L'étrange aventure de Mélanie : partie 6
6) Des temps difficiles
Et, en effet, lorsque j'arrivai au laboratoire, au lieu de venir me dire bonjour avec le sourire, comme à son habitude, elle m'ignora complètement. Lorsque j'allai à sa rencontre, Mina se détourna de moi non sans m'avoir auparavant lancé un regard d'une telle froideur que j'en eus le coeur brisé. Toute la matinée, elle refusa de m'adresser la parole, et je me gardai bien de l'approcher. Cependant, au moment de la pause déjeuner, elle exigea que je la suive, car elle avait quelque chose d'important à me dire. Quand nous fûmes seules toutes les deux, elle me reprocha d'une voix calme, mais très dure, d'avoir raconté à Jonathan autant d'horreurs sur elle derrière son dos, et ainsi de l'avoir aussi ignoblement trahie. J'eus beau tenter de m'excuser, lui expliquer que je n'avais eu aucune mauvaise intention à son égard, elle ne voulut rien entendre. Elle me déclara qu'à partir de ce jour, je ne devais plus lui adresser la parole, sauf pour des motifs exclusivement professionnels, puis me quitta sans un regard. J'avais été si profondément bouleversée par la colère froide de ma collègue que, dès que je fus seule, je ne pus m'empêcher de pleurer à chaudes larmes. Quelle idée j'avais eue de soulever un sujet aussi délicat! Tout cela parce que j'espérais devenir une amie plus intime avec Mina! Quel succès, ironisai-je avec amertume. A présent, elle me rejetait, et j'étais loin d'être certaine de pouvoir me réconcilier avec elle. Je regrettais déjà mon initiative Seul le souvenir des propos de ma mère, qui m'avait prévenue que je devrais affronter de telles réactions, m'apporta quelque consolation. Peut être qu'avec du temps, la situation s'améliorera entre nous.
Néanmoins, au cours des jours qui suivirent, Mina et Jonathan refusèrent tout contact avec moi. Ils ne m'adressaient jamais la parole, sauf lorsque le travail nous y obligeait, et, dans ce cas, ils me parlaient d'une voix très froide. De mon côté, suivant le conseil de ma mère, je gardai mes distances avec eux, renonçant à toute tentative de réconciliation qui eût été de toute façon inutile. Et pourtant, à une ou deux occasions, je crus surprendre Mina tourner le regard vers moi, croyant que je ne la voyais pas, et, dans son visage, je ne voyais ni haine, ni colère, mais de la tristesse. Je devinais que notre rupture la faisait aussi souffrir, mais, en ma présence, elle n'en laissait rien paraître.
Au bout d'une semaine, je perçus une légère évolution dans l'attitude de Mina et Jonathan. Bien qu'ils continuassent à éviter ma compagnie, ils y montrèrent moins d'insistance, et lorsque nous devions communiquer pour le travail, le ton de leur voix se révélait plus neutre. De plus, quand, de temps en temps, nos regards se croisaient, ils ne cherchaient plus à masquer le regret de notre amitié brisée. Malgré cela, ils n'osaient encore prendre l'initiative d'entamer la conversation avec moi, et je me gardai bien de le faire de mon côté. Quelques jours plus tard, Mina prenait son bref congé mensuel. Mais, trois jours après son retour au laboratoire, j'eus la surprise de voir ma collègue venir me dire bonjour, d'une voix hésitante. Je lui retournai poliment son salut, et il me sembla apercevoir un léger sourire sur son visage juste avant qu'elle ne me quittât pour se rendre à sa paillasse. Ce petit geste de sa part me remplit le coeur de joie, car je devinai que la réconciliation approchait. Et, quelques heures plus tard, Mina et Jonathan me proposèrent de déjeuner avec eux, et j'y consentis avec plaisir. Pendant le repas, ils me firent part de leurs regrets de m'avoir traitée aussi durement au cours des dernières semaines, et me proposèrent, pour se faire pardonner, de m'inviter à dîner le lendemain soir chez Mina. Afin de leur montrer que je n'éprouvais aucune rancune vis à vis d'eux j'acceptai sans hésitation, devinant que cette soirée nous permettrait de pouvoir enfin nous expliquer plus à notre aise.
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