Reminiscences du passé et nouvelles rencontres: partie 8
9) Henry et l'Organisation
A cet instant, Mina m'interrompit à nouveau :
"Je suis quand même assez étonnée de constater à quel point cette tueuse a accepté aussi facilement la possibilité d'aider un vampire alors que son métier consiste à les exterminer.
- L'Organisation a pour objectif de protéger les humains contre la menace vampirique, lui répondis-je. Aussi, ses agents comprennent très bien tout le parti qu'ils peuvent tirer de nous, vampires pacifiques, car ils savent fort bien que l'éradication de nos congénères violents sert aussi nos intérêts. Nous connaissons l'effet désastreux de leurs crimes sur la relation de confiance que nous devons construire avec les humains afin de pouvoir cohabiter en harmonie avec eux. C'est pourquoi chaque vampire pacifique représente une aubaine pour l'Organisation, qui gagne ainsi un précieux auxiliaire dans son long et difficile combat
- D'autant que je devine aisément qu'en cas de besoin, leurs agents, en tant que professionnels de la lutte contre les vampires, peuvent aider à rétablir ce lien de confiance un temps brisé, continua Lucie.
- Exactement. Sans compter que moins de vampires implique aussi moins de compétition pour l'accès à nos délicieuses proies humaines, gloussai-je, et j'entendis alors mes amis joindre leurs rires au mien.
Reprenant mon sérieux, je repris le fil de mon récit :
"L'agent Winters raccompagna Sarah à son domicile, puis l'attendit à l'extérieur. J'étais déjà réveillé, occupé à continuer le livre que j'avais commencé la nuit précédente quand mon amie rentra. Elle me raconta alors l'ensemble des évènements de la journée, sa rencontre avec la tueuse de vampires Elisa Winters et le marché que celle-ci me proposait. Je dois avouer que j'hésitai un peu avant de prendre ma décision. En effet, même si je détestais leur violence, les vampires de la bande à André avaient été malgré tout mes camarades, et les trahir ainsi me rebutait quelque peu. Mais, en même temps, je ne souhaitais ni continuer cette existence remplie de violence à laquelle ils me contraignaient, ni décevoir Sarah, qui plaçait tant d'espoirs en moi pour sauver des vies humaines innocentes. Aussi, après que mon amie se soit portée garante de la bonne foi de l'agent Winters, je lui donnai mon accord pour la rencontrer. Sarah sortit brièvement de chez elle, puis revint une minute plus tard accompagnée de la tueuse. Après que cette dernière se soit à son tour engagée à m'aider à me construire une nouvelle existence sans violence, je lui révélai tout ce que je savais sur mes anciens compagnons, y compris bien entendu le lieu de leur refuge. Après avoir recueilli ces informations, l'agent Winters prit congé de nous.
Quelques heures plus tard, elle revint pour nous annoncer la mort de la bande à André. Immédiatement après son départ, l'enquêtrice avait contacté ses agents de l'OSIPV pour effectuer un raid au lieu que je lui avais indiqué, et l'expédition avait été couronnée de succès. L'agent Winters m'informa qu'elle devait m'emmener à son quartier général, afin que l'Organisation planifie avec moi ma nouvelle existence ; dans ce but, elle avait contacté ses supérieurs afin qu'ils lui envoient un véhicule adapté pour le transport d'un vampire, qui devrait arriver dans quelques heures. Je savais qu'après la mort de mes anciens compagnons, j'avais atteint le point de non retour, et je ne pouvais m'empêcher d'appréhender ce bond vers l'inconnu, surtout dans la mesure où cela impliquait pour moi de me confronter à ceux qui furent longtemps mes plus terribles ennemis. Sarah tenta de m'aider à affronter mes peurs par des mots réconfortants. Elisa Winters elle-même souhaita me rassurer en m'informant que l'Organisation comportait elle-même plusieurs vampires parmi ses employés, y compris au sein des tueurs, et qu'elle choisissait une politique de tolérance vis à vis d'eux dès qu'elle le pouvait.
La nuit était bien avancée lorsqu'une camionnette arriva devant la maison de la jeune infirmière. Je fis mes adieux à Sarah, puis suivit l'agent Winters qui me fit monter dans le véhicule, et m'installa dans un compartiment sans fenêtres dans lequel j'étais totalement à l'abri du soleil. Nous roulâmes ensuite pendant des heures, sans que j'aie la moindre idée de la direction que nous suivions. Quand nous arrivâmes enfin à destination et que je pus sortir de la camionnette, je constatai que je me trouvais dans un garage souterrain. Je fus ensuite conduit dans un grand complexe de bureaux souterrains, qui, je le devinai, correspondait au quartier général de l'OSIPV dans le pays. Elisa Winters m'emmena ensuite dans une chambre qui avait été préparée à mon intention, et qui constituerait provisoirement mon logis pour les prochains jours, en attendant que l'Organisation ait préparé mon relogement. Elle me laissa ensuite me reposer pendant une heure, avant de revenir afin de me conduire vers une salle de réunion dans laquelle une dizaine de personnes s'étaient déjà installés, y compris deux vampires. Nous nous assîmes à notre tour, puis l'agent Winters me présenta à ses collègues et leur expliqua à nouveau ma situation et mon projet de cohabitation avec les humains. Après un bref entretien destiné à tester la sincérité de ma démarche, les membres de l'OSIPV m'expliquèrent les règles que je devrais suivre. Certaines allaient bien sûr de soi : ne pas tuer d'humains pour me nourrir, ni en transformer en vampire, et garder le secret sur l'Organisation. Je devais aussi accepter de recevoir des visites régulières de leurs agents afin qu'ils vérifient que je ne posais pas de danger à la société. Mais j'appris qu'ils attendaient aussi de moi que je leur signale toute activité pouvant être liée à des créatures de la nuit présentant un danger pour les humains. Si j'acceptais ce travail de sentinelle, ils s'engageaient en contrepartie à me trouver un logis et à payer mes frais. J'interrogeai alors les deux vampires présents dans la pièce pour qu'ils me racontent un peu leur mode de vie au sein de la société humaine. Ils m'expliquèrent que, bien qu'ils devaient rester relativement discrets, ils parvenaient sans grande difficulté à se faire accepter par des humains, même lorsque ceux-ci n'appartenaient pas à l'Organisation, car les vampires suscitaient plus la curiosité que la crainte, à condition bien sûr d'habiter dans une localité qui ne déplorait pas de morts liés à l'activité vampirique. Quant à leur alimentation, elle était en grande partie constitué de sang de porc, qui, bien que nettement moins agréable au goût, se révélait aussi nourrissant que le sang humain. Néanmoins, ce dernier n'était pas complètement banni de leur régime, d'une part parce que l'Organisation planifiait des dons de sang afin de leur en fournir occasionnellement, et surtout d'autre part, parce qu'ils parvenaient régulièrement à mordre des victimes consentantes, sans bien sûr mettre en danger ni leur vie, ni leur santé, exactement comme j'avais procédé avec Sarah. Je ne devais pas non plus me faire trop de souci en ce qui concernait les visites périodiques des agents. Certes au début, je ferais l'objet d'une surveillance très régulière pour que l'Organisation s'assure que je ne représente pas de danger. Néanmoins, si tout se passait bien au cours des premiers mois, les rencontres se raréfieraient, et ne se résumeraient qu'à des visites de courtoisie.
Un tel mode de vie me parut fort satisfaisant, et je m'engageai à suivre les directives qui m'avaient été exposées.
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