Réminiscences du passé et nouvelles rencontres : partie 14
16) Conversation à la cantine
(Le jour suivant : Mélanie est la narratrice)
"Alors, elles se sont bien passées, ces retrouvailles, hier soir?" me demanda Mina, alors que nous venions de nous installer à une table du réfectoire pour prendre notre déjeuner avec Jonathan.
"Oh, oui, répondis-je; nous avons eu beaucoup de plaisir à revoir Alex et Laura; même si nous ne nous étions pas vus depuis des années, notre complicité était restée intacte. Il faut dire que nous ne nous sommes littéralement pas quittés pendant toute notre enfance : nous sommes allés à la même école de la maternelle au lycée, et, comme nos parents étaient amis, nous avions très régulièrement l'occasion de nous amuser ensemble pendant les week-ends. Nous avons passé toute la soirée à discuter ensemble, pendant et après le dîner, sans que nous ne sentions le temps passer, au point que nous fûmes tous surpris en entendant minuit sonner.
- Je devine que vous aviez bien des choses à vous dire, avec toutes ces années à rattraper, sourit Jonathan
- Oh, oui, lui confirmai-je. Nous parlions de nos métiers, en particulier Laura, qui, sans trop entrer dans les détails pour respecter le secret professionnel, nous racontait des histoires incroyables qui étaient survenues dans son cabinet de notaire, avec entre autres des conflits de succession qui avaient dégénérés en véritable pugilats entre héritiers.
- Je me doute que dès qu'il y a de l'argent en jeu, les esprits s'échauffent rapidement, reconnut Jonathan.
- En effet. Et puis, nous nous donnions des nouvelles d'anciens camarades de classe, dont certains avaient connu un destin surprenant. Par exemple, j'appris que l'une d'entre elles avait refait sa vie à l'autre bout du monde, un autre avait fini en prison pour escroquerie, un autre était devenu député dans un pays voisin. Nous ne pouvons jamais deviner où la vie peut nous mener.
- Ca c'est bien vrai : aurais tu pu imaginer que tu aurais une louve-garou comme collègue de travail? ria Mina.
- Non, je le reconnais, admis-je. Et puis, bien sûr, nous avons aussi évoqué nos bons moments ensemble, avec nos souvenirs d'école, les professeurs et les camarades qui nous avaient marqués. Et qu'est ce que nous rigolions quand nous discutions de toutes les bêtises que nous avions faites ensemble quand nous étions enfants. Et puis tous nos jeux. D'ailleurs, certains souvenirs ont pris récemment une saveur toute particulière, depuis que vous m'avez révélé votre secret.
- Que veux-tu dire? demanda Mina, étonnée
- Tu sais que nous sommes berrangeaux. Or, la légende du manoir hanté des comtes de Berraine fait partie intégrante de notre folklore, et elle représente une intarissable source de jeux pour les enfants du pays. Combien de fois Alex et Philippe ont joué à nous effrayer en se faisant passer pour les fantômes du manoir, juste en se mettant un drap sur eux. Au début, cela nous faisait peur, puis nous ne pouvions qu'en rire. Ou bien alors, nous nous amusions à explorer une maison, en nous persuadant que nous étions dans le manoir, guettant chaque bruit, craignant de tomber nez à nez avec les spectres. Nous nous montions tellement la tête que parfois, il suffisait qu'un chat fasse tomber un objet pour que nous détalions hors de la pièce en hurlant de panique. Mais à présent que je sais que le manoir est réellement hanté, et que vous vous êtes liés d'amitié avec les fantômes, ces souvenirs me paraissent encore plus amusants qu'auparavant.
- Effectivement, ria Jonathan. Mais je devine que vous n'avez pas discuté avec vos amis de votre connaissance de l'existence des fantômes et autres créatures de la nuit, n'est ce pas?
Derrière l'amusement, je sentis une légère inquiétude dans la voix de mon collègue. Je le rassurai aussitôt.
"Bien sûr que non. D'abord bien sûr, par égards pour vous et pour Henry. Et ensuite, nous nous serions couverts de ridicule devant nos amis en leur racontant que nous croyions réellement aux fantômes ou aux vampires. Ils nous auraient pris pour des fous et des idiots. Je devine aisément que, pour des gens aussi sérieux que Laura et Alex, les histoires de monstres, d'amusantes lorsqu'on est enfant, deviennent grotesque de la part d'adultes responsables. C'était, soit perdre leur respect, soit vous trahir, deux perspectives peu enthousiasmantes comme vous l'imaginez. D'ailleurs, à propos de vampires, vous m'avez dit que vous étiez invités avec Lucie chez Henry ce soir, n'est ce pas?
- En effet, répondit Mina. Il nous a raconté qu'il nous présenterait à cette occasion une de ses amies vampires, qui s'appellerait Lydia. Je dois avouer que j'ai une légère appréhension pour ce soir.
- Ah bon? m'étonnai-je. Pourquoi?
- Henry nous a raconté que le thème de la soirée sera "le festin des vampires". répondit Mina. Ce qui ne m'étonna pas, vu que cela fait un mois qu'il ne nous a plus donné de baiser, autant à Lucie, à Jonathan qu'à moi. Mais, pour ce soir, il nous a demandé si nous étions d'accord pour que au lieu de lui, ce soit son amie qui se délecte de notre sang. Nous avons accepté, après qu'il nous ait persuadé que Lydia se montrerait tout aussi préoccupée de notre bien-être que lui. Et même si l'expérience d'être mordue par un autre vampire sera certainement intéressante, je reste un peu intimidée à l'idée de confier mon cou à une inconnue.
- Moi aussi, admit Jonathan. Cela dit, je dois reconnaître que j'envisage la perspective d'être mordu par une femme vampire avec un certain plaisir. J'enviais un petit peu Lucie et Mina qui avaient la chance de recevoir le baiser de la part d'un vampire de sexe opposé, et je suis content d'avoir enfin cette opportunité à mon tour.
Cela nous fit bien rire tous les trois. Mais un point me laissait un peu perplexe.
"Henry vous a parlé du "festin des vampires". Mais si cette Lydia va vous donner le baiser à tous les trois, que va-t-il manger lui?
- Il nous a raconté que son amie était venue avec un couple d'amis humains qui constituaient ses proies régulières, et qui, pour cette soirée, lui serviraient de repas, répondit Jonathan
- Je vois. Il y a vraiment des gens bizarres dans ce monde, dus-je reconnaître
- Allons, Mélanie, se moqua Mina. Tu dis cela alors que tu as accepté à plusieurs reprises que Henry te donne le baiser du vampire.
- Ce n'est pas la même chose, me défendis-je. D'accord, la première fois, c'était par curiosité, mais depuis, je ne l'ai jamais fait que pour exprimer ma reconnaissance à Henry au même titre que j'aurais offert une pâtisserie à un ami humain. Il n'y a jamais eu d'intimité entre lui et moi ; même quand je venais chez lui avec Philippe, il se mettait soigneusement en retrait pendant que je jouais avec mon compagnon. Tandis que là, je devine que ces personnes ont développé un véritable lien d'intimité avec cette Lydia vu que celle-ci leur donne régulièrement le baiser à tous les deux et puisse obtenir d'eux qu'un vampire qu'ils ne connaissent pas les morde à son tour. Même en vous connaissant, cela me laisse quand même un peu perplexe.
- Je dois admettre que pour nous, cela nous paraît tellement la routine que nous avons tendance à oublier à quel point notre vie intime sort complètement de l'ordinaire, admit Jonathan.
Nous éclatâmes tous les trois de rire à nouveau. Ensuite, je repris alors la parole :
"Quoi qu'il en soit, je vous souhaite de bien vous amuser ce soir, .
- Merci Mélanie. Si tu veux, on t'en parlera la prochaine fois qu'on se verra, répondit Mina.
- Ce sera avec plaisir" conclus-je.
Nous avions alors terminé notre déjeuner, et nous quittâmes le réfectoire pour retourner à nos postes de travail.
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