Le combat de la Sainte Inquisition contre les sorcières perverses : partie 11
13) La question : présentation et première audience
Le lendemain matin, le Grand Inquisiteur se rendit dans les prisons du palais épiscopal pour rejoindre la salle des Interrogatoires, qui était située dans une aile séparée des cachots des détenus. Divers instruments de torture se répartissaient dans la vaste pièce, un moine entretenait un feu dans la cheminée située sur un des murs latéraux. Des bancs avaient été disposés contre le mur du fond de la pièce, sur lesquels étaient installés une trentaine de personnes, qui devaient assister à la question, qui représentait un évènement majeur des procès inquisitoriaux, et suscitait un grand intérêt. Néanmoins, ces spectateurs avaient été soigneusement sélectionnés par un entretien fort strict avant d’être autorisés à acheter leur place pour la séance, afin de refouler d’éventuels pervers qui espéraient prendre du plaisir dans la contemplation des supplices et de la souffrance d’autrui pour ne garder que ceux qui venaient y assister pour profiter de sa valeur historique, en veillant à toujours garder de l’empathie pour les prisonniers.
L’évêque se tourna vers ce public choisi, auquel il s’adressa en ces termes
« Messires et Gentes dames, bonjour et bienvenue dans la salle des Interrogatoires. C’est ici que la Sainte Inquisition amène les détenus qui refusent d’avouer leurs crimes, afin de les persuader de reconnaître la vérité et recueillir ainsi leurs aveux. L’utilisation de la question comme méthode d’interrogatoire remonte aux débuts de la justice ecclésiastique, il y a près de cinq siècles. Vous pouvez observer dans cette salle certains des instruments avec lesquels les agents de l'Inquisition parvenaient à faire parler les plus récalcitrants. Comme vous pouvez le constater, beaucoup permettent d’infliger des tortures particulièrement atroces, pouvant souvent même entraîner la mort du supplicié. Leur usage remonte à une époque au cours de laquelle mes prédécesseurs disposaient d’un pouvoir politique bien plus considérable, rivalisant avec celui du souverain dont ils défiaient l’autorité en administrant leur épiscopat et en y appliquant leur propres lois. Malheureusement, une telle démarche a conduit à de nombreux abus, car l’évêque se servait de la police inquisitoriale pour faire arrêter ses opposants politiques en les accusant d’hérésie et de sorcellerie, et n’hésitait pas à utiliser les moyens les plus brutaux contre eux. Bien évidemment, un tel dévoiement est contraire à l’esprit de l’Inquisition, qui ne considère pas ceux qu’elle accuse comme des ennemis, mais comme des âmes égarées qu’il faut ramener dans le droit chemin. Fort heureusement, les pratiques les plus barbares ont été abandonnées depuis bien longtemps, et, de nos jours, nous privilégions la dissuasion et la peur plutôt que les sévices physiques pour obtenir les aveux de nos prisonniers. Trois d’entre eux vont bientôt comparaître devant vos yeux. Je vous demanderai alors de garder le plus grand silence, car les agents de l’Inquisition ont besoin de la plus grande concentration pour mener à bien leur travail et vous remercie d’avance pour votre coopération. »
Monseigneur Thomas se tourna ensuite vers un jeune moine qui se tenait devant la porte de la salle :
« Frère Jacques, faites appeler la première détenue »
Le jeune homme sortit de la pièce, et quelques instants plus tard, demoiselle Suzette entra dans la pièce, les mains enchaînées, encadrée par deux moines gardiens. Le Grand Inquisiteur s’approcha d’elle :
« Alors, est ce que tu vas admettre que tu t’es rendue coupable de sorcellerie? lui demanda-t-il
La jeune fille paraissait effrayée par le sinistre cadre dans lequel elle se trouvait. Mais elle parvint à réunir tout son courage pour répondre :
« Non, je suis innocente"
Monseigneur Thomas fit attacher la prisonnière sur un siège, et fit appeler le bourreau, qui n’était autre que son principal lieutenant, le père Benoit, qui, comme le père Lucien, avait fièrement défilé en entraînant derrière lui une sorcière captive. Celui-ci s’approcha de la jeune femme à laquelle il s’adressa d’une voix posée, mais lourde de menaces:
« Alors, on refuse de reconnaître ses crimes? Tu sais pourtant que nous avons de nombreux moyens pour te faire parler et nous n’hésiterons pas à nous en servir. Quelques planches, quatre coins et un bon marteau ont maintes fait leurs preuves pour délier les langues les plus rebelles »
A l’évocation du supplice des brodequins, le visage de demoiselle Suzette exprima une grande frayeur.
« Peut être trouves tu ce siège inconfortable? Tu préfèrerais avoir les jambes plus écartées? Nous avons exactement ce qu’il faut, un siège qui tranche bien avec celui-ci»
A ce moment, il lui montrait un âne espagnol, sur le bord supérieur duquel des clous pointus étaient enfoncés. A la vue de cet engin, demoiselle Suzette secoua énergiquement la tête.
« Oh, cela ne te convient pas non plus? Que dirais tu que nous t’installions sur celui-ci? Te semble-t-il plus à ton goût? » continua le bourreau en lui désignant une chaise de Judas, avec sa pyramide pointue.
« Ou bien, si tu préfères, tu peux choisir d’être allongée. Nous pouvons même t’offrir l’opportunité de bien t'étirer », lui susurra-il , en lui proposant le chevalet utilisé pour le supplice de l’écartèlement.
« Et si tu crains d’avoir soif, ne t’inquiète pas. Ce ne sont pas les cruches d’eau qui manquent par ici ».
Chaque suggestion de torture du bourreau amplifiait la terreur de la pauvre Suzette, qui tremblait de tous ses membres.
« Oh, tu trembles? Peut être que tu as froid? Je peux comprendre, vu que tu as les bras et les jambes nues. Mais nous allons vite te réchauffer, héhéhé » ricana le bourreau en orientant son regard vers le brasier.
Puis, celui-ci se dirigea vers un coffre et en sortit une pince et des tenailles, puis les brandit devant sa captive en lui disant d’un ton hostile :
« Sache que si tu me mens, je serai très en colère, et je serai tenté de serrer mes outils sur tes jolis mamelons. Quel dommage pour une femme si jolie, n’est ce pas? »
Cette dernière menace brisa les dernières résistances de la jeune femme.
« Non, non, je vous en supplie, non. »
Le Grand Inquisiteur s’adressa de nouveau à elle :
« Alors, es tu prête à avouer tes crimes?
- Oui, oui, mais surtout, ne me faites pas de mal. Oui, je l’admets, je suis une sorcière, et je me rends régulièrement à des sabbats avec mes semblables.
- Et reconnais tu avoir envoûté cet ouvrier avec ta complice, afin de mettre la main sur lui et lui faire subir vos sortilèges et vos rituels de magie noire?
- Oui, oui, lui et bien d’autres encore, au nom de Satan que je vénère.
- Alors, tu vois que ce n’est pas si compliqué de reconnaître la vérité. Est ce que tu ne te sens pas mieux à présent? Père Benoit, emmène cette femme afin qu’elle consigne par écrit ses aveux
- A vos ordres Monseigneur »
Quelques instants après, le bourreau, la prisonnière et ses gardes avaient quitté la pièce, et le juge Inquisiteur se tourna vers les spectateurs qui avaient suivi avec fascination toute la scène :
« Messires et gentes dames, vous avez pu constater de vos propres yeux que la menace de la torture à elle seule suffit souvent à obtenir les aveux des prévenus. Bien évidemment, nous n’avons pas un instant eu l’intention de mettre à exécution nos menaces contre demoiselle Suzette, car, bien plus que la punir, nous souhaitons sauver son âme de l’influence du Malin. Mais observez combien tous ces vieux instruments présentent encore un intérêt par la frayeur qu’ils suscitent, même si nous ne les utilisons plus pour torturer les prisonniers. Mais quelles que soient les fautes de demoiselle Suzette, je tiens à déclarer qu’elle a fait preuve d’un grand courage pour affronter ainsi la Question, et j’espère que vous sauriez apprécier sa bravoure tout autant que moi. Cette jeune âme égarée aura besoin d’aide pour suivre la voie du Bien, et vous pouvez y contribuer si vous le souhaitez » conclut-il en désignant un petit gobelet, dans lequel plusieurs membres de l’auditoire glissèrent une petite pièce.
Commentaires
Enregistrer un commentaire