L'étrange aventure de Mélanie: partie 10

10) Le baiser du vampire

Au cours des deux jours qui suivirent, Philippe et moi discutâmes à plusieurs reprises de l'invitation que nous avions reçue. Mon compagnon ne semblait guère enthousiaste à l'idée d'accepter. En effet, même s'il parvenait rationnellement à accepter le concept que Jonathan et ses amis puissent s'amuser par de telles activités, lui-même ne ressentait aucun désir d'y prendre une quelconque part, même en tant que simple observateur. De plus, je savais que Philippe ressentait un profond inconfort à la vue du sang qui ne faisait que renforcer ses réticences. De mon côté, au contraire, ma curiosité avait été vivement piquée par la proposition de Jonathan, et je désirais ardemment lui donner mon accord pour cette soirée. A la différence de Philippe, je montrais bien plus d'attirance pour des pratiques qui sortaient de l'ordinaire. De plus, j'estimais que je me devais de participer aux activités du cercle amical intime de Mina après que celle-ci m'ait fait l'honneur de m'y intégrer. J'affirmai même à Philippe que s'il ne souhaitait pas venir, j'irais seule. Malgré ses réticences, il accepta de m'accompagner, m'affirmant comme justification que même s'il cela ne lui plairait probablement pas, au moins, il s'en assurerait de ses propres yeux. J'avertis Jonathan et Mina que nous acceptions leur invitation, tout en lui faisant part du manque d'enthousiasme de Philippe. Ils me promirent qu'ils prendraient les dispositions nécessaires pour limiter l'inconfort de mon compagnon en cas de besoin.

Quelques jours plus tard, Philippe et moi étions tous deux installés dans le salon de Mina en compagnie de Henry. Peu après notre arrivée, notre hôtesse s'était retirée dans sa chambre en compagnie de Lucie et Jonathan, nous expliquant qu'ils devaient préparer la petite mise en scène qui accompagnait le baiser du vampire. Celui-ci devait en effet se dérouler avant le dîner, car nos amis jugeaient plus prudent que nous assistions à ce spectacle l'estomac vide. Henry profita de ce tête-à tête avec nous pour nous prévenir que même si nous risquions d'être impressionnés, et probablement même effrayés par ce que nous allions bientôt observer, nous devions garder à tout instant à l'esprit que tous les participants avaient donné leur consentement libre et éclairé. De plus, il nous avertit qu'il devait changer la forme de son visage dans le cadre du baiser du vampire, et nous décrivit les changements qui surviendraient afin d'amortir le choc que nous éprouverions. Malgré tout, lorsque le vampire se transforma, nous ne pûmes réprimer un mouvement de frayeur à la vue de son front proéminent, de ses yeux jaunes d'apparence plus cruelle et surtout de ses crocs acérés. Néanmoins, si son visage avait pris une forme plus monstrueuse, sa personnalité n'en était en aucun cas modifiée, et nous continuâmes à discuter avec lui comme si de rien n'était en attendant le retour de nos amis.
Soudain, Mina apparut à la porte du salon et annonça en souriant :
"Henry, ton repas est prêt"
Philippe et moi fûmes quelque peu déconcertés par le terme avec lequel la jeune fille désignait son collègue. Mais ce fut rien à côté du choc que nous éprouvâmes lorsque nous vîmes Lucie, un grand sourire aux lèvres amener au salon un Jonathan torse nu, bâillonné avec un foulard blanc, et solidement ligoté avec des cordes. Pétrifiés de stupeur, nous observâmes les deux femmes emmener le jeune homme au milieu de la pièce, le tenant fermement chacune par un bras tandis qu'il se débattait en poussant de petits gémissements. Elles le firent asseoir sur un tabouret aux pieds duquel elles lui attachèrent les chevilles à l'aide de ruban adhésif, puis contemplèrent leur prisonnier avec une expression de grand amusement sur leur visage, paraissant ravies de voir Jonathan dans une telle position. Puis, Lucie et Mina s'approchèrent de nous, et désignant le jeune homme de la main, déclarèrent d'une voix enthousiaste :
"Bon appétit, Henry"
Elles partirent ensuite d'un grand éclat de de rire, dont je ne pouvais déterminer s'il était dû à leur plaisanterie, ou en réaction à l'expression d'effarement que nous affichions, Philippe et moi, sur notre visage. Les deux, probablement. Le vampire se leva du canapé et se dirigea vers le captif, tandis que Mina et Lucie s'asseyaient à nos côtés. Bientôt, Henry commença à caresser doucement le torse et le dos de son prisonnier, qui le regardait faire avec une expression d'angoisse. Nos amies avaient beau nous assurer que Jonathan, en dépit des apparences, prenait beaucoup de plaisir, le spectacle n'en restait pas moins impressionnant. Philippe semblait paralysé de frayeur. De mon côté, je commençai à sentir en moi la peur faire place à une authentique fascination tandis que je regardais le vampire promener ses mains sur la peau nue du jeune homme. J'étais frappée par la sensualité qui se dégageait de cette scène, et qui s'amplifia encore lorsque Henry se plaça derrière Jonathan et approcha le visage de son cou pour y enfoncer ses crocs. Je fus surprise de constater que c'est au moment où le vampire commença à boire le sang qui coulait de sa plaie que les traits du jeune homme se détendirent et qu'une expression de plaisir commença à se dessiner sur son visage. Le repas se révéla bref, et bientôt Henry éloigna son visage du cou de Jonathan et plaça son doigt sur la plaie afin d'interrompre le flux sanguin, tout en veillant à soigneusement lécher les quelques gouttes qui continuaient de s'écouler. Lucie se leva alors pour chercher un pansement qu'elle appliqua sur le cou du jeune homme dès que la plaie eût terminé de saigner, avant de le détacher et de lui retirer son bâillon. Jonathan se leva alors de son tabouret pour s'installer sur un fauteuil, afin de pouvoir récupérer de cette incroyable expérience.  Mais à peine quelques minutes plus tard, il se leva à nouveau, paraissant complètement remis, et nous rejoignit pour nous parler:
"Eh bien, j'espère que le spectacle de mon petit supplice ne vous aura pas trop impressionné"
Mais, lorsqu'il vit la figure effarée de Philippe, il s'adressa à moi d'un ton préoccupé :
"Ton compagnon semble complètement en état de choc. A le voir, on croirait que c'était lui, et pas moi, qui avait été attaché à ce tabouret. Ce n'était peut être pas la meilleure idée qu'il se soit joint à nous ce soir"
C'est alors que Philippe, que la voix de Jonathan semblait avoir tiré de sa stupeur, répondit d'une voix calme:
"Ne vous inquiétez pas pour moi, je vais rapidement me remettre. De plus, vous n'avez rien à vous reprocher, vous et vos amis. J'ai fait le choix de venir et je l'assume complètement. Je dois néanmoins admettre que ce genre de jeux n'est absolument pas fait pour moi.
- Nous comprenons aisément que nos plaisirs ne sont pas accessibles à tout le monde, répondit Jonathan. Mais à présent, c'est l'heure du dîner. Rien de tel qu'un bon repas pour se remettre d'aplomb. Surtout que nous avons pris l'initiative de vous préparer des coquelets cuits au four accompagnés de pommes de terre, d'oignons et de châtaignes. Mélanie nous a révélé que c'était votre plat préféré".
Et, en effet, je vis le visage de mon compagnon s'éclairer devant la perspective d'un tel menu. Si étranges que soient nos amis, leur bon coeur ne faisait aucun doute.
C'est alors que Mina me demanda:
"Et toi, Mélanie? Qu'est ce que tu en a pensé?
- J'ai trouvé que c'est une expérience fort intéressante, lui répondis-je. En tout cas, cela change des activités habituelles lors des soirées entre amis"
Cette remarque fut suivie d'un grand éclat de rire de la part de nos hôtes. Même Philippe ne put s'empêcher d'en sourire.
Quelques minutes plus tard, nous étions tous attablés pour le dîner. Nous partageâmes un grand moment d'amusement lorsque Henry apporta à Jonathan une portion de boudin noir en guise d'entrée. Et lorsque le plat de résistance fut servi, Philippe le dégusta avec grand appétit, ayant complètement retrouvé sa bonne humeur habituelle. Mais, tandis que nous nous restaurions, je repensais à nouveau à cet incroyable moment que Jonathan et Henry avaient partagé ensemble, et une envie profonde montait en moi de vivre aussi cette expérience si intense et sensuelle. Bien sûr, je n'osais l'évoquer en présence de Philippe, mais je me promis d'en discuter à la première occasion avec Mina.

Commentaires

Posts les plus consultés de ce blog

Les exploits héroïques du preux chevalier Roland : partie 27

Les exploits héroïques du preux chevalier Roland : partie 43

Les exploits héroïques du preux chevalier Roland : partie 42