Le combat de la Sainte Inquisition contre les sorcières perverses : partie 13
15) Un procès pour les enfants
Une brève audience du tribunal inquisitorial se déroula peu après la séance de la question, au cours de laquelle les trois accusés qui y avaient été soumis admirent publiquement leur culpabilité dans les faits qui leur étaient reprochés.
Lorsque la cour se réunit à nouveau en début d’après midi devant un public majoritairement composé de jeunes enfants accompagnés de leurs parents. Le juge inquisitorial ordonna d’amener la prochaine accusée, la terrible vieille sorcière Gertrude. Un instant plus tard, cette dernière, vêtue d’une robe et d’un chapeau pointu noirs, portant de lourds fers aux poignets et escortée de trois solides gardes, fit son apparition dans le banc des accusés. Le juge inquisiteur prit alors la parole :
« Bonjour. Je souhaiterais ouvrir cette audience en racontant une histoire à notre jeune public. Il n’y a pas si longtemps, une terrible sorcière vivait dans la forêt de notre épiscopat. Cette diabolique créature aimait particulièrement s’attaquer aux enfants, cherchant par tous les moyens à mettre la main sur eux. Et lorsqu’elle parvenait à attraper un petit garçon ou une petite fille, la malheureuse victime disparaissait à jamais. On devine aisément que la sorcière dévorait ses proies, ou bien utilisait leur corps pour ses sortilèges maléfiques, ou les offrait en sacrifice au Diable, dans le cadre de messes noires. De nombreux enfants subirent ce bien funeste destin. Finalement, excédé par ses crimes, le peuple fit appel à la Sainte Inquisition, afin qu’elle mette enfin ce monstre hors d’état de nuire. De preux chevaliers se rendirent alors dans la forêt à la poursuite de la terrible sorcière. Après une longue traque, ils finirent par la retrouver, mais celle-ci livra un combat acharné contre ses adversaires à l’aide de ses sortilèges. Mais les héros de l’Eglise qui agissaient au nom de Dieu et bénéficiaient de sa protection, parvinrent à vaincre cette femme diabolique, et la ramenèrent prisonnière au palais épiscopal. A présent, elle devra répondre de ses horribles forfaits devant les juges de la Sainte Inquisition. »
Pendant le récit de Monseigneur Thomas, la sorcière Gertrude ne cessait de ricaner en regardant avec convoitise les enfants réunis dans la salle, proférant à plusieurs reprises d’une voix pleine de méchanceté :
« En voilà de délicieux enfants. Je vais vous attraper, vous ensorceler, et vous croquer tous, héhéhéhéhé »
Le juge s’adressa alors à l’accusée:
« Dame Gertrude, tu es accusée de crimes de sorcellerie contre de nombreux enfants. Reconnais tu tes crimes? »
Mais la sorcière ne sembla pas prêter attention à la question du grand Inquisiteur, obnubilée par son idée fixe, tendant ses bras entravés comme si elle voulait saisir quelque chose :
« Je veux les avoir tous ces enfants, afin de pouvoir m’amuser avec eux, hihihihi. Je saurais bien leur montrer tous mes vilains tours »
Le juge fit alors appeler les témoins, des enfants qui étaient parvenus à échapper à l’enchanteresse maléfique. Une petite fille se présenta à la barre, et raconta sa terrible aventure:
« Ce jour là, j’étais malade et je devais rester au lit toute la journée. Une heure après le déjeuner, alors que j’étais toute seule dans ma chambre, je vis soudain devant moi cette femme terrifiante qui s’approchait de moi en ricanant, répétant sans cesse « Je vais te croquer, ma petite, tu es si appétissante ». J’avais tellement peur que je ne pouvais pas bouger et j’aurais été enlevée par cette sorcière et si ma mère n’était pas entrée juste à temps dans ma chambre. S’il vous plaît, monsieur le juge, protégez moi afin que je n’ai plus jamais peur »
Deux petits garçons témoignèrent qu’alors qu’ils se promenaient en forêt, ils étaient tombés nez à nez avec la sorcière. Celle-ci s’était lancée à leur poursuite, et ils n’avaient dû leur salut qu’à leur grande vitesse à la course. Une autre petite fille raconta qu’alors qu’elle rentrait dans son village en compagnie de son petit frère, ils avaient rencontré une vieille dame qui marchait avec difficulté en portant des paniers fort chargés. Ils lui avaient proposé leur aide, en prenant une partie de sa charge dans leurs bras jusque chez elle. Pendant le trajet, la vieille dame commença à leur raconter une histoire si passionnante qu’ils furent bientôt captivés par ses paroles. Lorsqu’ils arrivèrent chez elle, elle leur proposa de rester un moment pour écouter la fin de son récit. Et ils auraient certainement accepté si la grande soeur n’avait pas regardé autour d’elle, et avait ainsi deviné qu’ils étaient chez une sorcière. Elle avait alors attrapé son petit frère et tous deux étaient sortis à toute vitesse en refermant la porte derrière la maligne créature. Et malgré cela, ils auraient probablement été capturés s’ils n’avaient pas rencontré pendant leur fuite un bûcheron qui rentrait chez lui, et qui accepta de les ramener dans leur village.
Les magistrats, le jury et le public écoutaient avec attention ces terrifiants récits, bien qu’ils éprouvassent de grandes difficultés à garder leur sérieux, car tous connaissaient la vérité. Dame Gertrude avait consacré toute sa vie à soigner les enfants avec dévouement et abnégation. Tous les jeunes patients dont elle s’était occupée l’avaient aimée pour sa gentillesse et sa bienveillance. Malgré son grand âge, elle poursuivait sa mission au service de ses jeunes malades avec énergie et persévérance. La brave guérisseuse ne ménageait pas ses efforts pour soulager les enfants malades, veillant en particulier à les amuser afin de leur faire oublier leurs souffrances. Elle leur racontait des contes fascinants, parfois effrayants, souvent drôles, et qui ne manquaient jamais d’apporter un peu de joie dans leur coeur. Quand ses patients avaient repris suffisamment de forces, elle jouait avec eux, entre autres à incarner les personnages de ses récits. La brave dame n’hésitait pas à se déguiser pour le plus grand plaisir de tous, rencontrant ses plus gros succès lorsqu’elle tenait le rôle de la méchante sorcière. Dans la grande cité, tous les parents, dont beaucoup avaient eux même reçus plus jeunes les soins de Dame Gertrude, lui confiaient leurs enfants malades sans hésitation, rassurés par sa compétence et son intégrité. Et nombreuses étaient les familles qui avaient tenu à rendre hommage à leur bonne guérisseuse en assistant à son procès. Les jeunes témoins avaient répété avec assiduité leur rôle en vue du procès, assistés d’ailleurs par l’accusée elle-même, afin de donner le meilleur d’eux-mêmes et faire honneur à celle qui avait leur avait tant donné. De son côté, dame Gertrude veillait à ne pas décevoir son jeune public, n’hésitant pas à porter de lourdes chaînes afin de paraître plus dangereuse, et multipliant les grimaces et les ricanements pour incarner au mieux son rôle.
Lorsque l’audition des témoins fut terminée, l’accusateur dénonça sans concession la mentalité profondément perverse de l’accusée, qui s’acharnait contre les plus vulnérables pour le plaisir de faire le mal et semer la terreur dans la région. Il salua avec émotion le courage de ces braves enfants qui étaient parvenus à échapper à cette maléfique créature et avaient consenti à se confronter à elle et témoigner de leurs souffrances. L’affreuse sorcière semblait prendre beaucoup de plaisir à se voir rappeler ses hideux forfaits. Et quand le juge interrogea à nouveau la démoniaque accusée, celle-ci ne lui répondit pas, répétant sans cesse :
« Je vais ensorceler tous ces enfants, et je les mangerai tout crus. Laissez moi les attraper, laissez les moi »
Et soudain, profitant d’un moment d’inattention de ses gardes, elle bondit hors du banc des accusés et s’approcha du public, brandissant ses bras enchaînés vers les petits garçons et petites filles assis aux côtés de leurs parents
« Je vous aurai, je vous croquerai »
Et elle en aurait probablement attrapé un si elle n’avait pas été retenue par trois hommes forts qui la saisirent et la ramenèrent à sa place. Heureusement, personne n’avait paniqué, car ce coup de théâtre avait bien évidemment été planifié à l’avance et devait constituer le point d’orgue du procès de dame Gertrude. Néanmoins, au vu de la grande dangerosité de l’accusée, il fut décidé de la renvoyer dans sa prison et de conclure ainsi l’audience, sa culpabilité ne faisant aucun doute.
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