Réminiscences du passé et nouvelles rencontres : partie 11

12) Dîner avec une tueuse 

Pendant le repas, la discussion reprit de plus belle.
« Je devine que les visites aux vampires pacifiques représentent une des composantes les moins stressantes de votre métier, avança Jonathan
- Oh que oui ; je n’appellerais même pas cela du travail. Profiter de l’hospitalité d’Henry et de ses talents de cuisinier est un pur plaisir. Cette soupe de légumes est vraiment délicieuse.
- Merci de ton compliment lui répondis-je en sirotant le sang qu’Annie m’avait apporté. Moi aussi, je me régale grâce à toi.
- Oh, je n’ai guère de mérite : ce n’est pas mon sang, après tout. En tout cas, j’ai hâte de découvrir la suite du repas. Mais je suis aussi contente de le déguster dans une telle ambiance de convivialité. Maman serait si heureuse de voir cela.
-  Comment va-t-elle? lui demandai-je
- Très bien : en ce moment, elle assiste à un festival de musique avec son compagnon. La retraite lui réussit vraiment : après tant de décennies consacrées à sauver les autres, elle peut enfin ne se soucier que d’elle-même. Je suis heureuse de la voir enfin profiter des plaisirs simples de la vie, elle l’a tant mérité.
- Votre mère a dû elle aussi vaincre de redoutables vampires, avança Lucie
- En effet. Mais je peux bien vous le dire : elle est bien plus fière de son rôle dans la rédemption de Henry qu'elle considère comme l'un des plus grands moments de sa carrière. Car si mettre un vampire hors d'état de nuire constitue la base de notre métier, parvenir en plus à s'en faire un ami et un allié est bien plus formidable
Même si j’étais touché par les sentiments d’Elisa à mon égard, je ne pus réprimer un certain embarras
«  Me qualifier d’« allié » me semble un peu exagéré. Ta mère et toi savez bien que je n’ai jamais combattu à vos côtés au sein de l’Organisation, préférant garder mes distances. Je ne suis pas un héros »
Tout en prononçant ces mots, je retirai les assiettes à soupe de la table, et me rendis à la cuisine pour apporter le plat principal. Néanmoins, je parvins à entendre la suite de la conversation:
« La modestie d’Henry lui fait honneur, mais cela ne signifie pas que l’aide qu’il nous a apportée ne s’est pas révélée essentielle, même si elle ne s’exprimait pas de manière spectaculaire. Parfois, des gestes qui paraissent anodins peuvent suffire à sauver des vies, comme passer un coup de téléphone ou même s’interposer entre un vampire et sa victime. L’Organisation savait apprécier sa contribution, et c’est pourquoi elle a subvenu toutes ces années à ses besoins. Et il nous a récemment encore prouvé sa valeur, par sa gestion magistrale d’une crise de loup-garou.
- Une crise de loup-garou? s’interrogea Mina
- Il y a un peu plus d’un an, nous avons appris par les médias l’apparition d’un loup dans votre ville. Or, il n’existe pas de population de loups sauvages dans votre région, et aucun parc zoologique n’a signalé d’animal qui se soit échappé. Aussi, à l’Organisation, nous avons rapidement craint que l’animal aurait été en réalité un loup-garou, sachant les dangers liés à la présence d’une telle créature : panique, et même des attaques pouvant blesser voire tuer des innocents.
- Mais je croyais que vous vous occupiez de vampires? s’étonna Lucie
- L’OSIPV est une branche d’une organisation plus large pour la protection de l’humanité contre les créatures de la nuit, et une autre section est spécialisée dans la gestion des loups-garous. Cela dit, les différents services communiquent les informations entre eux, et c’est pourquoi nous sommes attentifs à tout incident impliquant une créature de la nuit. C’est pourquoi j’ai contacté Henry pour l’en informer, et je me souviens encore combien sa réponse m’avait marquée:
« Oui, je suis au courant, je te remercie. Ne t’inquiète pas, la situation est parfaitement sous contrôle. Inutile de faire venir qui que ce soit, je m’occupe de tout ». Et je sais à quel point Henry n’est pas du genre à se vanter. Aussi, j’ai décidé de lui faire confiance, et l’avenir m’a donné raison : aucune apparition de loup n’a plus été signalée dans la région. Nous étions tous épatés à l’Organisation.
- Oh, je n’ai pas tant de mérite que cela, répliquai-je, tandis que je servais le plat principal, du poulet à la crème, accompagné de champignons et de châtaignes. Tout ce dont cette louve-garou avait besoin, c’était d’un peu d’aide, et surtout, des personnes qui la comprennent et l’acceptent telle qu’elle est. D’ailleurs, je n’ai pas agi seul: mes amis ici présent m’ont bien aidé.
- Oh, je ne savais pas que c’était une femme, s’étonna Annie. Donc, vous seriez liés d’amitié avec cette loup-garou?
A cet instant, mes trois amis humains eurent bien de la peine à se retenir d’éclater de rire. Enfin Mina répondit :
« Vous savez, Mme Winters, cette louve-garou, c’est moi. »
Annie écarquilla les yeux de surprise après cette révélation, incapable de prononcer un mot, ce qui nous fit tous éclater de rire. Mais la tueuse se joignit rapidement à l’hilarité générale, amusée par son propre embarras. Tandis que mes invités dégustaient leur poulet, je racontai à Annie l’histoire de ma rencontre avec Mina et son intégration dans mon cercle amical.
« Tout cela ne fait que me confirmer à quel point tu es remarquablement parvenu à gérer cette situation difficile, et à quel point l’Organisation a eu raison de croire en toi. »
Je ne pus réprimer un sourire un peu gêné devant de tels éloges. Devant mon embarras, Annie décida de changer de sujet:
«  Je dois reconnaître que ce plat de poulet est absolument succulent. Accepterais tu de me donner la recette, s’il te plaît, afin que je la donne à maman, afin qu’elle en profite à présent  qu’elle a le temps de se préparer de bons petits plats?»
Je lui donnai mon accord, tandis que j’allai chercher à la cuisine un plat de salade. Pour le dessert, je servis à mes invités une tarte aux pommes et à la confiture de vin rouge, qui fut unanimement appréciée. Tandis qu’elle dégustait sa pâtisserie, Annie s’adressa à nouveau à moi:
« Oh, j’allais oublier : une de tes vieilles connaissances m’a demandé de tes nouvelles lorsque je lui ai rendu visite, le mois dernier
- Vraiment? fis-je surpris. Et qui donc?
- Lydia, me répondit-elle. Je suis sûre que tu te souviens d’elle.
- Oh, cela ne fait aucun doute, dis-je en riant. Même si cela fait des années que je ne l’ai pas vue, on n’oublie pas quelqu’un comme elle. Nous avions passé des moments bien sympathiques ensemble.
- Lydia? Qui est-ce? demanda Jonathan
- Lydia est une vampire qui, comme moi, a fait le choix de la cohabitation pacifique avec les humains. Cela dit, cela ne l’empêche pas d’avoir une personnalité hors du commun. En particulier, sa manière assez particulière de s’amuser avec les gens lui a fait gagner le surnom de « croqueuse de couples »
- Croqueuse de couples? s’étonna Lucie. Pourquoi un tel sobriquet?
- A cause de sa méthode bien personnelle de se socialiser avec les humains. Elle se lie d’amitié avec des couples afin d’en faire ses proies consentantes. Pour apprécier sa compagnie, mieux vaut être amateur de sensations fortes.
- Quoi qu’il en soit, reprit Annie, elle m’a donné son numéro de téléphone et m’a demandé de te le transmettre, dans l’espoir que tu l’appelles
- Oh, donne le moi, je te prie. Cela me fera plaisir de reprendre contact avec Lydia. En plus, je pourrai lui présenter mes nouveaux amis. »
La discussion s’orienta ensuite sur d’autres sujets, tandis que je servis une tasse de café à mes invités. Enfin, vers onze heures, Annie prit congé de nous.

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