L' étrange aventure de Mélanie : partie 1
1) Introduction
Je me souviens encore que j'avais dit à mes parents, le jour du départ du foyer familial en Berraine pour faire mes études de technicienne dans la grande ville, que la grande aventure de la vie allait commencer pour moi. Mais, à ce moment, j'étais bien loin d'imaginer les rencontres et évènements étranges que j'ai vécus au cours de ces derniers mois.
Je travaillais depuis deux ans au laboratoire comme technicienne à plein temps lorsque Mina fut engagée. Dès son arrivée, sa personnalité me frappa au plus haut point. Je n'avais jamais rencontré une collègue aussi taciturne et asociale. Bien que j'appréciasse beaucoup de travailler avec elle, car elle se révélait compétente, serviable et toujours très aimable, je ne parvenais pas, malgré mes efforts, à engager une vraie conversation avec elle :si elle acceptait volontiers de m'écouter lorsque je racontais ma vie, dès que je tentais de m'intéresser à la sienne, elle se contentait de répondre qu'elle n'aimait pas discuter de sa vie privée, pour ensuite garder le silence. Mais je n'arrivais pas à lui en vouloir, car à ces moments, je lisais une grande tristesse sur son visage : j'imaginais qu'elle devait avoir vécu des expériences bien malheureuses dont elle ne souhaitait pas parler. D'ailleurs, au cours des premiers mois pendant lesquels elle travailla au sein de notre équipe, je ne l'ai jamais vue montrer une quelconque expression de joie véritable : elle semblait se forcer chaque fois qu'elle nous souriait. De plus, Mina montrait la même attitude avec toute l'équipe : dès qu'elle le pouvait, elle nous évitait, comme si elle avait peur d'entrer en relation avec qui que ce fût. Cela m'affligeait profondément, car, lorsque nous avions l'occasion de travailler toutes les deux, je lisais dans ses yeux que son choix de l'isolement la faisait souffrir au fond d'elle-même. Je parlais souvent de Mina avec mon compagnon Philippe, le soir à la maison. Je me désolais d'être incapable de l'aider, et il m'écoutait patiemment ; parfois, il me suggérait quelques idées afin de me rapprocher de ma collègue, mais ses conseils se révélaient hélas, complètement inutiles. Mina semblait touchée par ma sollicitude, mais c'était une bien piètre consolation de mes échecs.
Pourtant, quelques mois plus tard, le comportement de ma collègue se modifia radicalement, et je dois admettre que les circonstances qui entraînèrent ces changements me laissèrent fort perplexe. Depuis quelques jours, Jonathan, notre ingénieur informatique avait pris l'étrange habitude d'emporter des échantillons de sang la veille du jour prévu de leur destruction, ramenant les tubes vidés et nettoyés le lendemain. Mina semblait fascinée par cette histoire, et je la vis bientôt se rapprocher du jeune homme en déployant des efforts que je ne l'avais jamais vus faire auparavant : par exemple, alors qu'auparavant, elle mangeait toujours seule, à présent, elle le rejoignait au réfectoire. Bientôt, Mina et lui devinrent presque inséparables; elle allait même jusqu'à lui apporter elle-même les tubes de sang qu'il emportait ; je peux aisément me rappeler de l'époque où leur relation s'approfondit, car cela survint juste après la nuit où un loup était apparu dans notre ville. Même si je ressentais une certaine frustration en le voyant réussir là où j'avais échoué, malgré tous mes efforts, je ne pouvais que me féliciter de l'amitié entre Jonathan et Mina. En effet, non seulement ma collègue paraissait bien plus heureuse qu'auparavant, mais surtout, elle se montrait moins réticente à se rapprocher de nous. Même si elle restait encore assez réservée, elle recherchait plus souvent notre compagnie, participait aux moments de convivialité de l'équipe. Mais surtout, elle se montra bien plus ouverte à mes tentatives pour engager une relation avec elle, et je pus progressivement tisser un lien d'amitié avec ma si touchante collègue. Au bout de quelques semaines, je lui proposai de l'inviter chez moi à dîner, et, à ma grande surprise, elle accepta, à condition qu'elle pût amener Jonathan à la maison avec elle. J'y consentis, et nous passâmes tous les quatre une fort agréable soirée. Ainsi, au cours des mois qui suivirent, nous dînâmes occasionnellement ensemble, soit chez moi, soit chez elle, en compagnie de Jonathan et Philippe. Un soir, alors que j'étais invitée chez elle, Mina me présenta à une des ses amies, Lucie, une scientifique; difficile de croire que c'était la même jeune fille qui, quelques mois plus tôt, refusait de parler à qui que ce soit. Néanmoins, je sentais que ma collègue maintenait encore
une certaine distance avec moi. Si elle consentait plus volontiers à partager des moments de convivialité avec Philippe et moi, elle conservait encore son mutisme lorsque je tentais de la faire parler d'elle ; par exemple, après m'avoir raconté qu'elle allait partir en vacances en Berraine avec
Lucie et Jonathan, elle refusa d'en discuter plus longuement avec moi,
alors qu'elle savait que je venais de cette région. Je ne semblais pas bénéficier pas de la
confiance que ma collègue semblait leur accorder, au point de passer
plusieurs semaines avec eux. Je devinais aisément que le changement spectaculaire de ma collègue était liée à l'amitié qu'elle avait construite avec eux, mais je ne parvenais pas à m'expliquer pourquoi elle parvenait à s'ouvrir à eux, et non à moi.
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