Le combat de la Sainte Inquisition contre les sorcières perverses : partie 18
20) Le grand procès des sorcières, partie 1 : actes d’accusation et témoignages
Le lendemain matin, la cour se réunit à nouveau devant un public nombreux, pour le dernier grand procès de l’Inquisition. Le juge ordonna de faire introduire les accusées, et bientôt, cinq femmes, trois d’âge mûr et deux jeunes filles, toutes portant de lourdes chaînes aux poignets, furent installées sur le banc des accusées. Elles arboraient une expression de défiance sur leur figures, foudroyant de leur regard la foule réunie.
Le grand Inquisiteur prit la parole :
« En ce jour, nous sommes réunies pour juger certaines des plus dangereuses criminelles qui aient jamais sévi dans notre épiscopat. Ces démoniaques créatures ont mené une guerre sans merci contre la Sainte Eglise, n’hésitant pas à s’attaquer à nos paroissiens, tant physiquement par leurs sorcelleries que spirituellement en les détournant de notre religion chrétienne. Mais, comme le mal ne triomphe jamais, les héros de la Sainte Inquisition les ont mises hors d’état de nuire, et elles sont à présent forcées de faire face à la justice. Je vais à présent leur faire part l’une après l’autre des crimes dont elles sont accusées.
Dame Jeanne, tu es accusée d’avoir organisé et dirigé la plus grande communauté de sorcières qu’ait connue notre royaume, d’avoir enseigné à tes nombreuses disciples tes connaissances dans le domaine de la sorcellerie , et, bien entendu d’avoir toi-même pratiqué la magie noire sur de nombreuses victimes innocentes. De plus, il t’es aussi reproché d’être la guide spirituelle d’une secte païenne, d’avoir mené des cérémonies rituelles impies, d’avoir converti à ton misérable culte nombre de nos paroissiens, et de les avoir ainsi condamnés à la damnation éternelle. Alors, est-ce que tu reconnais ou non tes crimes?
L’accusée, qui était restée impassible pendant l’énumération de ses forfaits, ne répondit pas un mot, ne daignant même pas tourner la tête vers le grand Inquisiteur.
Celui-ci répéta à nouveau sa question, mais Jeanne resta mutique, toisant d’un air méprisant toute l’assemblée.
Monseigneur Thomas s’adressa alors à Julie et Catherine, qui étaient accusées d’avoir secondé leur cheffe dans ses sinistres oeuvres, tant dans la communauté des sorcières que dans celle de la secte idolâtre. Elles avaient ainsi participé à l’enseignement des rituels de magie noire, recruté de nouvelles élèves en sorcellerie, et assisté la prêtresse païenne pendant les offices. Toutes deux représentaient des piliers essentiels de cette grande entreprise criminelle. Mais les deux femmes ne se révélèrent pas plus loquaces que leur supérieure, arborant la même expression hautaine, et ne semblant accorder aucune attention aux paroles de l’évêque.
Isabelle adopta une attitude analogue après avoir reçu son acte d’accusation. Il lui était reproché d’avoir été la dépositaire de l’enseignement maléfique de sa mère, tant dans le domaine des sciences occultes que dans celui du paganisme, ainsi d’avoir collaboré à ses crimes de magie noire. Seule Françoise, qui était accusée d’assister sa tante, se tourna vers l’ensemble des membres de la cour et leur lança d’une voix véhémente :
« Je n’ai qu’une chose à répondre : soyez tous maudits, »
La matinée fut consacrée à l’audition des très nombreux témoins. Parmi eux, demoiselle Odile qui, en tant qu’ancienne disciple, expliqua en détail les modalités de recrutement et de formation des élèves en sorcellerie, ainsi que la chaîne de commandement au sein de la communauté. Elle raconta aussi plusieurs épisodes au cours desquels elle avait été amenée à assister les différentes accusées lors de leurs protocoles de magie noire. La jeune repentie décrivit en détail le déroulement des rituels païens, confirmant le rôle de chacune des prévenues. Elle n’oublia pas de mentionner leur implication centrale dans l’organisation des opérations visant à propager leur paganisme au sein de la population de l’épiscopat, en opposition frontale contre la Sainte Eglise.
Tous les témoignages qui suivirent contribuèrent à corroborer les propos de demoiselle Odile. Ainsi, plusieurs paroissiennes vinrent à la barre pour évoquer leur rencontre avec les missionnaires diaboliques de la grande prêtresse païenne, qui ne manquaient jamais de mentionner le nom de leur guide spirituelle. Une dizaine de personnes affirmèrent que dame Catherine leur avait administré des substances soporifiques en leur piquant la peau, et qu’ils avaient horrifiés de découvrir à leur réveil qu’ils avaient eu littéralement leur ventre qui avait été ouvert. Ils ne doutaient point que la sorcière avait introduit dans leur corps un terrible maléfice, qui leur avait causé des douleurs importantes. Plusieurs femmes déclarèrent que pendant leur grossesse, Dame Julie leur avait lancé des sortilèges afin de prendre le contrôle sur l’esprit de leur enfant. Comment expliquer autrement qu’elle arrivait à se faire aussi facilement obéir d’eux, alors que leur mère peinait à leur imposer son autorité? Nombreux furent ceux qui vinrent se plaindre à la barre des étranges effets des potions que Dame Jeanne leur avait vendues, en leur faisant croire qu’elles les soigneraient. Ainsi, un philtre qui devait soulager leurs douleurs entraînait de la constipation et de la somnolence. Un autre, qui devait traiter les rhumatismes, donnait au contraire de la diarrhée et des boutons sur la peau. Un témoignage crucial apporta un éclairage tout particulier sur ces étranges phénomènes : celui d’un jeune homme qui affirma avoir observé Jeanne ramasser des plantes vénéneuses pour les ramener chez elle. Il ne faisait aucun doute qu’elle s’en servait pour fabriquer ses élixirs dans le but sordide d’empoisonner ses clients.
D’autres victimes attestèrent avoir été utilisées par les accusées comme instrument afin de propager leurs connaissances maléfiques auprès de leurs élèves. Ainsi, une demi-douzaine de témoins racontèrent qu’un jour au cours duquel ils s’étaient rendus chez Jeanne pour lui acheter un de ses produits, ils l’avaient vue donner des instructions à Isabelle pendant qu’elle mélangeait des plantes et des graines dans un grand chaudron. Ainsi, la mère testait sur ses clients les élixirs préparés par la fille. D’autres racontèrent avoir subi d’étranges manipulations par demoiselle Françoise, sous la direction de sa tante Catherine. Les accusées ne se contentaient pas de transmettre leur talents diaboliques aux membres de leurs famille, mais elles étaient même parvenues à envoûter des moines et moniales de la région afin d’obtenir leur obéissance. Ainsi, des malades qui avaient placé tout leur espoir entre les mains de fidèles serviteurs de Dieu découvrirent horrifiés que toutes leurs actions étaient effectuées sous la surveillance des sorcières. Au lieu de recevoir des soins, ils étaient devenus les victimes de la magie noire. Si même les couvent et les monastères n’échappaient plus à leur emprise, comment faire pour se protéger de ces démoniaques créatures?
Il était déjà plus de midi lorsque la comparution des témoins s’acheva. La cour décida alors de suspendre la séance pour deux heures.
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