L'étrange aventure de Mélanie: partie 7

7) Invitation, explications et réconciliation

Le lendemain soir, je me rendis chez Mina qui m'accueillit chaleureusement et me conduisit au salon où Jonathan s'était déjà installé. Nous nous assîmes tous les trois devant un verre de limonade afin de discuter ensemble. Mina entra immédiatement dans le vif du sujet:
"Mélanie, nous tenons d'abord à encore nous excuser de notre comportement envers toi ces trois dernières semaines, et nous te devons des explications. Mais au préalable, autant que je te le dise tout de suite : tes théories étaient justes : je suis effectivement une loup-garou, et les tubes de sang que Jonathan emporte du laboratoire presque tous les soirs sont effectivement destinés à un ami vampire qui en boit le contenu. Mais je devine que tu t'attendais à cette confirmation de notre part.
- En effet, admis-je. Et pourtant, même si je sais que c'est vrai, j'ai encore du mal à croire que de telles créatures existent, et en plus que tu en sois une.
- Précisément, continua Jonathan. La plupart des gens ne sont pas prêts à y croire, et ce scepticisme est notre principal atout pour nous protéger. Tu sais déjà que mon habitude d'emmener des tubes de sang pour les rapporter vidés et propres le lendemain est un grand sujet de blagues au laboratoire, dont la plupart utilisent le thème du vampire. De même, tu n'es certainement pas la première à avoir constaté que les jours de congés mensuels de Mina coïncident avec la pleine lune. Mais lorsque les collègues évoquent la théorie du vampire ou du loup-garou, ils le font toujours sur un ton léger, car, au fond d'eux mêmes, ils n'y croient pas. Aussi, nous n'avions pas de sujet d'inquiétude lorsque par hasard, nous les entendons plaisanter à ce sujet.
Mais quand, l'autre jour, tu a évoqué la théorie du vampire et du loup-garou avec moi, la situation était complètement différente. D'abord, tu n'avais jamais abordé le sujet auparavant, même en plaisantant avec les collègues. Et la première fois que tu le fais, tu choisis d'en parler directement avec moi, en jugeant la discussion suffisamment sérieuse pour qu'elle se déroule dans le cadre d'une conversation privée. Or, la dernière personne au laboratoire qui avait pris au sérieux les histoires de livraisons de sang à un vampire n'avait été qu'autre que Mina, pour des raisons évidentes. Et encore, elle n'avait jamais osé évoquer le sujet avant que nous ne découvrions la vérité sur elle. Par contre, de ton côté, tu as longuement raconté en détail tous les faits qui permettaient de déduire que Mina pouvait être une loup-garou, ainsi que le véritable objectif de mes transports de tubes de sang. Et je pouvais d'autant plus légitimement penser que tu croyais en ces déductions, puisque tu avais discuté longuement du sujet avec ta famille, en particulier ton père qui serait parvenu à te faire surmonter ton propre scepticisme. En effet, en tant que berrangeau, il s'était révélé plus ouvert aux explications surnaturelles, à cause de l'histoire du manoir des comtes de Berraine. Je dois reconnaître qu'en t'écoutant deviner la vérité à l'aide d'une argumentation aussi solide, je fus pris de peur. Aussi, j'ai commencé par tenter de créer le doute en toi, en traitant toutes ces théories par le mépris, comme des propos de personnes ayant perdu la raison. Même si je doutais déjà de l'efficacité d'une telle tactique, je n'avais pas trouvé de meilleure option. Mais à ce moment, de nombreuses interrogations tourmentaient mon esprit : pourquoi tu me racontais cela? Quelles étaient tes intentions? Et je ne pouvais pas directement t'interroger, car je savais que je ne pourrais pas me fier aux réponses que tu me donnerais.  Aussi, quelques instants après ton départ, je contactai Mina et mes autres amis afin de nous rencontrer le soir même afin de discuter de notre entretien ensemble et de la marche à suivre en conséquence.
- Je dois admettre que le récit de Jonathan nous a tous profondément troublés, et nous partagions tous ses craintes. Tu semblais avoir deviné toute la vérité, et nous ignorions le but que tu poursuivais en nous révélant tes intuitions. Tes intentions étaient elles innocentes, ou avais tu de mauvais desseins à notre égard?  La réponse à cette interrogation pouvait constituer, entre autres pour moi, une question de vie ou de mort, et nous n'avions aucun moyen de la connaître à court terme. Par contre, nous savions tous que nous ne pouvions poursuivre notre relation amicale avec toi à ce moment, car ta simple présence nous mettrait alors mal à l'aise, puisque nous devrions alors rester en permanence sur nos gardes. D'où notre décision de rompre le contact avec toi dès le lendemain. Ensuite, la seule chose qui nous restait à faire consistait à attendre les évènements.
- Et, à notre grand soulagement, nous constatâmes qu'il ne se passa rien de particulier pendant les jours qui suivirent, poursuivit Jonathan. Aucun élément n'indiquait que les conversations sur mes transports de sang ou les congés de Mina allaient au delà des plaisanteries habituelles. Pendant quelques jours, j'eus l'angoisse d'être suivi après avoir quitté le laboratoire avec mes tubes et, tandis que je conduisais, je surveillais attentivement les véhicules derrière moi; mais là encore, je n'observai rien qui ne sorte de l'ordinaire. Bien sûr, au laboratoire, tous avaient constaté la brouille entre nous, mais personne ne semblait en connaître le véritable motif.
Je dois aussi admettre que ton attitude pendant cette période a aussi contribué à nous rassurer. Même si en souffrais, tu respectais notre décision et tu ne faisais aucune tentative pour nous persuader de reprendre notre relation comme avant, même si tu disposais d'un immense instrument de chantage pour nous y contraindre. Un autre élément plaidait en ta faveur : tu résistais autant que nous aux tentatives de collègues bien intentionnés, mais mal informés, de nous réconcilier, et tu leur donnais le même motif pour expliquer la fin de notre amitié : une dispute privée qui ne concernait personne d'autre que nous. Tu semblais ainsi démontrer une remarquable compréhension de notre position.
- Au bout d'une semaine, continua Mina, nos craintes commençaient à s'estomper, et tu as peut être constaté une évolution dans notre attitude à ton égard. Mais nous n'étions pas encore complètement rassurés, car il nous fallait d'abord découvrir ce qui se passerait pendant la période la plus critique : mes congés mensuels au moment de la pleine lune, et les quelques jours qui suivraient. Mais là encore, rien. Nous fûmes tous alors convaincus que tu n'avais aucune mauvaise intention à notre égard. En effet, tu disposais de nombreuses occasions pour révéler ce que tu soupçonnais à notre sujet, mais tu as préféré garder le secret, afin d'éviter de nous mettre en danger. Après avoir été témoins de ta loyauté à notre égard, nous regrettâmes de t'avoir traitée aussi durement, et je te supplie au nom de Jonathan et du mien de nous pardonner notre comportement, et de nous accorder à nouveau ton amitié.
- Ma chère Mina, répondis-je, je vous avais pardonné bien avant que tu ne me le demandes; pas un seul instant je ne vous en ai voulu. Comme vous l'avez deviné, je comprenais les raisons de votre attitude, et je savais que je devais vous prouver, non par mes paroles, mais par mes actes, que vous pouviez me faire confiance, et que cela exigerait un certain temps. Et si j'y suis parvenue, je dois en remercier mes parents, car je n'ai fait que suivre leurs sages conseils. Mon amitié vous est bien sûr complètement acquise, et j'affirme même que si elle a été ébranlée par l'épreuve que nous avons traversée, elle en est ressortie plus renforcée que jamais."
A ce moment, Mina s'approcha de moi et me pris dans ses bras, en pleurant de joie, et je l'étreignis à mon tour. Jonathan se contenta de me remercier de mon indulgence à son égard, mais je savais qu'il était profondément ému lui aussi. Un délicieux dîner scella notre réconciliation. 

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