Réminiscences du passé et nouvelles rencontres : partie 2
3) La transformation d'Henry
"Tout a commencé il y a un peu plus de trente ans. A cette époque j'étais un jeune scientifique passionné par mes travaux de recherche en biologie métabolique. Un soir d'automne, alors que je sortais d'une séance de cinéma, je rencontrai un jeune homme qui engagea la conversation avec moi, d'abord sur le film qui avait été projeté, puis sur des sujets divers. Nous passâmes un moment très agréable ensemble : mon interlocuteur écoutait avec intérêt ce que je lui racontais et toutes ses interventions se révélaient pertinentes et passionnantes. Il me proposa alors de nous revoir le lendemain soir afin qu'il me présente à ses amis, et j'acceptai avec plaisir. Nous fixâmes ensemble le lieu et l'heure du rendez vous. A l'époque, j'ignorais totalement l'existence des vampires et autres créatures de la nuit, et je n'avais aucun motif réel de méfiance, car ma tenue n'indiquait aucun signe de richesse qui eût pu attirer des voleurs.
Le lendemain soir, je veillai à être ponctuel au lieu de la rencontre, et je retrouvai en effet mon nouvel ami, qui répondait au nom d'André. Il était accompagne de trois amis, deux garçons et une fille à qui il me présenta. Je leur proposai de prendre ensemble un verre dans un bar, et ils acceptèrent, à condition de le prendre en terrasse. Le temps était plutôt doux pour la saison, donc je ne m'étonnai pas plus que cela de cette requête. Nous passâmes ensemble un moment fort plaisant, d'abord sur la terrasse, puis en nous promenant en ville : André et ses amis se révélaient de joyeux compagnons pleins d'esprit et de répartie, et je me sentais très à l'aise en leur compagnie. J'étais tellement absorbé par ma conversation avec eux que je ne me rendis pas compte que notre promenade nous avait entraîné dans un lieu complètement isolé. A ce moment, nous nous arrêtâmes et André dit à ses compagnons:
"A présent, il est temps de dîner : vous pouvez en prendre un peu, mais vous me laissez le principal"
Je ne comprenais pas ce qu'il racontait, car nous n'avions rien apporté à manger. C'est alors que je vis les visages de mes quatre compagnons se transformer, prenant l'apparence monstrueuse du vampire que vous connaissez bien. Mais à cet instant, j'étais complètement terrorisé, comprenant trop tard que j'allais devenir la victime de ces horribles créatures. Et en effet, je sentis bientôt plusieurs pairs de crocs s'enfoncer dans mes chairs, sans que je puisse me défendre, car complètement dépassé par le nombre et victime de l'effet de surprise. Mais bientôt, André, leur chef, leur ordonna de s'éloigner, s'empara de moi à son tour et me mordit à son tour. Je me sentis m'affaiblir de plus en plus à mesure que je perdais mon sang, et j'étais au bord de l'évanouissement lorsque je vis mon agresseur se trancher les chairs avec un petit couteau, et mettre ma bouche devant la plaie béante, me forçant à avaler le sang qui en dégoulinait. Peu après, je perdis connaissance.
Quand je revins à moi, j'étais allongé dans une cave à peine éclairée, dévoré par une terrible faim. Je ne parvenais même pas à faire attention au lieu dans lequel je me trouvais, ou les personnes qui se trouvaient dans la même pièce que moi : tout mon organisme ne désirait qu'une chose, apaiser cette faim. Un pur instinct me guida vers la source de sang qui pourrait me nourrir, et je me jetai sur le premier humain que je vis, enfonçai mes crocs dans ses veines et but sans m'arrêter jusqu'à ce que je fus enfin rassasié. Lorsque je repris complètement mes esprits, je reconnus les quatre monstres qui m'avaient agressé, mais surtout, en palpant mon visage, je réalisai avec terreur que j'étais devenu comme eux. Quant à l'homme que j'avais mordu, il gisait pieds et poings liés sur le sol, mort.
André me révéla alors qu'il avait tant apprécié ma compagnie qu'il avait décidé de me transformer en vampire, comme lui. Il m'expliqua alors les caractéristiques de ma nouvelle nature, mes forces, et mes vulnérabilités. Mais surtout, il me fit comprendre qu'à présent, je ne faisais plus partie de la société des humains que je devais à présent considérer comme des proies dont je devais me nourrir. D'ailleurs, il m'avait exprès apporté cet homme pour mon premier repas.
- Quelle mort affreuse pour ce malheureux, se désola Mina, horrifiée. Déchiré comme cela par un vampire affamé.
- En effet confirmai-je; et je devine aisément qu'André et ses amis se sont régalés de le voir attaqué par un monstre incapable de contrôler son appétit. Et pourtant, je puis t'assurer qu'il ne fut pas celui qui connut la fin la plus horrible : au moins, son agonie fut brève.
- Que veux tu dire par là? demanda Lucie.
- André et ses compagnons ne se contentaient pas de tuer les humains pour boire leur sang: ils prenaient aussi un malin plaisir à les torturer, autant physiquement que psychologiquement, tirant leurs jouissances des souffrances de leurs victimes, se délectant de leurs supplications, de leurs hurlements de douleur. Ils jouaient ainsi avec ces malheureux comme un chat avec une souris, prolongeant leurs tourments aussi longtemps que possible : parfois, ils pouvaient les maintenir en vie pendant trois jours. Inutile de vous dire ce qui arrivait à leurs victimes féminines, avant leur mort.
- Et... te joignais tu à l'époque à de telles ... réjouissances? Et y as tu pris un jour du plaisir?
- Si cela peut vous rassurer, dès le début, je détestai ces abominables violences et fis tout mon possible pour y participer le moins possible. Si j'avais accepté le fait que je devais tuer des humains pour survivre, je réprouvais la cruauté de leur faire subir des souffrances inutiles. Et cela d'autant plus que, pour attirer nos proies, nous faisions connaissance avec elles, et je ne pouvais m'empêcher de ressentir un profond malaise en sachant que j'allais tuer ces êtres avec lesquels j'avais eu le temps de sympathiser. Mais, bien entendu, je ne laissais rien paraître de mes sentiments auprès de mes compagnons. Depuis que j'étais devenu vampire, coupé à jamais de mon ancienne vie, je n'avais d'autre choix que de rester avec eux, n'ayant nulle part ailleurs où aller. De plus, s'ils se révélaient horriblement brutaux envers leurs proies, ils me traitaient comme leur camarade, et je ne pouvais m'empêcher de leur en être reconnaissant. Ainsi, pendant plusieurs mois, je fus complice de leurs abominables crimes, me contentant, lorsque cela était possible, d'abréger les souffrances de certaines de nos malheureuses victimes.
Jusqu'à cette soirée fatidique qui devait complètement bouleverser le cours de mon existence.
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