Réminiscences du passé et nouvelles rencontres : partie 5
6) Henry et Sarah : partie 3 : les suites
A cet instant, j'entendis Lucie rire doucement, et je lui en demandai le motif:
"Oh, c'est simplement que, agression et menaces de mort mises à part, le récit de ton aventure avec Sarah me rappelle notre rencontre initiale et surtout, notre premier baiser du vampire. Je me souviens encore combien j'avais été frappée à quel point tu l'avais organisé comme une authentique intervention médicale, en expliquant toutes tes actions comme le ferait un docteur. A présent, je comprends mieux.
- En effet; Sarah s'est révélée une remarquable formatrice de ce point de vue. Tandis qu'elle prenait son bouillon de légumes, elle me demanda si j'avais apprécié mon repas
"Oh oui, beaucoup, je vous remercie lui affirmai-je. Cela dit, je dois reconnaître que j'ai été un peu déconcerté en observant votre réaction pendant que je buvais votre sang. Votre visage et votre corps semblaient exprimer tant de plaisir que j'aurais pu croire qu'au lieu de vous mordre, j'étais en train de vous donner un baiser.
- Je dois vous avouer que je m'attendais à vivre un moment d'une grande sensualité, aussi j'avais choisi une tenue qui serait en adéquation avec une telle expérience. Mais je ne pensais pas que cela serait aussi agréable. Au moment de la morsure, j'ai ressenti une intense sensation de plaisir, comparable à un petit orgasme. Vous n'aviez jamais observé cela chez vos anciennes victimes?
- Jamais ; même lors de ma transformation, je n'ai pas ressenti ce plaisir que vous décrivez.
- Je devine qu'il est difficile d'éprouver un quelconque plaisir lorsqu'on est complètement terrorisé devant la perspective d'une mort imminente.
- Ce que je ne comprends pas c'est que les autres ne m'ont jamais parlé...
A cet instant, je m'interrompis, et l'expression de mon visage s'assombrit. Je réalisai alors d'un seul coup à quel point ma situation était devenue compliquée. André et les autres m'avaient envoyé chercher une proie pour pouvoir s'amuser avec et, non content de ne pas la leur ramener, je m'étais en plus lié d'amitié avec elle.
- Les autres? demanda Sarah, intriguée. De qui parlez vous?
- Vous souvenez vous lorsque je vous avais proposé que vous présenter à des amis? En réalité, à ce moment, je ne vous avais pas menti. Ce que je n'avais pas précisé, c'est que j'allais vous livrer à un groupe de vampires sanguinaires et cruels, qui vous auraient infligé les pires tortures avant de vous achever.
- Pourquoi ne l'avez vous pas fait? Après tout, vous étiez prêt à me tuer à ce moment.
- Parce que vous aviez gagné ma sympathie, et que je n'ai pas eu le coeur de vous faire subir une expérience aussi abominable. Vous tuer pour survivre me paraissait acceptable, mais je ne pouvais pas vous abandonner entre les mains de brutes qui tireraient leur jouissance de vos souffrances.
- Ainsi, même au moment où vous m'avez attaquée, vous ressentiez de la compassion à mon égard. Est ce que ce sont les mêmes vampires qui sont la cause de votre transformation?
- En effet. Et depuis cette terrible nuit, je suis devenu un membre de leur groupe. Même si je ressentais une profonde répugnance devant leur violence, je me sentais intégré parmi eux, car ils me traitaient comme leur ami. Et c'est pourquoi je me trouve à présent dans une situation très difficile. Nous devions chacun ramener une victime pour les festivités de la nuit. Et ce soir, non seulement j'ai failli à ma mission, mais je ne me sens même plus le courage de revenir vers eux, car, après l'expérience de ce soir, je ne peux même plus accepter l'idée d'assassiner un humain pour me nourrir, puisque je n'en vois plus la nécessité. Comment pourrais-je supporter de vivre avec des tueurs de sang froid dans de telles conditions? En même temps, je n'ai pas la moindre idée de ce que je vais pouvoir faire à présent.
- Que dites vous? Vous savez que des jeunes gens vont mourir ce soir dans d'atroces souffrances, et vous ne faites rien? Mais il faut arrêter cette barbarie et sauver ces malheureux.
- Et comment? D'abord, il est probablement déjà trop tard. Ensuite, même si j'avais été là, je n'aurais pas pu les aider. Déjà, je n'aurais probablement même pas osé tenter de le faire, de peur d'être abandonné et même tué par les seuls qui m'avaient accepté depuis que j'étais devenu vampire. Et même si, excédé par leur brutalité, j'avais voulu intervenir, je n'aurais pas eu la moindre chance, seul contre quatre.
- Que faire alors? Abandonner ces malheureux à leur terrible sort?
- Les seuls qui auraient une chance de les sauver seraient des tueurs ou des tueuses de vampires. André, le chef de mon groupe, m'avait parlé d'eux, avec une profonde crainte dans sa voix. Il m'expliquait que nous ne restions jamais plus de deux jours dans une même ville afin de ne pas leur laisser le temps de nous repérer, et donc de nous attaquer. Mais à part les vampires, qui est au courant de leur existence? Je ne vois pas comment vous pourriez parvenir à les contacter. Quant à moi, vous devinez aisément que je cherche par tous les moyens à les éviter.
- Il me faut donc me rendre à l'évidence : il est impossible d'empêcher ce carnage."
Je vis des larmes couler des beaux yeux de Sarah, et sa tristesse m'affligea profondément.
"Vous savez ce qui me fait le plus de peine, outre la mort de ces pauvres gens? C'est de constater à quel point ces monstres ont tiré parti du pouvoir qu'ils avaient sur vous pour vous forcer à réprimer la bonté de votre coeur en faisant de vous le complice de leurs ignominies. Je réalise qu'il n'y a pas que moi-même que je sois parvenu à sauver ce soir. Quoi qu'il en soit, vous êtes le bienvenu chez moi et vous pourrez y rester aussi longtemps que vous en aurez besoin. Je suis convaincue que nous parviendrons à trouver ensemble le moyen de résoudre les difficultés auxquelles nous faisons face à présent. Qui sait ce que demain nous réserve?"
Je la remerciai chaleureusement de son hospitalité, et, à mon tour, je sentis les larmes couler sur mon visage. Jamais je n'aurais pu imaginer que je pourrais bénéficier d'une telle bonté, et qui plus est d'une personne que j'avais failli tuer. Sarah m'acceptait malgré ma nature vampirique, et je savais que pour cela, je lui serais toujours loyal.
Après avoir terminé sa collation, ma nouvelle amie se prépara pour le coucher, car elle devait se lever tôt le lendemain pour se rendre à l'hôpital pour son travail. Elle veilla au préalable à fermer tous les volets de son logis, afin de me protéger des effets néfastes du soleil quand celui-ci se lèverait. Pendant son sommeil je consacrai mon temps à la lecture d'un des romans de sa bibliothèque.
A son réveil, nous écoutâmes ensemble les informations à la radio. Toutes les chaînes ne parlaient que de la découverte des cadavres horriblement mutilés de quatre jeunes gens, deux garçons et deux filles. Même si les autorités n'ont fait aucune déclaration à la presse, des rumeurs circuleraient selon lesquelles ces meurtres auraient été perpétrés par un tueur en série. Bien entendu, j'avais immédiatement reconnu la signature d'André et sa bande, et lorsque Sarah me demanda s'ils étaient à l'origine de cette tragédie, je ne puis que le lui confirmer. Bien que profondément affligée par ce massacre, la jeune femme n'en oublia pas pour autant ses obligations professionnelles, et se prépara pour partir au travail comme si de rien n'était; un quart d'heure plus tard, elle avait déjà quitté son domicile. Elle avait mis à ma disposition son lit, et, peu après son départ, je m'y allongeai, me plaçant sous l'épaisse couette afin de me protéger encore mieux du soleil. Sarah avait verrouillé la porte, mais m'avait laissé un double de ses clés en cas de besoin. Sachant que je disposerais d'une parfaite tranquillité, je m'endormis paisiblement.
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