Réminiscences du passé et nouvelles rencontres : partie 4

5) Henry et Sarah: partie 2 : le repas

Sarah et moi n'avions pas échangé un mot pendant le trajet. Mais dès que nous fûmes installés dans le salon, la jeune infirmière m'exposa son plan :
"L'équation que nous devons résoudre ensemble est fort simple : vous devez boire du sang pour survivre, et je souhaite rester en vie et en bonne santé. Dans le cadre de mon métier, je suis aussi confronté à une situation analogue, avec des patients souffrant d'une grave anémie que nous traitons par transfusion sanguine. Celles-ci nécessitent des quantités significatives de sang prélevés sur des donneurs en bonne santé dans des services spécialisés. Or, la quantité maximale que l'on peut soustraire  chez un individu sans conséquences notables pour lui correspond à 10% de la totalité de sa masse sanguine, soit près d'un demi-litre. Si nous appliquons cette logique avec vous et moi, cela signifie qu'en vous limitant à ce volume lors de votre repas, je pourrai aisément récupérer de ma perte sanguine. Qu'en pensez vous?
Je ne pouvais qu'être impressionné par le remarquable raisonnement de Sarah. De plus, sans être un festin, un demi-litre de sang représentait une quantité suffisante pour apaiser ma faim. Aussi, je lui répondis :
"Voilà un plan fort judicieux dans lequel nous pouvons trouver chacun notre compte. Je suis d'accord pour agir selon vos instructions.
- J'ai d'abord une question importante à vous poser : est ce que, lorsque vous mordez vos victimes, vous pouvez contrôler le volume de sang que vous leur faites perdre?"
Au cours des derniers mois, j'avais pu observer la manière dont André et les autres adaptaient le lieu et la durée de leurs morsures, afin de pouvoir maintenir en vie leur victimes et ainsi prolonger leurs tortures.
"Oui, je le peux.
- Parfait. Dès que j'aurai fini de prendre quelques dispositions, nous pourrons procéder. "
Sarah se rendit d'abord à la cuisine, où elle se prépara un bouillon de légumes salé et des sandwichs au jambon, m'expliquant que cette collation lui permettrait de récupérer rapidement le volume de liquide que je lui prendrais et de reprendre des forces. Je la vis ensuite apporter au salon un flacon de désinfectant, des compresses et des pansements, puis étaler un grand drap sur le canapé. Ensuite, elle se rendit dans sa chambre, afin de se changer pour porter une tenue plus confortable. A ma grande surprise, je la vis revenir simplement vêtue d'un pantalon léger et de son soutien-gorge. Elle justifia ce choix vestimentaire afin d'éviter que le sang ne salisse ses vêtements, mais je soupçonnai que cela dissimulait un autre motif qu'elle n'osait encore m'avouer. Elle s'assit sur le canapé et me signifia :
"Voilà, je suis prête. Pour commencer, pouvez vous appliquer un peu de désinfectant au niveau du site de la morsure?"
Après avoir inspecté le corps de Sarah, je repérai une veine superficielle au niveau du bas du cou, qui fournirait le débit idéal de sang, et j'appliquai la compresse imprégnée de désinfectant sur cette zone.
Juste avant la morsure, la jeune infirmière me transmit une dernière instruction:
"Lorsque vous aurez terminé de boire mon sang, n'oubliez pas de bien appuyer au niveau de la plaie pour freiner l'hémorragie. Vous devrez maintenir la pression pendant quelques minutes, le temps que l'hémostase s'effectue, puis vous assurer que le sang ait bien cessé de couler"
Après lui avoir indiqué que j'avais bien reçu le message, je m'installai confortablement sur le canapé, et je repris mon apparence vampirique. J'approchai doucement mon visage de son cou, puis enfonçai mes crocs dans sa chair. Mais, à la différence de mes victimes précédentes, je pris soin d'y aller en douceur, afin d'éviter de lui causer une blessure trop profonde. Immédiatement, je sentis un délicieux flux de sang frais  qui s'écoulait lentement de la plaie que je léchai avidement. Tandis que je prenais mon repas, je tournai les yeux afin d'observer la réaction de ma victime. Je constatai avec surprise que les traits du visage de Sarah s'étaient complètement détendus, avec une expression indiquant qu'elle ressentait du plaisir. Je continuai pendant quelques minutes à me délecter du précieux liquide écarlate, puis, dès que j'estimai que j'avais atteint le quota convenu, je stoppai l'hémorragie selon les instructions qui m'avaient été fournies. Ensuite, j'appliquai le pansement sur la plaie de la jeune femme. Celle-ci se tourna vers moi et me sourit, et, à cet instant, j'éprouvai la plus grande joie que j'avais jamais ressentie depuis ma transformation en vampire. Je réalisai à cet instant que le sang humain issu d'une victime consentante constituait le plus exquis des repas que l'on puisse imaginer, en particulier parce que de cette manière, la morsure, au lieu de constituer un acte de violence, devenait un moment de complicité et de plaisir partagé entre la proie et son prédateur. Sarah ne s'était pas contentée de sauver sa vie : elle m'avait littéralement appris une autre manière d'être un vampire qui correspondait bien mieux à ma sensibilité et à mes désirs les plus profonds, et je lui en étais profondément reconnaissant. Je ne pouvais plus imaginer de tuer un être humain pour boire son sang à présent que je disposais de cette si magnifique alternative. Reprenant mon apparence humaine, je souris à mon tour à la jeune femme, et nous restâmes quelques instants à nous regarder ainsi en silence. Ensuite, nous nous rendîmes tous deux à la cuisine afin que Sarah prenne sa collation.

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