Le combat de la Sainte Inquisition contre les sorcières perverses : partie 9
11) Les procès de la cour de la Sainte Inquisition, partie 3 : des accusées récalcitrantes
En début d’après midi, le tribunal se réunit à nouveau afin de faire comparaître deux nouvelles accusées, dame Suzanne, une femme blonde de trente cinq ans de grande taille, qui se dressait fièrement devant ses juges, ainsi que sa complice, demoiselle Suzette, âgée de trente ans, qui, plus timide, se tenait à ses côtés en tournant régulièrement son visage vers elle pour y puiser du courage. Mais, lorsque le juge inquisiteur leur signifia les charges de sorcellerie qui pesaient contre elles, dame Suzanne lui répondit, d’une voix assurée :
« Je suis innocente de toutes ces accusations,
- Moi aussi » répliqua à son tour demoiselle Suzette.
L’accusateur fit alors comparaître les témoins à charge. D’abord, frère James et demoiselle Odile, qui, tous deux attestèrent de leur présence à un sabbat de sorcières. Mais le témoignage le plus accablant se révéla celui d’un homme qui raconta en détail les exactions dont il avait été victime de la part de ces deux maléfiques créatures. Il travaillait comme ouvrier en ville, lorsqu’il fut un jour victime d’un accident, au cours duquel il avait perdu connaissance. Lorsqu’il revint à lui, il réalisa qu’il se trouvait dans une petite chambre, allongé sur un lit, incapable de se lever. Il affirma qu’à plusieurs reprises, il avait vu les deux accusées entrer dans sa chambre, lui administrer d’étranges breuvages, pour après le manipuler comm s’il était une poupée. Pendant plusieurs jours, il se trouve à la merci de ces sorcières qui profitaient de sa vulnérabilité pour faire de lui ce qu’elles souhaitaient, parvenant même à prendre le contrôle de ses jambes alors que lui n’en avait pas la force, tout en lui administrant leurs élixirs qui ne manquaient jamais d’exercer d’étranges effets sur lui. Ce n’est qu’au bout de deux semaines qu’il parvint à reprendre assez de forces, et, à l’aide de deux bâtons qu’une âme miséricordieuse semblait avoir posé près de lui, parvint enfin à se lever et à échapper à l’emprise de ces femmes diaboliques.
Les visages des membres du jury exprimaient leur effarement tandis qu’ils écoutaient ce récit. Mais une fois que le pauvre ouvrier eut achevé son témoignage, dame Suzanne éclata d’un long rire moqueur:
« C’est ça, votre sorcellerie? Tout cela n’est qu’une ridicule déformation de la réalité. Sachez que cet homme s’était effectivement blessé avec, entre autres une fracture de la cheville, ce qui explique qu’il ne pouvait plus se lever. Afin d’éviter le déplacement de l’os brisé, il a été nécessaire de lui immobiliser la jambe, et de le garder quelques jours à l’hôpital, non seulement pour surveiller sa cheville, mais aussi pour soigner d’autres plaies causées par son accident et s’assurer de l’absence d’autres complications . Demoiselle Suzette et moi étions chargés des soins de ce patient. Aussi, nous lui donnions à manger et à boire, ainsi que des élixirs destinés à diminuer les douleurs liées à son traumatisme, fort efficaces mais ayant comme effet secondaire d’induire une somnolence chez le malade. Quant aux manipulations qu’il mentionne, elles s’expliquent tout aussi aisément. Nous devions le bouger dans son lit afin d’avoir accès à ses plaies et les soigner, pour faire sa toilette, et éviter aussi qu’il ne reste complètement immobile. Enfin, nous lui faisions régulièrement effectuer des mouvements avec ses membres, en particulier la jambe non fracturée, afin d’éviter que ses muscles ne rapetissent à force de rester immobiles et ne lui permettent plus de marcher à l’avenir. Ce que vous prétendez être de la sorcellerie ne sont que les soins que nous avons prodigués à ce malade.
« Parfaitement, s’exclama à son tour demoiselle Suzette.
-Silence, s’insurgea l’accusateur. Comment osez vous vous moquer des souffrances de cet homme qui vient courageusement témoigner devant cette cour des supplices que vous lui avez infligés? Et vous poussez l’impudence à prétendre qu’il s’agissait de soins? J’affirme même que ce malheureux ne s’est pas blessé suite à un malheureux hasard. C’est vous qui avez provoqué son accident par vos enchantements afin de le faire tomber entre vos mains pour que vous puissiez pratiquer sur lui votre abominable magie noire.
- Et vous pensez convaincre qui que ce soit de telles absurdités? se moqua Suzanne Si vous-même vous y croyez, vous êtes complètement ridicule, accusateur.
- Oui, vous êtes grotesque, renchérit Suzette
- Comment? s’étrangla le procureur Vous osez vous moquer de moi, père Lucien, honorable magistrat du tribunal de la Sainte Inquisition?
- Oui, j’ose. Tout ce procès n’est qu’une mascarade affirma Suzanne
- Je suis d’accord avec elle, ajouta Suzette.
Ce qu’elles ne disaient pas, mais que tous ceux réunis dans la salle d’audience savaient, c’est qu’elles participaient elles aussi activement à la dite mascarade. Ces deux guérisseuses spécialisées dans la prise en charge des blessées avaient elles-même demandé à ce brave ouvrier de témoigner contre elles, en faisant passer les soins qu’elles lui avaient prodigués quand il avait été blessé pour de la sorcellerie, et celui-ci avait accepté sans hésitation, encore reconnaissant de tout ce qu’elles avaient fait pour lui. Jeanne avait consigné tous les détails dans les documents que l’évêque inquisiteur avait fait saisir chez elle. Aussi, celui-ci prit à son tour la parole :
« Accusées, votre obstination à nier vos crimes et votre inqualifiable insolence devant cette honorable cour me conduit à prendre cette décision. Demain matin, vous serez soumises à la question. J’ai bon espoir d’obtenir ainsi vos aveux complets.
- Vous pourrez me poser toutes les questions que vous voudrez, mes réponses ne changeront pas. Je suis innocente, comme je n’ai jamais cessé de l’affirmer, y compris quand vous m’avez exhibée dans cette horrible cage déclara fièrement Suzanne
- Et moi, quand je devais porter cet affreux carcan continua Suzette
- Je n’avouerai jamais des crimes que je n’ai pas commis
- Moi non plus
- Silence, rétorqua le juge. Gardes, ramenez immédiatement ces abominables servantes de Satan dans leur cachot. L’audience est levée. »
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