Vacances à la campagne : une nouvelle aventure de Lucie et ses amis : partie 12

12) Chasses du présent et du passé

Et, en effet, quelques instants plus tard, Henry, Louis, Victor et Maria nous rejoignirent au salon. Le vampire nous informa que, depuis son réveil en fin d'après midi, il s'était consacré à la préparation du dîner à la cuisine dont les volets des fenêtres avaient été fermées depuis la nuit précédente pour le protéger des rayons du soleil. Nous demandâmes à nos amis comment s'était déroulée la nuit précédente. Henry nous répondit :
"Après votre coucher, je suis sorti dans la forêt pour ma première partie de chasse.
- Wow s'exclama Mina. Est ce que la chasse a été bonne?
- A ma grande surprise, oui. J'ai réussi à attraper un jeune sanglier, et j'ai pris ainsi un repas fort consistant. J'attribue ce succès à la chance du débutant, et surtout, je le soupçonne, à l'effet de surprise de l'animal face à un prédateur inattendue. Voici en détail comment cela s'est déroulé.
Après avoir quitté le manoir, je marchai une heure dans les bois, utilisant mes oreilles et surtout mon nez pour repérer des proies. Après une demi-heure, je sentis une odeur qui me rappelait vaguement celle de porc que je connaissais par mes contacts avec mon ami boucher, mais qui était mixée avec les parfums sylvestres. Je supposai que cette senteur correspondait à celui du sanglier, et je la suivis à la trace dans la forêt en évitant au maximum de faire du bruit. Et bientôt, j'aperçus un petit groupe de sangliers qui semblaient creuser le sol pour chercher de la nourriture. Je me cachai alors derrière des arbustes, et les observai sans faire un mouvement. A ma grande surprise, je vis les animaux se rapprocher de moi, comme si je les attirais. Selon Louis, à qui j'en discutai à mon retour, les bêtes m'auraient pris pour une charogne, à cause du léger relent de mort que je dégageais en tant que vampire. Je repérai parmi elles l'animal le plus petit, et attendis immobile dans ma cachette. Lorsque je jugeai le jeune sanglier suffisamment proche, je m'élançais d'un bond sur lui, et parvins à l'attraper, tandis que le reste de la harde prit la fuite. Après avoir plaqué l'animal au sol, j'enfonçai mes crocs dans ses chairs et perforai une veine de gros calibre. Le sang coula à flots, et je pus ainsi satisfaire ma faim. Je fus surpris d'en trouver le goût meilleur que je ne m'y attendais. Je suppose la fraîcheur du sang compensait un peu sa nature non humaine.  Quelques minutes après, l'animal avait péri, et je creusai un trou pour enterrer la carcasse. Je rentrai alors au manoir et consacrai le reste de la nuit à m'entretenir avec nos hôtes.
- De notre côté, poursuivit Maria, nous nous sommes contentés d'errer dans le manoir, occupant un peu le temps par de la lecture en attendant le retour d'Henry. Mais nous écoutâmes le récit de sa partie de chasse avec beaucoup d'intérêt. Nous fûmes frappés par le contraste entre nos expériences passés et sa technique, plus bestiale qu'humaine.  Nous l'avertîmes néanmoins que s'il avait eu de la chance pour cette fois, les animaux risqueraient d'être plus méfiants à l'avenir.
- Quoi qu'il en soit, conclut Henry, cela reste une première expérience et j'espère continuer à apprendre pour améliorer ma technique."
A ce moment, Louis prit la parole pour changer de sujet :
"A présent, à votre tour de nous raconter comment s'est passée votre journée"
Nous lui racontâmes alors notre visite du village, notamment de sa belle église. Mais surtout, nous lui rapportâmes notre longue conversation avec Mathias, et son récit de l'histoire des comtes de Berraine.
"Et il consacra pas mal de temps à nous parler de vous, continuai-je. Selon lui, votre famille vous aurait rejetés parce que vous aviez abandonné la foi catholique. Mais surtout, il nous raconta vos morts prématurées lors d'une chasse. Et, selon lui, vous n'auriez pas été tués par accident, mais de manière délibérée. Je pense que nous serions tous intéressés de connaître votre point de vue.
- Eh bien, répliqua Louis, votre guide semble en savoir long sur nous et le clan des comtes de Berraine. Cela dit, la thèse de l'assassinat n'est pas une hypothèse, mais une certitude. Trois morts par accident lors d'une même partie de chasse? Pour y croire, il faut vraiment le vouloir. Non, nous avons tous les trois été froidement exécutés, et j'affirme que le tueur qui s'est chargé de cette tâche était un virtuose dans son sinistre métier. J'en juge par la manière dont nous avons été tués.
- Je fus le premier à mourir continua Victor. J'avais mis pied à terre, après avoir entendu un bruit, et, quelques instants plus tard, j'étais mort. Apparemment, j'avais été abattu d'une seule balle qui avait directement atteint le coeur.
- Nous étions partis de notre côté ma femme et moi pour chercher du gibier. reprit Louis. Soudain nous entendîmes une détonation, et, quelques instants après, un énorme sanglier apparut devant nous. L'animal devait être blessé, car, au lieu de s'enfuir à notre vue, il chargea dans notre direction. Terrifiés, nos chevaux se cabrèrent, et nous tombâmes tous les deux au sol. Tandis que nos montures s'enfuyaient, et avant même d'avoir le temps de me relever complètement, l'immense bête enfonça ses défenses dans mes jambes avant de s'enfuir, et, en quelques minutes, je me vidai de mon sang. Quand ma femme arriva à mes côtés, il était déjà trop tard pour me sauver.
- J'assistai ainsi, impuissante, à l'agonie de mon époux. poursuivit Maria Après sa mort, je commençai à pleurer sur son corps. Mon âme était tellement submergée par le chagrin que je ne prêtai pas attention à ce qui se passait autour de moi. Quelques minutes plus tard, je perdis conscience pour la dernière fois de ma vie. Je compris après ma mort qu'un homme s'était approché de moi sans que je ne m'en aperçus et m'avais fracassé le crâne avec une grosse pierre.
- On attribua ma mort à une attaque de sanglier, celle de mon frère à une balle perdue, quant à ma femme, sa tête aurait percuté un rocher lorsqu'elle était tombée de cheval. reprit Louis. Mais je peux affirmer sans le moindre doute qu'un tueur nous suivait à la trace, et, en apercevant le sanglier à proximité de nous, a saisi cette opportunité pour le blesser d'une balle, en sachant qu'il nous apercevrait peu après avoir été atteint et nous attaquerait.
- Cela reste très hasardeux comme tactique, remarquai-je
- Certes, reconnut Maria mais cela lui permettait d'éviter de s'exposer devant deux adversaires, et il gagnait ainsi un allié involontaire, mais efficace. De toute façon, si cela avait échoué, il aurait trouvé une autre méthode pour parvenir à ses fins.
- De toute façon, l'assassin était un tireur d'élite, affirma Louis. Car tuer net d'une seule balle un homme sans être vu, et atteindre un sanglier de manière à le blesser sans le tuer depuis une longue distance suppose un extraordinaire talent. Je suis convaincu que ma famille, et probablement aussi le clergé, ont mis le prix pour se débarrasser de nous."
Le récit de nos pauvres amis fantômes nous glaça d'effroi. Quelles fins horribles pour ces pauvres gens. 

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