Un sauvetage mémorable : partie 10

 10) La fin d'une longue nuit

Je me retournai vers Sandrine et Lucie, que mon entretien avec Virginie semblait avoir profondément bouleversées. Préoccupé, je m'adressai à elles : 

"Que se passe-t-il? Vous semblez ne pas vous sentir bien en ce moment. 

- Ne vous inquiétez pas pour moi Henry,  répondit l'infirmière. C'est simplement que le récit de cette pauvre jeune fille m'a profondément choquée. Quel terrible destin. Quand elle décrit sa rencontre avec ce monstre, et tout ce qu'elle a fait avec lui avant qu'il ne révèle sa vraie nature, on devinait en elle une jeune fille  pleine de vie, curieuse, avide d'apprendre, intelligente, et insouciante. Et du jour au lendemain, elle perd toute sa personnalité pour devenir l'esclave de son agresseur. Plus rien n'existe pour elle, ni parents, ni amis, ni même elle-même : elle n'est plus qu'une marionnette soumise, manipulée par ce vampire, comme s'il avait détruit son âme avant même de l'avoir tuée. C'est horrible. 

- C'est ainsi que fonctionne la possession vampirique, lui répliquai-je. Je vous en avais déjà décrit toute l'horreur, mais rien ne permet mieux d'en réaliser l'abomination que d'en constater de ses propres yeux les effets sur une personne.

- E à présent je comprends pourquoi tu montrais tant de réticences à l'utiliser sur cette jeune fille, continua Lucie. Même si je savais que tu étais animé par les meilleures intentions, j'ai malgré cela ressenti un profond malaise en écoutant Virginie s'adresser à toi avec ce ton qui mêlait soumission complète et dévotion aveugle. Et la manière dont elle t'appelait "Maître"! Quand je m'amuse à dominer Jonathan et Mina, ils ponctuent toujours chacune de leurs répliques à mon intention d'un "Maîtresse"; mais nous ne nous prenons jamais au sérieux. Mais je n'ai pas senti la moindre trace d'ironie dans la voix de Virginie: elle semble réellement croire que tu es son maître. Quelle tristesse de voir un être humain à un tel degré d'avilissement.

- Et pourtant... lançais-je d'un ton rêveur. 

- Et pourtant? Que veux tu dire, Henry? demanda Lucie. 

- Quand j'ai pris la décision de tenter la possession vampirique sur Virginie, je m'étais attendu à une lutte terrible pour maintenir mon contrôle sur elle. Après tout, je n'étais qu'un novice qui luttait contre l'influence d'un adversaire qui avait montré toute son expertise dans cette pratique. Et pourtant, il n'y a pas eu un instant où j'ai craint que mon ennemi parvienne à prendre le dessus sur moi, et je t'avoue que cela m'a profondément surpris. 

- Peut-être as tu surestimé la force de ce vampire. 

- Non, je ne crois pas. De plus, il n'y avait pas que lui dont je craignais les assauts. Posséder un humain implique de vaincre les résistances de son âme, et cela nécessite un effort significatif de la part du vampire. Celui-ci doit mobiliser son pouvoir mental afin d'annihiler la volonté de sa victime à travers son lien psychique, tout en l'affaiblissant physiquement régulièrement en lui suçant son sang et en la contaminant avec le sien. Malgré cela, l'âme humaine continue à lutter, et je m'étais préparé à affronter aussi bien l'essence de notre adversaire que celle de la jeune fille. Mais celle-ci cessa de m'opposer la moindre résistance à peine quelques instants après que je l'aie mordue. Et les attaques de l'ennemi semblaient tellement émoussées que je n'avais aucun mal à les repousser. 

- Et que concluez vous de cela, Henry? m'interrogea Sandrine. 

- Que je n'étais pas seul dans mon combat. Qu'à partir du moment où Virginie a réalisé que j'étais bien intentionné à son égard, elle a mobilisé tout ce qui lui restait de volonté pour m'aider à vaincre les assauts du monstre qui lui avait fait tant de mal. J'en suis persuadé, derrière la jeune fille asservie et manipulée se dissimule une guerrière qui se bat pour survivre. Tant d'indices semblent conforter cette théorie. D'abord, sa parfaite coopération pendant l'interrogatoire. Même quand une personne est possédée par un vampire, celui-ci peut avoir occasionnellement besoin d'user de son pouvoir psychique pour se faire obéir. De plus, j'ai cru percevoir très brièvement un authentique sentiment de reconnaissance, au milieu de toute la dévotion aveugle que je lui imposais artificiellement par mon emprise. Enfin je ne peux qu'être frappé par l'expression apaisée de son visage depuis qu'elle est en mon pouvoir. Une telle sérénité est très inhabituelle chez une victime de possession vampirique, qui doit subir les tourments lié au combat permanent entre sa nature humaine et l'essence monstrueuse qui l'envahit. Mais là, non seulement elle ne combat pas ma présence, mais elle semble la considérer comme bienvenue. Car, grâce à moi, elle semble croire avoit un espoir d'échapper à son terrible ennemi. 

- Alors nous devons mobiliser tous nos efforts pour ne pas décevoir cette espérance, répliqua Lucie. Je vais immédiatement préparer à l'intention d'Annie Winters un rapport détaillé sur toute cette affaire, incluant mes transcriptions des témoignages des parents, de ton interrogatoire de Virginie et de mon propre compte rendu des évènements de la nuit. Henry, je dois te prévenir que je devrai mentionner le fait que tu as pratiqué la possession vampirique sur cette jeune fille. 

- De toute façon, je pense qu'Annie n'aura pas besoin de toi pour le découvrir, admis-je. Tu peux y aller, autant jouer franc jeu avec elle. 

- Lucie, continua Sandrine, je te prie d'inclure dans ton document mes propres observations, mon examen initial puis mon suivi de l'état clinique de la patiente, ainsi que les soins que je lui ai prodigués. Dès que j'aurai fini de le transcrire, je t'enverrai mon compte rendu par courrier électronique. 

- Entendu, Sandrine. 

- Quand vous aurez terminé, répliquai-je, je vous prie d'aller vous coucher toutes deux, car vous avez besoin de repos après cette nuit difficile. De mon côté, je resterai aux côtés de Virginie jusqu'à l'aube, afin de la protéger d'une éventuelle offensive psychique de notre adversaire. Et je vous remercie encore de toute la peine que vous vous donnez pour cette pauvre enfant. Annie m'a envoyé un message il y a quelques minutes pour m'annoncer qu'elle était en route avec son commando de tueurs de vampires ainsi qu'une équipe médicale, et qu'elle devrait arriver vers neuf heures du matin.

- Dans ce cas, Henry, je vous demande de me laisser rester dans la chambre de ma patiente afin que je puisse continuer à surveiller son état jusqu'à l'arrivée de mes collègues. Mon éthique professionnelle exige que je mène ma garde à son terme.

- Entendu. Mais j'insiste pour que vous y disposiez d'un fauteuil, d'un matelas ou au moins d'un sac de couchage pour prendre un peu de repos. Je vous réveillerai toutes les heures pour que vous puissiez examiner la jeune fille, ou bien en cas de changement brusque qui surviendrait chez elle. 

- Je vous remercie de votre sollicitude, Henry. 

Je sortis alors brièvement de la pièce puis y revins transportant un duvet et un oreiller que m'avait prêtés le couple, qui lui aussi avait veillé toute la nuit. A mon retour, Lucie était déjà retournée dans sa chambre.

Le reste de la nuit se déroula dans le calme.

 

Commentaires

Posts les plus consultés de ce blog

Les exploits héroïques du preux chevalier Roland : partie 27

Les exploits héroïques du preux chevalier Roland : partie 43

Les exploits héroïques du preux chevalier Roland : partie 42