Le combat de la Sainte Inquisition contre les sorcières perverses : partie 12

14) La question : des prisonniers plus coriaces

Quelques instants plus tard, Monseigneur Thomas se tourna à nouveau vers frère Jacques
« Faites entrer le prisonnier suivant »
Frère Richard, escorté par trois gardes, arriva dans la salle des Interrogatoires. Après avoir encore une fois refusé de reconnaître les faits qui lui étaient reprochés, il fut à son tour attaché sur un siège. Mais lorsque le bourreau lui détailla à son tour les terribles sévices qu’il lui ferait subir s’il persistait dans ses dénégation, il se contenta de rire, et déclara d’un ton hardi et présomptueux:
« Vous ne me faites pas peur avec vos menaces. Je n’ai rien fait, j’ai ma conscience pour moi, et vous pourrez me torturer autant que vous voudrez, vous n’obtiendrez rien de moi.
- A ton aise, répondit l’évêque avec calme. Tu vas pouvoir découvrir les talents de père Benoit. Mon père, je confie ce mauvais sujet à vos soins.
- Je saurai bien m’en occuper, vous pouvez vous reposer sur moi, Monseigneur. »
Le bourreau fit retirer au prisonnier sa tunique et ses chausses avant de le faire attacher sur une grande table, les poignets et les chevilles fixés par des entraves de métal qui le maintenaient allongé sur le dos, ne lui permettant que de lever la tête pour regarder devant lui. Ensuite, frère Benoit se dirigea vers la cheminée, et, à l’aide d’une pelle, récupéra quelques braises dans un petit pot de fer. Le bourreau retourna ensuite vers frère Richard, et lui demanda :
« Je te donne une dernière chance. Souhaites tu confesser tes crimes?
-Jamais » répondit le captif
Le bourreau se saisit alors d’une pince, s’en servit pour sortir un gros tison et le montra au frère Richard.
« Très bien. Voyons si tu resteras aussi obstiné après que j’aie caressé ta peau avec cette braise bien chaude. »
A la vue du morceau de charbon rougeoyant, l’expression du prisonnier perdit beaucoup de sa superbe, et c’est à grande peine qu’il parvint à répondre :
« Vous.. vous ne me faites pas peur »
Frère Benoit se plaça alors devant le pied gauche du captif, nu et complètement vulnérable, et en approcha progressivement le tison brûlant. A cet moment, le frère Richard ressentit une profonde terreur, alors que le morceau de bois incandescent commençait déjà à lui chauffer la peau. Poussant de terribles hurlements, s’agitant autant que ses entraves le lui permettaient, il implora le bourreau les larmes aux yeux:
« Assez, assez. Arrêtez ça, par pitié. Ne me faites pas de mal, je vous en conjure. Je ne veux pas qu’on me brûle les pieds.
- Alors, vas tu avouer tes crimes?
- Oui, oui, j’avoue tout, j’ai honteusement violé mes voeux de chasteté et de pauvreté par ma conduite inadmissible. Tout ce que vous voudrez, mais épargnez moi »
Le bourreau, qui n’avait même pas encore touché le captif, ni même approché le tison suffisamment près de la peau pour la rougir, replaça immédiatement la pièce incandescente dans son pot. Après avoir été détaché de la table, le frère Richard fut emmené hors de la salle des Interrogatoires, afin qu’il consigne par écrit ses aveux.
Monseigneur Thomas se tourna à nouveau vers ses visiteurs :
« Certains accusés ne sont pas impressionnés par de simples paroles. Aussi, nous sommes amenés à leur faire comprendre les modalités de la Question de manière un peu plus concrète.  Et, comme vous venez de le voir, cette méthode a fait ses preuves pour délier les langues »
Il fit ensuite entrer la prisonnière suivante, qui n’était autre que dame Suzanne. Comme le frère Richard, elle nia les accusations qui pesaient contre elles, et ne se laissa pas impressionner par les menaces de torture du bourreau, lui répondant d’une voix ferme et digne :
« Je clamerai toujours mon innocence, et vos supplices n’y changeront rien »
Le bourreau la fit attacher à son tour sur la table de torture, et l’informa qu’il comptait lui faire subir la cure par l’eau afin de la guérir de ses mensonges. Elle répondit avec calme :
« Faites comme il vous plaira »
Le père Benoit lui plaça une corne percée dans sa bouche, puis commença à y verser lentement le contenu d’une petite cruche. Malgré son grand inconfort, la prisonnière garda son expression imperturbable tandis qu’elle avalait le liquide. Cependant, lorsque le bourreau apporta un récipient de plus grand volume et la menaça de le lui vider dans son gosier, dame Suzanne perdit son sang-froid et remua alors la tête en gémissant :
« Alors, tu n’as plus soif?
- Assez, assez, cela suffit, je n’en puis plus. Je suis prête à avouer tout ce que vous voudrez ».
Elle reconnut alors les faits de sorcellerie qui lui étaient reprochés, à la grande satisfaction du Grand Inquisiteur, qui la fit sortir à son tour afin qu’elle confirme ses aveux.
L’évêque s’adressa à nouveau aux spectateurs :
« Messires et gentes dames, vous avez été témoins des deux principales méthodes d’interrogatoire de la Sainte Inquisition : le feu et l’eau. Si le frère Richard a avoué avant le début du supplice, dame Suzanne en revanche est parvenue à résister plus longtemps, allant jusqu’à subir le début de la cure par l’eau. Cela démontre un très grand courage, qu’elle avait malheureusement mis au service du Mal. A présent qu’elle est revenue vers des sentiments plus chrétiens,  je ne doute pas que son grand mérite permettra d’accomplir de grandes oeuvres à la gloire de Dieu, et que vous saurez l’encourager dans cette voie. N’oubliez pas non plus cette autre âme égarée qui s’est présentée devant nous. A présent que tous les accusés ont reconnu leurs crimes, la séance de la question est conclue.  »
Avant de faire sortir son auditoire de la salle des Interrogatoires, il lui présenta à nouveau un gobelet pour chacun des prisonniers. Si rares furent ceux qui remplirent celui du moine rebelle, en revanche, tous tinrent à mettre une pièce à l’intention de dame Suzanne qui les avait impressionnés par sa bravoure et sa dignité devant le bourreau.  

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