Le combat de la Sainte Inquisition contre les sorcières perverses : partie 20

22) Le grand procès des sorcières, partie 3 : l’attaque de la grande sorcière

Le grand juge inquisiteur s’indigna d’une telle accusation :
« Quoi? Tu as l’insolence de prétendre que nous n’agissons pas pour le bien de notre peuple, afin de le protéger de votre malfaisance?
-  Grotesque! Arrêter des guérisseuses et les jeter en prison ne protègera jamais qui que ce soit, répliqua Jeanne. Au contraire, des vies sont menacées lorsque les malades ne bénéficient plus de l’assistance de soignants. Mais tout cela n’a aucune importance pour vous, car ce procès pour sorcellerie n’est qu’un prétexte pour vous débarrasser de celles qui menacent votre autorité dans l’épiscopat. Car je sais à quel point vous nous craignez, parce que nous détenons le savoir et la connaissance qui nous permettent de sauver les vies humaines et de soulager les souffrances des malades. Ainsi, nous avons gagné le respect, la confiance, et l’admiration du peuple grâce à notre travail et à notre compétence. Et c’est pourquoi bien des paroissiens s’adressent à nous, guérisseuses, lorsqu’ils ressentent de la détresse, tant physique que morale, car ils sont convaincus, et le plus souvent à raison, que nous pourrons leur apporter un soulagement. Et cela, vous, hommes d’Eglise, ne le supportez pas, car vous comprenez bien que votre influence au sein du peuple est affaiblie par une telle compétition. Qui va venir rendre visite au curé ou au religieux pour obtenir du réconfort si nous leur prodiguons ce service plus efficacement? Et cela d’autant plus que nous avons découvert un terrible secret : bien des gens, en particulier des femmes ne ressentent aucune affinité avec le dogme chrétien. Une religion qui vénère une Sainte Trinité, comme par hasard intégralement masculine, avec son Père, son Fils et son Saint Esprit, et dont la figure féminine majeure est une Vierge qui est tombée enceinte d’un Dieu grâce à une Immaculée Conception. Un beau fantasme masculin, mais une absurdité complète pour toute femme qui a vécu l’expérience d’une grossesse. Et puis quel orgueil que prétendre que le monde a été créé à l’intention des humains! Comme si nous, créatures insignifiantes, représentions le centre de l’univers. Nombreux sont ceux, et surtout celles qui nous confient leur doutes et leurs interrogations lorsque nous venons leur apporter nos soins. Nous leur faisons alors part de nos propres croyances dans les divinités naturelles qui apportent chacune leur contribution pour diriger la marche du monde, et des bonnes grâces desquelles nous dépendons pour survivre. Nous leur racontons aussi nos cérémonies religieuses, pleines de gaité et de convivialité, lorsque nous dansons et chantons des prières et des louanges à la gloire de ceux qui nous comblent tant de bienfaits. Et, bien que nous ne cherchions jamais à imposer nos croyances à qui que ce soit, nous découvrons que nos patients sont très souvent séduits par notre culte. Pour beaucoup de femmes, quel plaisir de pouvoir adorer des figures divines sans genre établi plutôt que de prosterner devant cette trinité masculine! Et combien elles préfèrent un culte qui exalte la joie et la gratitude devant les bienfaits de la nature, plutôt que la souffrance d’un malheureux qui a subi les pires tortures pour racheter les fautes de l’humanité et la nécessité d’obtenir la grâce divine! Nous offrons la communion avec le monde qui nous entoure quand vous n’apportez que l’austérité froide des églises. Comment s’étonner qu’au fil du temps notre communauté religieuse ait gagné de plus en plus de fidèles? Et, bien évidemment, cela vous est insupportable. Il faut se débarrasser de cette abominable concurrence afin de restaurer l’hégémonie spirituelle de l’Eglise sur la population. Et aussi, rétablir l’autorité de l’Homme. Car notre pouvoir vous irrite d’autant plus que nous sommes des femmes, et que nous remettons en cause la domination masculine. Il suffit d’observer cette salle d’audience pour le constater. Tous ceux qui prétendent ici nous juger, magistrats et jurés, sont des hommes. Vous nous avez arrachées à nos foyers et jetées en prison au prétexte de forfaits imaginaires, et vous utilisez ce procès afin de nous faire perdre notre crédit auprès du peuple, grâce à des soi-disant témoins que vous avez soudoyés afin qu’ils répètent ce que vous leur avez ordonné de déclarer. Ainsi, vous croyez que vous pourrez nous condamner avec la bénédiction d’une population persuadée que nous sommes de dangereuses criminelles, et ainsi restaurer le monopole du clergé en tant que guide spirituel du peuple. Mais vous ne tromperez personne. Nous sommes des prisonnières politiques, accusées injustement par un tribunal inique.
- Silence! s’écria Monseigneur Thomas, hors de lui. Comment oses tu insulter notre bonne et vraie religion chrétienne, ainsi que les humbles serviteurs de Dieu?
- Insulter le christianisme? C’est mon droit de ne pas y croire et de le critiquer. Je ne force personne à partager mes croyances, et je respecte ceux qui préfèrent garder la foi chrétienne, si elle leur apporte une spiritualité qui leur correspond mieux. C’est vous qui, par votre injustice et votre cruauté, trahissez l’esprit de votre religion qui se dit d’amour. Vous êtes fort doués pour prêcher à vos ouailles la manière dont votre Dieu souhaite qu’elles se comportent, mais nettement moins quand il s’agit d’appliquer à vous-mêmes vos propres sermons. Quel meilleur exemple que toi, l’évêque inquisiteur, qui exiges de tes religieux qu’ils respectent le voeu de chasteté, et qui, en même temps, je le sais de source sûre, commet régulièrement et sans vergogne le péché de chair avec une maîtresse.
- Ignoble calomnie! Sache, sorcière, et j’en prends tous ceux ici présents à témoin, qu’il n’y a pas une femme qui peut prétendre devant toi que j’ai violé mon voeu de chasteté avec elle sans proférer le plus odieux des mensonges.
Et, sur ce dernier point, Monseigneur Thomas disait la vérité. Jeanne avait été l’unique amour de sa vie, et il lui vouait une fidélité à toute épreuve.
- Quoi qu’il en soit, je sais que je ne suis pas une criminelle, et rien de ce que vous pourrez raconter ne changera cette réalité. Je suis fière de tout ce que j’ai pu accomplir pour porter assistance à mon prochain tout au long de ma vie, et je traite toutes vos manoeuvres sordides par le mépris qu’elles méritent.
- Et moi, je suis fière d’être ta fille, maman, continua avec ferveur Isabelle. Depuis que je suis petite, tu as été mon héroïne, le modèle que je voulais suivre. J’ai voulu avoir le courage, la force, la gentillesse et l’intelligence dont tu faisais preuve lorsque tu soignais les malades en sachant toujours trouver les mots justes pour les réconforter. Malgré les difficultés et les fatigues que tu pouvais éprouver, en particulier à l’époque où j’étais un enfant et que tu devais m’élever toute seule, tu continuais à travailler sans relâche au service de tes patients. Comment ne pas être admirative devant une mère faisant preuve d’autant d’abnégation et de dévouement? Je dois néanmoins rendre hommage à un homme qui, depuis des années, t’a soutenue par son amitié et son affection, et qui, aux moments les plus critiques, te donnait la force de surmonter l’adversité et de persévérer dans ta noble mission. Inutile de le nommer : il se reconnaîtra lui-même. Inspirée par un si bel exemple, j’ai voulu à mon tour poursuivre la mission à laquelle maman a consacrée toute sa vie. J’ai été si heureuse de la voir m’encourager dans la voie que j’avais choisie, m’enseigner son savoir de guérisseuse et m’apprendre à m’occuper des malades. Afin de lui faire honneur, je veillais à toujours donner le meilleur de moi-même, et  tout compliment de sa part constituait la plus belle des récompenses. Si tout cela constitue un crime aux yeux de cette cour, je le revendique avec fierté et bonheur. Car maman vaut mille fois mieux que tous les inquisiteurs réunis.
- Parfaitement, renchérit Françoise. Ce tribunal, c’est le vice qui juge la vertu, les tyrans qui oppriment les innocents. Les vrais démons, c’est vous, les religieux et les inquisiteurs, avec votre cruauté et votre bêtise, prêts à tout pour garder votre misérable pouvoir. L’accusateur voulait nous renvoyer dans les profondeurs infernales? Qu’il se réjouisse, c’est déjà fait, puisque nous sommes forcés d’endurer votre présence. Soyez tous maudits!
- Silence! s'exclama le juge Inquisiteur. Cesse d’outrager Dieu par tes blasphèmes.
- Non, tu ne nous feras pas taire, répliqua Jeanne. Tu te crois peut être tout puissant, juché sur ton estrade à toiser tout le monde de haut avec ton beau costume et ta croix en or, mais tu n’es qu’un despote ridicule et inique. Ton Inquisition est aussi sainte que la poussière que nous foulons sous nos pieds. Ton tribunal n’est qu’injustice et barbarie, et ses jugements n’auront jamais la moindre valeur à nos yeux. Vous ne triompherez jamais face à nous. Joignez vous à moi, mes soeurs! »
Et les cinq femmes, formant ensemble une ligne en se tenant par la main, clamèrent à plusieurs reprises en choeur à voix haute :  
« Nous sommes belles, nous sommes fortes, et si nos corps sont enchaînés, nos esprits, eux seront toujours libres. »
Vert de rage, le juge ordonna de faire sortir immédiatement les accusées, afin de faire cesser cette insupportable litanie. Mais cet hymne résonna encore longtemps dans la salle d’audience.
Lorsqu’il retrouva son calme, Monseigneur Thomas reprit à nouveau la parole :
« Vous avez tous pu constater l’absence totale de remords et de honte chez les sorcières qui ont comparu devant nous. Notre cour veillera à ce qu’elles reçoivent le châtiment qu’elles méritent. A présent, l’ensemble de ceux qui devaient comparaître devant le tribunal de la Sainte Inquisition ont fait face à leurs juges. Il est temps à présent pour le jury de procéder à ses délibérations. Demain, tous les accusés connaîtront leurs sentences. Je déclare cette séance levée »

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