Le combat de la Sainte Inquisition contre les sorcières perverses : partie 21
23) Verdict et sentence
Le lendemain, la cour se réunit à nouveau en présence de l’ensemble des accusés qui portaient tous des fers aux poignets. Après avoir ouvert la séance, l’évêque s’adressa au jury :
« Mes frères, êtes vous parvenus à rendre votre verdict?
- Oui, monseigneur le juge du tribunal de la Sainte Inquisition, répondit le chef du jury. Nous avons déclaré, à l’unanimité, l’ensemble des accusés coupables des faits qui leur étaient reprochés. »
Monseigneur Thomas se tourna ensuite vers les prévenus :
« Accusés, vous avez été reconnus coupables des plus terribles crimes imaginables contre notre communauté et notre sainte religion chrétienne. Vous mériteriez tous de recevoir la sentence de mort comme juste châtiment de vos forfaits. Néanmoins, si je vous condamnais à une telle peine, je deviendrais encore plus criminel que vous ne l’êtes. En effet, mon devoir, en tant qu’inquisiteur consiste à sauver les âmes. Or, à présent, les vôtres sont possédées par le démon qui les corrompt, et en vous ôtant la vie, je vous enverrais directement et irrémédiablement en enfer. Je ne peux accepter de voir Satan remporter une telle victoire, et c’est pourquoi ma priorité est de vous délivrer de son emprise. Or, je ne connais qu’un moyen d’y parvenir : vous amener à accomplir de bonnes actions. En effet, chaque bonne action entraîne une terrible souffrance pour le démon, qui finit par se sentir si inconfortable auprès d’une âme en quête de rédemption qu’il finit par lâcher prise, et vous parviendrez ainsi à échapper à une damnation certaine. C’est pourquoi, je vous condamne tous à une existence vouée au Bien, et afin de m’assurer que vous accomplirez le plus régulièrement possible des actes vertueux, vous devrez travailler dans nos centres de soin, au service des malades et de ceux qui ont besoin d’assistance.
Jeanne, en tant que cheffe des sorcières, tu as, plus que les autres, besoin d’opportunités pour te racheter. C’est pourquoi je te demande de veiller à ce que le frère Denis bénéficie d’une prise en charge optimale afin de l’aider à se corriger de ses mauvaises habitudes alimentaires, ainsi que de son penchant excessif pour le vin et la bière. En effet, je me fais du souci pour sa santé. De plus, je te prie de t’assurer que le frère Richard reçoive une éducation sur les dangers que le péché de chair fait encourir, tant pour lui que pour ses partenaires féminines. En effet, il se doit de prendre toutes les précautions nécessaires si jamais il succombe à nouveau à la tentation de violer son voeu de chasteté.
Frère Georges et frère Albin, je ne pourrai jamais vous empêcher de vous aimer. Néanmoins je vous rappelle que vous vivez dans une abbaye au sein d’une communauté religieuse. Dans un tel contexte, la bienséance exige de votre part une certaine discrétion. Admettez que deux moines que l'on surprend couchés ensemble tous nus dans une même cellule, cela fait tout de même un peu désordre. Aussi je vous prie de veiller à ce que de tels incidents ne se reproduisent plus. Soeur Emma et soeur Adèle, cette recommandation s’applique aussi pour vous. Certaines démonstrations d’affection ne s’accomplissent que dans une pièce bien fermée, et en l’absence de témoins. Et puis, essayez d’être un peu plus attentives à ce que vous demande votre bonne supérieure. L’affection qu’elle vous porte ne mérite pas que vous la tourniez en bourrique comme vous le faites. Allez en paix, mes enfants et que le Seigneur vous pardonne.
Les dix huit condamnés répondirent d’une seule voix :
« Nous vous remercions de votre indulgence, monseigneur le juge de la Sainte Inquisition »
Un tonnerre d’applaudissements résonna dans la salle d’audience, tandis que l’ensemble du public se levait pour saluer cette si juste sentence.
24) Epilogue
Plusieurs semaines plus tard, Jeanne, assistée de Catherine et Julie, célébrait un office à la gloire des divinités naturelles dans une vaste clairière. Assis contre le tronc d’un arbre, solidement bâillonné et ligoté avec des cordes, monseigneur Thomas était forcé d’observer la cérémonie païenne qu’il n’était pas en mesure d’interrompre. Après les prières traditionnelles et les chants et danses autour du feu, la grande prêtresse s’adressa à ses fidèles :
« Mes soeurs et mes frères, j’ai une formidable nouvelle à vous annoncer. Nous n’aurons bientôt plus besoin de nous cacher pour pratiquer notre culte. En effet, nous avons enfin réussi à vaincre notre plus terrible ennemi. Celui qui nous a tant persécutés est enfin tombé entre nos mains, et nous veillerons à ce que plus jamais il ne soit en mesure de nous nuire. Catherine, Julie, veuillez amener le prisonnier. »
Les deux assistantes s’approchèrent de l’évêque, lui délièrent ses jambes, puis l’emmenèrent vers leur cheffe. Celle-ci s’adressa d’un ton moqueur au captif :
« Alors, on ne fait plus le fier, quand on n’a pas ses troupes de l’Inquisition pour se protéger, n’est ce pas? J’imagine que tu as dû prier ton Père, ton Fils et ton Saint Esprit pour qu’ils viennent te sauver. Pas de chance, il semble qu’ils n’aient pas entendu tes supplications. Cela fait des années que tu ne cesses de nous tourmenter, de nous soumettre à tes procès iniques, afin de nous forcer à renoncer à notre foi. A présent tu vas enfin payer.
- MMmm MMmmm MMmm. tenta de protester l’évêque.
- Quoi? Tu voulais dire quelque chose? Désolée, je n’ai absolument rien compris. Mes soeurs et mes frères, en tant que grande prêtresse et votre guide à tous, il me revient de décider de son sort. »
Jeanne emmena alors son prisonnier à l’écart, le fit asseoir au pied d’un arbre puis s’installa à ses côtés. Après lui avoir retiré son bâillon, elle s’adressa à lui :
« Tout va bien, Thomas?
- Oui, ne t’inquiète pas.
- En tout cas, je te remercie d’avoir accepté mon invitation, et surtout de t’être prêté à cette petite mise en scène. Mes fidèles étaient si contents qu’ils n’ont même pas eu le coeur de te lancer des huées.
- Je t’en prie, c’est la moindre des choses. Après tout ce que je vous fais subir pendant les procès de l’Inquisition, je vous devais bien cette petite revanche. Et puis, cela m’intéresse toujours d’observer vos rituels, afin de comprendre pourquoi ils séduisent autant. Et je dois admettre que tu parviens remarquablement à rendre ton culte joyeux et chaleureux. Si ma sensibilité personnelle n’était pas heurtée par votre paganisme, je me serais peut être laissé entraîné à chanter et danser avec vous.
- Tu sais, je dois aussi reconnaître que les messes à la cathédrale ne manquent pas de grandeur. Autant le cadre que la cérémonie invitent à la ferveur et au recueillement.
- Tu es bien placée pour t’en rendre compte, quand tu te caches dans le confessionnal pour assister à l’office, et que nous feignons tous d’ignorer ta présence.
- Que veux tu? Je trouve votre liturgie ridicule, mais j’adore écouter tes sermons. Tu es un remarquable orateur, et en plus, je suis souvent d’accord avec ce que tu racontes. Au point que je puise de l’inspiration dans tes discours afin de trouver les mots les plus justes pour réconforter mes malades.
- Cela me touche beaucoup d’entendre cela. A propos de patients, comment se passe la mise en place du protocole pour limiter la douleur lors des accouchements?
- A merveille. Nous avons formé la plupart des sage-femmes de l’épiscopat, et les patientes sont comblées. Nous commençons même à avoir des femmes qui viennent de l’autre bout du pays pour accoucher dans nos centres de soins. J’espère que nous parviendrons rapidement à généraliser notre technique dans le royaume tout entier. En attendant, nous attendons avec impatience que la nouvelle salle des naissances soit enfin terminée.
- Les travaux avancent bien ; j’espère que nous pourrons l’ouvrir d’ici quelques semaines. Nous ne pouvons que nous réjouir du succès remarquable des procès d’inquisition cette année qui nous a permis de financer autant de projets. Nous avons pu ainsi entreprendre des travaux de rénovation de locaux vétustes, acheter du matériel neuf, et même offrir une prime à ceux qui oeuvrent si dur pour la santé de tous. Et j’ai déjà reçu des demandes pour des places pour les audiences de l’année prochaine.
- Comme tu le constates, j’ai déjà commis suffisamment de forfaits pour comparaître à nouveau devant le tribunal. A condition que tu parviennes à t’échapper, bien sûr.
- Tu ne l’emporteras pas au paradis, infâme sorcière. La Sainte Inquisition saura te faire répondre de tes crimes. Tu Mmmmm »
Après avoir replacé le bâillon dans la bouche de l’évêque, Jeanne lui donna un baiser affectueux sur la joue.
FIN
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