L'étrange aventure de Mélanie : partie 8

8) Premier contact avec un vampire

Pendant le repas, notre principal sujet de conversation porta sur Henry, l'ami vampire de Mina et Jonathan. A présent que je connaissais la vérité, mes collègues profitaient pleinement de cette opportunité de parler d'une personne qui était si chère à leur coeur. Ils ne tarissaient pas d'éloges sur sa gentillesse, sa délicatesse, son ouverture d'esprit, son intelligence, son caractère joueur et ses qualités de cuisinier. Mais je compris mieux un tel panégyrique lorsque Mina me raconta sa première rencontre avec Henry, qui s'était déroulée lors de cette fameuse nuit au cours de laquelle elle était apparue en ville sous sa forme de louve. Après avoir couru à travers la cité, elle était parvenue à se cacher, épuisée, derrière un arbre, dans une zone isolée. C'est à cet endroit que Henry l'avait trouvée, et, tirant parti de sa faculté de communiquer avec les animaux, l'avait rassurée et lui avait permis de se réfugier dans sa maison. Lorsque, le lendemain, le vampire avait découvert sa véritable nature, il lui avait proposé l'hospitalité pour le reste de la période de pleine lune. De plus, faisant confiance à leur ouverture d'esprit, il avait révélé la vérité à ses amis Lucie et Jonathan et demandé leur assistance pour lui venir en aide pendant cette période délicate, ce qu'ils avaient accepté sans hésitation. Ainsi commença une grande histoire d'amitié dont j'avais pu constater au quotidien les effets bénéfiques sur ma collègue. Mina ne pouvait qu'éprouver une profonde reconnaissance pour Henry qui, non seulement l'avait protégée au moment où elle en avait le plus besoin, mais qui avait aussi contribué à briser son isolement qui la faisait tant souffrir. Par contre, lorsque j'interrogeai Jonathan sur les circonstances au cours desquelles il avait fait connaissance avec le vampire, il se révéla bien moins loquace, se contentant de me répondre qu'il lui avait été présenté par Lucie. Je devinai qu'il ne souhaitait pas entrer dans les détails de cette première rencontre, et n'insistai pas. 
Intriguée, mais aussi émue par tous ces récits, je ressentis le désir de faire connaissance à mon tour avec Henry, même si je demeurais un peu intimidée par sa nature vampirique ; je fis part de ce souhait à mes hôtes. Mina me répondit que Henry avait déjà donné son accord de principe, et me proposa de m'inviter à nouveau à dîner chez elle le surlendemain soir, afin de faire les présentations. Je demandai à mes hôtes l'autorisation d'amener Philippe avec moi, en leur expliquant qu'il en savait autant que moi sur tout ce qui les concernait, et que je répondais de lui comme de moi-même. Comprenant que mon compagnon avait fait preuve de la même discrétion que moi à leur égard, ils y consentirent.
Le surlendemain soir, vers huit heures, Philippe et moi nous rendîmes au domicile de Mina, qui nous y attendait en compagnie de ses autres invités, Jonathan et Lucie. En revanche, leur ami vampire ne semblait pas encore présent. Mina nous expliqua que Henry arriverait dans une vingtaine de minutes, car il préférait attendre la nuit noire avant de sortir de chez lui. Aussi, elle nous proposa que nous nous mettions à table à l'instant. Philippe et moi ne pûmes réprimer une certaine gêne à commencer le dîner en l'absence d'un des invités, mais Jonathan nous expliqua que ce serait au contraire un signe de courtoisie à l'égard de Henry. En effet, il ne pouvait profiter pleinement de la convivialité d'un dîner, du fait de son régime alimentaire exclusivement à base de sang et ce d'autant plus que, par délicatesse, il ne souhaitait pas prendre son repas devant nous, craignant de nous couper l'appétit. Aussi, il avait décider de se restaurer avant de venir nous rejoindre; nous pouvions donc faire de même. Bien que déconcertés par cette conception fort insolite du savoir-vivre, Philippe et moi fûmes convaincus par la logique de l'argumentation de Jonathan, et nous commençâmes tous ensemble le repas. Alors que nous étions en train de prendre le plat de résistance, la sonnette retentit, et Mina se leva pour ouvrir la porte. Bientôt, elle revint au salon en compagnie d'un  homme paraissant la trentaine, aux traits fins, à la peau très pâle, vêtu d'une chemise blanche ainsi que d'une veste et d'un pantalon noirs, tenant de ses deux mains un sac qui semblait contenir un plat. Je devinai que le nouvel arrivant n'était autre que le fameux Henry, ce que Mina nous confirma lorsqu'elle nous le présenta, tenant un miroir afin de nous montrer l'absence de reflet de son ami et ainsi lever le moindre doute dans notre esprit sur sa nature vampirique. Le jeune homme expliqua qu'il avait décidé d'apporter le dessert, sortant de son sac un plat à tarte couvert que Mina prit et amena à la cuisine. Ensuite, Henry s'installa à table à nos côtés, et, même s'il ne prit ni nourriture, ni boisson, se joignit néanmoins à notre conversation, au cours de laquelle Philippe et moi découvrîmes un homme spirituel, très poli et souvent drôle. Mais le trait de caractère qui nous marqua le plus chez lui se révéla incontestablement sa profonde réticence à émettre un jugement, surtout négatif sur des personnes qu'il ne connaissait pas, lorsque celles-ci constituaient le sujet de la discussion. Nous appréciâmes beaucoup cette répugnance devant toute médisance qui révélait une personnalité d'une grande bonté. 
A la fin du repas, Mina amena à table le plat que Henry lui avait apporté, et lorsqu'elle en souleva le couvercle, je fus agréablement surprise de constater qu'il contenait mon dessert préféré : une tarte aux pommes et au confit de vin rouge. Le vampire nous expliqua qu'il avait eu l'idée de préparer ce gâteau du fait de mes origines berrangelles. Je fus touchée par cette attention, et, lorsque je commençai à déguster ma part, je ne pus que reconnaître que la réputation de chef cuisinier de Henry n'était en aucun cas usurpée : sa tarte n'avait rien à envier à celle que me préparait ma mère lors des repas de famille. D'ailleurs, tous les convives semblaient apprécier le dessert autant que moi ;  en quelques minutes, il n'en resta plus une miette. Nous complimentâmes tous le vampire pour sa contribution au dîner, et je fus amusée de constater un très discret rougissement de ses joues si pâles. Nous décidâmes ensuite de rejoindre le salon pour poursuivre la soirée. 

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