce légume constitue un ingrédient essentiel des plats qui y sont servis. Je suis sûr que mes hôtes en ont une bonne réserve. Par contre, ils semblent ignorer l'existence des vampires. Je crains de passer pour une folle en leur évoquant une telle hypothèse.

- Je pense que mon arrivée permettra aisément de vaincre leur scepticisme. En attendant, tu dois avoir à ta disposition ces armes défensives en cas de besoin.  Et surtout, il faut que tu ne quittes le restaurant sous aucun prétexte à partir du coucher du soleil. J'espère arriver avant minuit sur place. En attendant, fais attention à toi.

-Merci Henry. A tout à l'heure".

Après l'appel de Lucie, je composai immédiatement le numéro d'urgence de l'Organisation, et demandai à entrer en contact avec Annie Winters. Heureusement, elle n'était pas partie en expédition et je pus lui raconter à mon tour toute l'affaire. La tueuse m'informa qu'elle allait préparer sur-le-champ une intervention afin de traquer ce vampire et l'exterminer, mais qu'elle ne pourrait pas être présente sur place avec son équipe avant le lendemain matin.  Je l'informai que j'arriverais dès cette nuit sur les lieux, ce qui sembla la rassurer. Après cet appel, je montai à l'étage afin de prévenir ma captive qui m'attendait encore allongée en sous-vêtements sur le lit, menottée aux poignets et aux chevilles, et bâillonnée avec un foulard.

"Je vous prie de m'excuser, madame, mais je ne pourrai malheureusement pas vous mordre ce soir. Une affaire urgente m'appelle et je n'ai plus vraiment l'esprit à m'amuser avec vous."

Mais la femme, qui répondait au nom de Sandrine, poussa des cris derrière son bâillon et agita ses bras attachés derrière elle. Intrigué par un tel comportement, je lui retirai le foulard de la bouche, et elle s'adressa à moi d'un ton suppliant, mais déterminé :

"Monsieur Henry, je vous en prie, permettez moi de vous accompagner afin que je puisse vous aider.

- M'accompagner? Quelle idée! lui répondis-je avec stupéfaction. Et comment pouvez vous prétendre m'aider alors que vous ignorez tout de l'affaire en question?

- Monsieur Henry, cela fait des années que je connais Lydia. Et je sais que les seules affaires qui nécessitent qu'un vampire doive interrompre toutes ses activités pour s'y consacrer impliquent de secourir une personne attaquée par une créature de la nuit. En tant qu'infirmière, je suis persuadée que je pourrai me rendre utile, d'autant qu'à la différence de la quasi-totalité de mes collègues, je connais l'existence des morts-vivants, loups-garou et autres monstres, et, de ce fait, je serai plus compétente pour prendre en charge de manière optimale une de leurs victimes. 

- Madame Sandrine, j'apprécie beaucoup votre bonne volonté. Mais vous risquez de vous mettre en très grand danger en vous impliquant dans cette histoire. 

- Oui, et alors? Si une personne est en danger de mort, il est de mon devoir de la secourir, malgré les risques que je peux courir. De plus, je vous fais confiance : je sais que vous prendrez toutes les mesures pour protéger ma vie. Par ailleurs, ma camionnette comprend un compartiment arrière fort vaste dans lequel il sera aisé pour vous de vous protéger de la lumière du soleil. Si vous vous y installez et que vous me laissez conduire, vous n'aurez pas besoin d'attendre la tombée de la nuit pour quitter le domicile de Lydia."

J'étais très impressionné par la force de caractère de cette femme, et le souvenir de sa collègue Sarah, qui était si habilement parvenue à sauver sa vie et à m'aider à quitter la bande à André me revint à l'esprit. Aussi, je décidai d'accepter son aide, lui racontai toute l'histoire et lui révélai le lieu où je devais me rendre. 

"Mais je connais bien ce restaurant et ses hôtes. Mon époux et moi nous rendons régulièrement en vacances dans les montagnes, et nous y déjeunons occasionnellement. Voilà encore une raison de plus pour moi de venir avec vous. Votre nature vampirique risque d'effrayer ces braves gens, et même si votre amie Lucie se porte garante de vous, la caution d'une personne qui leur est plus familière ne sera pas de trop afin qu'ils vous laissent agir à votre guise.

- Madame Sandrine, je vous remercie de tout coeur pour votre serviabilité et votre dévouement" lui assurai-je tandis que je la détachais. 

- Je vous en prie. Mais à présent, le temps presse. Je dois repasser au plus vite chez moi pour chercher mon véhicule ainsi que le matériel médical nécessaire. Mais j'espère être de retour dans une demi-heure tout au plus. Nous pourrons alors prendre la route deux heures avant que la nuit soit tombée".

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