Le combat de la Sainte Inquisition contre les sorcières perverses : partie 17
19) Visite avant la grande confrontation
En début d’après midi, le tribunal se réunit à nouveau pour juger dame Caroline et le frère José, la première étant accusée de sorcellerie et de corruption d’homme d’Eglise, et le second de trahison. Plusieurs témoins décrivirent les actions démoniaques de cette vicieuse femme, qui les maintenait en son pouvoir par ses étranges élixirs, et, les envoûtant par sa voix, les amenait à faire tout ce qu’elle voulait d’eux. De plus, frère James et demoiselle Odile témoignèrent tous les deux de son implication dans le culte païen. Mais son crime le plus sordide restait incontestablement la corruption du frère José. Le juge Inquisiteur fit convoquer à la barre tous ceux qui avaient participé à déjouer sa tentative d’évasion, et tous attestèrent du danger qu’elle représentait pour l’Eglise. De son côté, le frère José était soupçonné d’avoir dissimulé des sentiments hérétiques, car, sans cela, il n’aurait jamais pu être corrompu aussi facilement. Le pauvre moine défendait son intégrité, affirmant qu’il n’avait été qu’une malheureuse victime, et qu’il avait été trompé en toute bonne foi, et les suppliait d’être indulgent à son égard. Quant à la sorcière Caroline, elle semblait prendre du plaisir à écouter le récit de ses crimes sordides, et ne cessait de se moquer de la bêtise du frère José. Après un réquisitoire sans merci du père Lucien qui recommandait les plus sévères châtiments contre les deux accusés, le juge Inquisiteur leva la séance, et conclut ainsi les audiences de la cour pour la journée. En effet, le procès le plus important, celui des sorcières dirigeantes, ne commencerait que le lendemain et se déroulerait sur l’ensemble de la journée.
Monseigneur Thomas décida de se rendre à la prison afin de rendre une dernière visite à Jeanne avant cette audience cruciale. Après avoir obtenu l’accord de sa maîtresse, il se fit ouvrir la porte de son cachot. Malgré son apparence sinistre, la cellule avait été aménagée de manière à ce que les prisonnières puissent bénéficier de conditions de détention acceptables : une couche permettant de dormir au chaud, un bon éclairage, ainsi qu’une table et des chaises pour travailler. De plus, les détenues pouvaient quitter leur cellule pendant la plus grande partie de la journée pour s’adonner à des activités communes.
« Alors, c’est donc demain le grand jour de notre confrontation au tribunal, déclara Jeanne. Prépare toi à recevoir des bordées d’injures et de moqueries, car je ne mâcherai pas mes mots contre la religion et le clergé. Mon discours est déjà prêt, et j’ai bien profité de ma captivité pour le répéter
- Je m’en doute bien, sourit l’évêque. Après tout, tu es ma plus terrible adversaire, l’ennemie jurée de l’Eglise. Et toi, Isabelle, est tu prête toi aussi?
- Oui, monsieur Thomas. J’espère faire honneur à maman pour mon premier procès.
- Tu y parviendras, j’en suis sûr. »
Jeanne reprit alors la parole:
« J’ai eu l’occasion d’avoir des échos sur les audiences de ces derniers jours, grâce aux gardes et aux autres prisonnières. Vous avez l’air de bien vous amuser là haut. En particulier, Denis, Gertrude, Emma et Adèle semblent avoir réussi à mettre de l’animation pendant leur procès.
- En effet; mais je t’assure que c’est fatigant d’enchaîner toutes ces séances, surtout avec la pression de satisfaire le public. Heureusement, les échos que j’ai reçus sur les appréciations de nos clients semblent positifs.
- Tant mieux. Je me dois de ne pas les décevoir lorsque je comparaîtrai à mon tour.
- Je sais que tu te montreras à la hauteur. De plus, tu seras épaulée par tes adjointes, Catherine et Julie, dont je connais la remarquable verve. Sans compter que la présence de la jeune génération contribuera aussi à mettre de l’ambiance.
- Je m’en doute ; surtout avec Françoise, la nièce de Catherine. Pendant le défilé, elle a su faire son effet avec toutes les imprécations qu’elle vociférait depuis sa cage. Attends toi qu’elle continue sur la même lancée devant le tribunal de l’Inquisition.
- Je le redoute à l’avance. Sinon, j’espère que tu ne t’es pas trop ennuyée pendant ton séjour ici
- Ne t’inquiète pas : j’en ai bien profité pour travailler sur mes futurs projets de soin, entre autres de la formation des soignants pour les accouchements moins douloureux. Nous nous réunissions entre guérisseuses pendant la journée pour discuter ensemble des modalités de leur mise en route, et, le soir, enfermées dans nos cachots, nous préparions la réunion du lendemain. Et je reste toujours surprise de notre efficacité pour avancer le travail lorsque nous sommes incarcérées; probablement que les motifs de distraction sont fort limités en prison.
- A propos de tes deux principales partenaires du crime, tu devines que leurs amants sont aussi venus leur rendre visite dans leur cellule.
- Ce brave Lucien : vu toutes les horreurs qu’il va nous asséner demain, je comprends qu’il ressente le besoin de témoigner au préalable son affection auprès de sa chère Julie. Et je devine que Benoît va raconter à Catherine tous les détails de la séance de la question.
- Tu sais qu’il ne manque jamais une occasion de se mettre en valeur devant elle. Enfin, c’est normal, tout homme se comporte ainsi devant sa belle. Et je ne fais pas exception à la règle. D’ailleurs, vu que tu es la plus dangereuse des sorcières, ne penses tu pas qu’il serait approprié que je te fasse subir un dernier interrogatoire avant ton procès?
- Cela ne me semble pas une mauvaise idée, en effet.
- Isabelle, puis-je t’emprunter ta mère pour un moment?
- Je vous demande simplement de ne pas lui faire de mal, répondit la jeune fille en souriant et en envoyant un petit clin d’oeil complice. »
Monseigneur Thomas enchaîna lui-même les poignets de Jeanne derrière son dos, puis tous deux sortirent du cachot.
Une heure et demie plus tard, la redoutable sorcière fut ramenée dans sa prison. A Isabelle qui lui demandait comment l’interrogatoire s’était passé, elle répondit d’un ton joyeux :
« L’évêque a eu beau m’abuser de la pire des manières qui soit, il n’a obtenu aucune nouvelle information de ma part.
- De toute façon, tu n’avais pas à te laisser impressionner par cet hypocrite
- Et il faut admettre qu’il est plutôt talentueux quand il s’agit de prouver son hypocrisie »
Mère et fille accompagnèrent cette déclaration d’un grand éclat de rire.
Commentaires
Enregistrer un commentaire