Le combat de la Sainte Inquisition contre les sorcières perverses : partie 3

 5) Discussion entre le Grand Inquisiteur et la Grande Sorcière

Après ces touchantes effusions, l’évêque desserra son étreinte, guida Jeanne vers son bureau et l’installa sur un siège confortable. Puis il prit la parole :
« Ce n’est pas que je ne souhaiterais pas poursuivre ces réjouissances intimes, mais nous avons bien des choses à discuter. Pour commencer, j’espère que ni toi, ni ta fille n’avez été trop malmenées pendant votre arrestation. Même si j’étais venu pour superviser mes hommes, je tiens quand même à recueillir ton point de vue.
- Ne t’inquiète pas. Je les connais, ces moines, je les ai soignés quand ils étaient enfants. Ils se sont conduites exactement comme il fallait, fermes, parfois un peu rudes, mais sans jamais dépasser les limites de ce qui était acceptable.
- Et ta fille, elle tient le coup? Car, même en sachant que tout va bien se passer, cela reste quand même assez éprouvant.
- Rassure toi, j’ai pris le soin de bien la préparer à tous ces évènements. Cela fait des années qu’elle me voit subir le jugement de la Sainte Inquisition tous les automnes, et qu’elle avait envie de le vivre avec moi. De toute façon, tu m’as assurée que nous resterions toujours réunies pendant notre incarcération et notre procès, ce qui me permettra de l’accompagner et de la guider.
- Et surtout, de partager des sensations fortes et des expériences mémorables avec ta fille, poursuivit Thomas en riant. Pour changer de sujet, j’ai recueilli les documents qui avaient été saisis chez toi puis j’ai consulté ceux en rapport avec les préparatifs pour le défilé des sorcières du surlendemain, et ceux des procès. Tu as fait du bon travail : grâce à toi, je sais exactement quelles instructions donner à mes hommes pour chacune des accusées et quelles punitions infliger à chaque sorcière. Cela dit, je reste surpris par ce que tu as écrit sur Dame Gertrude : tu es sûre que porter le carcan est approprié pour une femme de soixante quinze ans?
- Ne la sous-estime pas, Thomas. Elle est encore vigoureuse, et elle préfère être présentée comme une redoutable sorcière plutôt que comme une vieille dame suffisamment peu dangereuse pour devoir recevoir un traitement de faveur. Cela lui permet de se sentir encore jeune. Et après toutes ces décennies de bons et loyaux services comme guérisseuse dans le grand hospice de l’évêché, tu lui dois bien cela.
- Je m’en doute. Après tout, je me dois de bien vous mettre à honneur pendant ces festivités, car c’est en grande partie grâce à vos talents à toutes que notre ville a les centres de soins les plus réputés du royaume. Et je sais à quel point vous avez aidés nos moines et nos religieuses à prendre en charge de manière optimale les malades, afin de leur apporter les meilleurs traitements.
- Mais c’est grâce à toi que nous avons réussi à transmettre nos savoirs ancestraux et en faire profiter le plus grand nombre, en nous chargeant de former tous les religieux qui sont en charge de soigner les patients qui affluent dans le grand hôpital de l’évêché. Et toi qui a mis à disposition la plus grande partie du palais épiscopal pour y placer des lits pour les malades. Nous avons tous notre part dans le succès de ce grand projet médical. Et c’est pour entretenir cette réussite que nous avons organisé ces chasses aux sorcières, qui sont la grande attraction de notre ville, et qui, en attirant les touristes venus de tout le royaume, nous permet d’engranger des fonds considérables qui contribuent à financer cette belle entreprise. Sans compter que cela nous permet à tous et toutes, religieux et guérisseuses, de bien nous amuser et de partager ensemble de grands moments de convivialité  : nous en avons bien besoin, afin de décompresser un peu de notre dur labeur quotidien auprès de ceux qui souffrent. Et si j’en juge par la foule qui a suivi mon arrestation, je devine que les procès se révéleront encore un grand succès cette année.
- En effet : les auberges sont pleines, et toutes les places disponibles pour le défilé et les audiences ont été achetées. Même les concerts de choeurs religieux affichent complet. Tous les commerçants sont ravis.
- Et avec dix sorcières qui seront jugées par le tribunal de l’Inquisition, je suis sûre que nous serons à la hauteur des attentes
- Nous avons aussi cinq moines corrompus et deux nonnes perverses entre nos mains, et qui passeront aussi au tribunal. Sans compter que j’attends un sixième moine qui devrait se faire arrêter demain
- L’inévitable grand classique : le religieux qui cède aux charmes de la sorcière, commet le péché de chair avec elle puis tente de la faire évader. Je serais curieuse de savoir qui va se laisser corrompre cette année.
- A propos, que dirais tu de me corrompre à présent, dangereuse servante du Diable?
- Volontiers, Votre Inexcellence, répondit Jeanne avec un clin d’oeil complice
Et tous deux se rendirent dans la chambre de l’évêque pour y passer un peu de bon temps. Quand ils eurent terminé, Monseigneur Thomas fit appeler les moines gardiens afin qu’ils ramènent la dangereuse sorcière dans sa prison.

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