Vacances à la campagne : une nouvelle aventure de Lucie et ses amis : partie 23

23) Dîner au manoir avec Mathias : partie 3

Notre ami s'était surpassé pour nous préparer ce repas. Nous dégustâmes en entrée un velouté de lentilles vertes. Le plat de résistance consista en du canard à la sauce aux champignons, accompagné d'un bon vin rouge. Nous poursuivîmes ce festin par une salade au fromage de chèvre. Une tarte aux pommes et au confit de vin rouge conclut ce mémorable dîner. Les qualités de chef cuisiner d'Henry achevèrent de lui gagner la confiance de Mathias. Les spectres nous racontèrent que notre ami vampire s'était levé dès le début de l'après midi pour s'enfermer à la cuisine et préparer tous ces plats.  Tandis que nous mangions, Henry assurait le service, ce qui ne l'empêcha pas de s'installer à nos côtés pour participer à notre conversation. Mathias se désolait que notre ami vampire n'ait pas pu profiter des beautés de la Berraine, mais Henry le rassura rapidement, en lui indiquant qu'il avait eu l'opportunité de découvrir à sa manière la région lors de ses parties de chasse, au cours desquelles il couvrait souvent des distances considérables. De plus, il nous assura que ses sens de vampire lui permettait de découvrir la vie des forêts et campagnes de manière bien plus approfondie que ne le pourraient des humains. Chaque nuit lui apportait de nouvelles surprises, et lui-même regrettait de ne pouvoir partager ces moments avec ses amis. Après le dîner, nous nous installâmes au salon pour continuer notre conversation. Mathias ne put s'empêcher de demander si notre ami vampire avait été tenté de mordre ses amis humains pour leur boire leur sang. Très amusée par cette question, je lui répondis qu'Henry nous mordait régulièrement tous les trois pour boire notre sang, mais toujours en veillant à notre sécurité, en ne prenant que la quantité compatible avec le maintien de notre bonne santé. Ces morsures constituaient de grands moments de complicité entre nous, et entretenaient notre amitié avec lui. Notre guide ne put s'empêcher d'exprimer une certaine perplexité devant nos propos; mais l'atmosphère chaleureuse du manoir contribua à lui faire accepter les éléments les plus insolites de notre mode de vie.
Après quelques minutes de discussion sur des sujets plus anodins, je me décidai à aborder avec notre guide le sujet sensible de la soirée :
"Mathias, ne pensez vous pas qu'il serait temps d'évoquer le motif clé de notre visite parmi nous?
- Euh... c'est pas aussi facile que ça en a l'air; c'est quand même un peu délicat.
- De quoi discutez vous? s'étonna Louis. De quoi s'agit il?
- Vous pouvez en parler, Mathias, lui dit gentiment Mina. Vous n'avez que des amis autour de vous."
Notre invité resta silencieux quelques instants. Puis, affrontant sa timidité, il déclara.
"Voilà. Vous d'vez savoir que l'une des raisons qui fait que je sois venu ici ce soir, c'était parce que je voulais d'puis longtemps vous rencontrer, m'sieur Louis, vous et votre famille.
- Vraiment? s'étonna le spectre. J'admets que vous me surprenez. Et pourquoi cela?
- Parce que, vous savez, ma pauvre mère, elle vous a bien connus, elle vous aimait bien, et que j'avais envie de connaître ceux qui ont été ses amis.
- Votre mère? s'interrogea Maria. Qui était-elle?
- Elle s'appelait Madeleine, et elle était domestique au manoir y a un peu plus de cinquante ans."
L'évocation de ce nom sembla éveiller des souvenirs aux trois spectres, car l'expression de leur visage passa de la perplexité à la compréhension.
"Oui, bien sûr que nous nous souvenons d'elle, lui assura Louis. Voilà qui explique bien des choses. Donc, vous êtes son fils.
- Nous aurions dû nous en douter plus tôt! s'exclama à son tour Maria. Nous savions que le nom du guide de nos amis nous évoquait des souvenirs, mais nous n'arrivions pas à nous rappeler lesquels. Mais maintenant, tout s'éclaircit. Combien de fois votre mère a prononcé ce nom devant nous, en nous disant entre deux sanglots "Si j'supporte tout ça, c'est pas pour moi, c'est pour mon p'tit Mathias. Plutôt subir l'enfer que d'le voir avoir faim"
Notre guide eut bientôt les larmes aux yeux en entendant Maria rappeler les propos de sa mère. Je sentis à ce moment que notre présence devenait gênante. Je proposai que Mina, Jonathan, Henry et moi nous rendions à l'étage, afin de pouvoir accorder à Mathias un entretien en tête à tête avec les fantômes pour qu'ils puissent plus librement évoquer un sujet aussi intime. Notre guide fut touché par notre sollicitude, et, quelques instants plus tard, nous quittâmes le salon.
Je jugeai que nous devions nous distraire un peu tandis que notre guide évoquait le passé avec nos amis spectres. De mon côté, je désirais jouer un peu avec Henry, et demandai à Jonathan et Mina s'ils ne voyaient pas d'inconvénient à nous laisser tous les deux seuls et à s'amuser de leur côté. Ils acceptèrent volontiers, et bientôt, je restai en tête à tête avec mon ami vampire dans ma chambre. Je lui demandai s'il voulait bien me capturer et ensuite donner des câlins à sa prisonnière. Bien sûr, il y consentit avec plaisir, et, sortant une paire de menottes du tiroir de ma table de chevet, il s'en servit pour m'attacher les mains derrière le dos. Il me promena ensuite un peu dans les couloirs du premier étage, avant de m'allonger sur mon lit, où il m'enchaîna les chevilles. Ensuite, il s'installa à mes côtés, et commença à me câliner tendrement. Bien entendu, avec mon accord, il me fit une toute petite morsure pour déguster quelques gouttes de mon sang. Nous restâmes ainsi allongés tous les deux pendant près d'une heure, lorsque Mina et Jonathan entrèrent dans la chambre pour nous avertir que nous pouvions revenir au salon. Henry me détacha immédiatement, et nous descendîmes rejoindre nos amis.
A notre arrivée, je constatai que l'expression visage de Mathias révélait combien sa conversation avec les spectres l'avait bouleversé. Sans entrer dans les détails, il nous apprit, d'une voix émue que, grâce à eux, il avait découvert des éléments de la vie de sa pauvre mère qu'elle n'avait jamais voulu lui raconter. Ainsi, il lui semblait mieux la connaître ce soir, et il n'en chérissait que davantage les souvenirs qu'il gardait d'elle. Nous prenant dans les bras l'un après l'autre,  les larmes aux yeux, il nous remercia chaleureusement de l'avoir invité ce soir et de lui avoir ainsi permis de faire connaissance avec les fantômes, car il garderait en mémoire son entretien avec eux jusqu'à la fin de ses jours. Nous n'avions jamais vu Mathias aussi sincèrement ému au point de le manifester par de telles effusions, et nous en étions profondément touchés. Les spectres semblaient aussi avoir été bouleversés en évoquant avec notre guide ces souvenirs souvent douloureux, mais aussi tendres et parfois même drôles de leur passé avec sa mère. De toute évidence, leur conversation leur avait apporté beaucoup de bien à tous, et nous en étions profondément heureux pour eux.
Mais à présent, il était temps de conclure une soirée aussi bien remplie. Nous avions proposé à notre guide de passer la nuit au manoir, et le conduisîmes à la chambre qui avait été préparée à son intention, avant de nous préparer pour le coucher.

Commentaires

Posts les plus consultés de ce blog

Les exploits héroïques du preux chevalier Roland : partie 27

Les exploits héroïques du preux chevalier Roland : partie 43

Les exploits héroïques du preux chevalier Roland : partie 42