Le combat de la Sainte Inquisition contre les sorcières perverses : partie 5
7) Une évasion avortée
Près de trois heures plus tard, dame Caroline entendit la porte de son cachot s’ouvrir, et frère José lui indiquer de la suivre :
« Vite, nous n’avons que peu de temps devant nous»
En quelques instants, ils remontèrent l’escalier de la prison qui menait vers un couloir. Un grand panier à linge rempli à moitié de draps était posé juste à l’entrée du couloir, dans lequel le moine indiqua à la fugitive de se cacher. Puis, il traîna le panier jusqu’à la cour du palais épiscopal, dans lequel une grande charrette, remplie de paniers semblables, l’attendait. En effet, pour faire évader sa bien-aimée, le jeune homme avait demandé à son abbé d’être affecté à la livraison du linge sale de l’hôpital aux lavandières. Et il en avait profité pour prendre un panier supplémentaire dans lequel il avait placé quelques draps propres afin d’y cacher la belle sorcière et lui permettre de quitter le palais caché parmi le linge sale. Frère José prit les rênes du véhicule et s’apprêta à franchir le portail, lorsque les gardes lui demandèrent de s’arrêter. En effet, depuis l’arrestation des sorcières, tous les véhicules qui quittaient le palais devaient être fouillés par mesure de sécurité. Le pauvre moine fut pris au dépourvu, car, d’ordinaire, seuls les laïcs venant au palais étaient concernés par de telles démarches. Mais le malheureux ignorait que son absence prolongée tandis qu’il s’était rendu à la prison avait été remarquée par ses compagnons de couvent, qui en avaient avisé l’abbé. Lorsque frère José avait demandé au révérend père d’être affecté à la livraison du linge sale ce jour là, ce dernier, sachant qu’une telle corvée permettait de se rendre au palais épiscopal et d’en sortir, en avait immédiatement avisé Monseigneur Thomas, qui avait envoyé de nouveaux ordres en conséquence. Bientôt, plusieurs hommes montèrent dans la charrette, et ils retrouvèrent rapidement la jeune femme dissimulée dans son panier. Se voyant confondu, frère José tenta de s’enfuir en courant, mais il fut rapidement rattrapé par les gardes bien entraînés. Les deux coupables furent immédiatement solidement enchaînés, et emmenés de force vers les appartements du Grand Inquisiteur.
Ce dernier était alors en entretien avec la grande sorcière Jeanne, qui lui présentait un nouveau protocole de soins qu’elle avait mis au point pour permettre de diminuer la douleur des femmes enceintes lors des accouchements, et, fort intéressé par le travail de sa meilleure guérisseuse, discutait de l’organisation des formations du personnel soignant afin de généraliser cette pratique dans l’hôpital et les centres de soins. Lorsqu’il entendit les gardes frapper à sa porte, il eut juste le temps de cacher sa bien-aimée dans sa chambre, avant de permettre aux nouveaux vénus d’entrer. Le chef des gardes entra, et fit entrer ses deux captifs, encadrés chacun par deux robustes gaillards. Puis, il s’adressa à l’évêque en ces termes :
« Monseigneur, un grave incident vient de se produire : nous venons de déjouer de justesse une tentative d’évasion : cette femme pleine de fourberie est parvenue à soudoyer un de nos moines, qui l’a fait sortir de sa prison, et tentait de la faire quitter le palais avec le linge de l’hôpital. Heureusement, grâce à vos ordres, nous sommes parvenus à mettre leur projet en échec. Il est heureux que vous ayez anticipé une telle éventualité, car, sans vos nouvelles instructions, ces félons auraient pu réussir.
- Les renseignements de l’abbé étaient donc exacts. Je vous remercie, mon ami, vous avez effectué un excellent travail.
Puis, s’adressant avec colère à la prisonnière:
« Alors, femme perfide, tu oses détourner les hommes d’Eglise de leurs devoirs? Comment as tu réussi à corrompre le frère José, qui, jusqu’à présent, avait eu une conduite irréprochable? Inutile de répondre : je ne le devine que trop bien. Ramenez la dans son cachot, et veillez à ce qu’un garde soit toujours en faction devant sa porte. De plus, elle devra porter des fers aux poignets et aux chevilles même en cellule. »
Lorsque la jeune femme, encadrée par deux hommes, eut quitté le bureau, monseigneur Thomas s’adressa à frère José :
« Et toi, n’as tu pas honte d’avoir déshonoré tous ceux qui croyaient en toi, ta famille, ton abbé, tes frères au monastère, et d’avoir violé tous tes serments en te comportant ainsi? Tu ne mérites plus de porter ce si digne habit. Pour ton crime, tu comparaîtras toi aussi au tribunal de l’Inquisition. Allez, j’attends tes explications.
- Monseigneur … elle était si belle, elle se disait innocente, et elle semblait si sincère… je ne pouvais pas l’abandonner à ton triste sort.
- Et tu as cru cela? Non seulement tu es un scélérat, mais en plus tu es stupide. Tu aurais dû savoir que les sorcières les plus doucereuses sont de loin les plus dangereuses. Je ne veux plus en entendre davantage. Gardes, enfermez ce traître dans les prisons destinées aux moines félons.
- A vos ordres Monseigneur », répondit le chef des gardes.
Quand l’évêque fut enfin seul dans ses appartements, il rejoignit Jeanne dans sa chambre. Celle-ci n’avait pas perdu un mot de la scène qui s’était déroulée dans le bureau, et avait fait un immense effort pour ne pas éclater de rire. S’adressant à son amant :
« Alors, c’est le frère José qui est tombé dans le panneau et dame Caroline qui l’a corrompu? Je ne suis pas étonnée : j’ai toujours pensé qu’il était quelque peu attiré par elle. Je suis sûre que dame Caroline n’a pas eu besoin de faire trop d’efforts pour le mener par le bout du nez.
- Tu imagines cela? Un moine tellement naïf qu’il se laisse entraîner dans une telle aventure? Il devrait connaître depuis longtemps les ruses des sorcières, et ne pas se laisser charmer par leur trompeuse beauté.
- Tu as bien raison. Toi au moins, quand tu tombes sous le charme d’une sorcière, tu veilles néanmoins à ce qu’elle ne s’échappe pas, répondit Jeanne en désignant ses poignets enchainés derrière son dos.
- En effet, répondit-il en l’embrassant.
Puis, revenant tous deux dans le bureau et revenant à leur sujet de discussion initial :
« Donc, au sujet de ce nouveau protocole …
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