Vacances à la campagne : une nouvelle aventure de Lucie et ses amis : chapitre 14
14) Journée de promenade : le secret de Mathias
Après le dîner, nous décidâmes de terminer notre soirée en regardant un film ensemble, que je sélectionnai sur Amaflix grâce à mon ordinateur portable que j'avais connecté à l'écran de la télévision du salon. Nos amis fantômes, qui connaissaient la télévision, mais non les sites de streaming, furent impressionnés par ces nouveaux outils, qui permettaient de bénéficier d'un choix beaucoup plus vaste sans avoir besoin de quitter le domicile. Après la longue conversation morbide du début de soirée, je jugeai que nous avions besoin de nous changer les idées avec une bonne comédie. Et, en effet, les rires fusèrent dans le salon du manoir pendant la projection. Ensuite, nous nous préparâmes pour le coucher.
Le lendemain matin, nous retrouvâmes Mathias à notre lieu de rendez vous habituel. Nous nous étions équipés avec de solides chaussures de marche, avec, dans la voiture, des sacs à dos contenant des gourdes remplies d'eau, car notre guide nous avait proposé comme programme une grande balade. Après avoir acheté quelques victuailles au village, nous prîmes la voiture et, suivant l'itinéraire que Mathias nous indiquait, parcourûmes une dizaine de kilomètres avant de nous arrêter à la lisière d'une forêt. Des collines s'élevaient autour de nous. Notre guide nous indiqua un parcours de promenade que nous pourrions accomplir sans problème pendant la journée. Au cours des heures qui suivirent, nous marchâmes le long d'un chemin forestier, à travers les collines. Nous profitions de l'air pur, du chant des oiseaux, et de notre isolement au milieu de la nature. L'alternance de phases de montées et descente confirmaient le caractère sportif de notre excursion. Enfin, en milieu de journée, nous parvînmes à un lac, au bord duquel Mathias nous proposa de prendre le déjeuner. Nous sortîmes de nos sacs les sandwiches que nous avions préparés avant notre départ du village, et nous démarrâmes le repas. Tandis qu'il mangeait, Mathias vérifia que nous étions bien seuls et que personne ne nous écoutait, puis il s'adressa à nous en ces termes:
"Alors, vous leur en avez parlé de notre conversation d'hier?
Nous nous figeâmes sur place devant cette question inattendue. Nous lui demandâmes à notre tour de quoi il voulait parler
"Ecoutez, répliqua notre guide, vous pouvez tromper les autres au village, mais avec moi, cela ne prend pas. Vous savez très bien d'qui je parle. Car moi, je sais pourquoi vous n'avez pas fui en courant après vot' première nuit au manoir. Je l'sais bien que si vous êtes toujours là, c'est qu'le comte Louis et les autres, ils vous ont à la bonne. Pourquoi, j'en sais rien, mais y vous aiment bien, ça c'est sûr.
- Alors, vous étiez au courant? demanda Mina
- Dès l'premier jour que j'vous ai vus, j'l'ai su. C'est aussi pour ça que j'ai accepté d'être votre guide. Car des gens que l'comte aime bien, c'est sûr que c'est des gens bien.
- Vous connaissez donc les fantômes du manoir? s'étonna Jonathan
- Moi non, mais par cont', ma pauvre mère, elle, elle les connaissait. Parce que vous voyez, quand elle était jeune, elle a travaillé comme domestique là bas. Et, j'peux vous dire, c'était pas drôle pour elle.
- Que voulez vous dire? demandai-je
- Quand j'étais tout p'tit, mon père nous a abandonnés, ma mère et moi. Alors il a bien fallu qu'elle trouve du boulot pour que j'ai à manger. Elle a fini par en trouver au manoir, où le comte de l'époque l'a engagée. Mais moi, j'pense que la seule raison pour laquelle ils ont pris ma mère là bas, c'est parce qu'elle était jolie, et qu'elle avait plu au fils du comte. Et celui-là, il était peut être beau, mais il était aussi méchant comme une teigne. Et il était d'autant plus mauvais que sa famille lui passait tout, et dès qu'y avait queque chose qu'il voulait, alors on le lui accordait. C'est pas comme ça qu'on élève bien un enfant, j'vous l'dis. Enfin, dès l'premier jour, le fils du comte a commencé à la harceler, à lui faire des avances. Or, même s'il était beau, c'la voulait pas dire qu'il lui plaisait, à ma mère. Et puis, s'mettre avec quelqu'un d'un rang plus haut, ça finit jamais bien. Mais plus ma mère refusait, plus il insistait, c'porc. Elle f'sait l'ouvrage le mieux possible, mais c'était pas facile dans ces conditions, surtout que l'autre, non seulement il la harcelait, mais en plus il ne manquait jamais de la dénoncer dès qu'elle commettait une erreur. Pour s'venger qu'elle se refusait à lui, il avait monté tout l'reste de la maison contre elle. C'était horrible, mais elle pouvait pas quitter c'travail, car il fallait bien qu'on s'nourrisse. Mais, l'soir, avant de partir, elle se réfugiait toute seule dans un coin pour pleurer. Et c'est là qu'elle a découvert les fantômes.
- Et elle n'a pas eu peur? m'étonnai-je
- Elle était trop malheureuse. Tout l'monde était contre elle. Or, Louis et les autres, eux, ils la consolaient, lui disaient que c'était pas sa faute, que c'était le fils du comte qui était le méchant. On a pas peur de ceux qui apportent le réconfort, même si ce sont des fantômes. Au contraire, elle les aimait. Madame Maria, qui trouvait toujours le mot juste pour lui remonter le moral quand elle se sentait desespérée. Et Victor, qui inventait toujours un numéro pour la faire rire quand elle était le plus d'humeur à pleurer. Dans cette mauvaise maison, y avait qu'eux qui étaient d'son côté. Surtout après c'qui s'est passé un jour.
- Qu'est il arrivé? demanda Mina
- C'était un jour d'hiver. Le fils du comte avait alors beaucoup bu, et il avait r'mis ça, à faire des avances à ma mère. Mais cette fois, ça a été l'refus de trop pour lui. Entraîné par sa colère et toute la bière qu'il avait dans l'sang, il s'jeta alors sur ma pauvre maman, et il la viola. Et il s'est pas contenté d'ça. L'soir même, il a osé prétendre que c'est elle qui lui avait fait des avances.
- Quoi? Et les gens ont cru ça? s'indigna Jonathan
- Il était le fils du comte, elle n'était qu'une vulgaire servante, une moins que rien à leurs yeux. D'toute façon, le père et la mère, ils étaient toujours du côté d'leur enfant, soi disant parce qu'ils l'aimaient. Quant aux aut' domestiques, ils n'allaient pas s'opposer à leur maître. Là encore, les seuls qui ont été de son côté, ça a été les spectres. Car eux, ils connaissaient la vraie nature de c'te petite ordure. Car, ce porc, il savait cacher son jeu, et paraître innocent quand ça l'arrangeait.
- Et a-t-il recommencé après cette première fois?
- Et pourquoi il l'aurait pas fait? Personne ne l'en empêchait. Oh, d'après ma mère, les fantômes auraient voulu intervenir, mais ma maman savait que ça risquait de rendre les choses encore pires pour elle. Alors, elle leur demandait d'rien faire et elle subissait. Car elle avait plus peur de m'voir mourir de faim que du fils du comte.
- Et ça a duré longtemps comme ça?
- Jusqu'à ce que c'ordure se soit lassée d'elle. Alors, il s'est arrangé pour qu'elle soit renvoyée. Après des mois de dévouement dans les pires conditions, ma mère a été jetée dehors sans rien, même pas queques sous pour tenir un peu en attendant d'trouver un nouveau boulot.
- Quel abominable individu. Et sa famille ne valait pas mieux.
- Ca, c'est bien vrai. Mais j'peux vous dire une chose : depuis le jour où ma mère a été fichue dehors, le fils du comte, il n'a plus jamais trouvé le repos. La nuit, il hurlait dans son sommeil. Quand les serviteurs entraient dans sa chambre, ils le voyaient souvent dressé sur son lit, les yeux grands ouverts avec une expression de terreur sur son visage. D'autres fois, on l'voyait courir dans les couloirs du manoir, comme s'il fuyait un ennemi invisible. Ses parents et les autres, ils connaissaient la malédiction qui frappait la famille, mais ils arrivaient pas à croire que ça arrivait à leur enfant. Ils le virent dépérir de jour en jour. En quelques semaines, le jeune homme vigoureux devint pratiquement un squelette, et il finit par perdre la raison. Il n'faisait plus rien, restait des heures sans bouger dans un coin, et il disait des choses qui avaient aucun sens. Quelques mois plus tard, on l'retrouva mort sur la terrasse. C'fut un grand malheur pour le comte et sa famille. Mais moi, j'avais beau êt' gosse, j'peux vous dire que j'ai pas versé une larme.
- Et selon vous, ce seraient les fantômes qui auraient fait cela?
- Ca, c'est sûr. Surtout que ma mère m'a raconté que les fantômes lui avaient dit qu'ils avaient déjà vu le fils du comte faire ça à d'autres filles. J'pense qu'ils voulaient d'puis longtemps punir ce méchant homme, mais qu'ils n'avaient rien fait par respect pour ma mère. Mais quand elle n'a plus été là, y avait plus personne pour les arrêter. Et croyez moi, il méritait pas mieux, ce saligaud. Et moi, j'oublierai jamais c'que Louis et les autres, ils ont fait pour ma mère.
- Et c'est donc pour cela que vous avez accepté de devenir notre guide.
- Les amis du comte Louis sont mes amis. Et vous savez, c'est aussi pour ça que moi, toutes les rumeurs et les peurs au village, je laisse faire même si j'connais la vérité. Parce que moi, j'veux qu'on les laisse tranquille, les fantômes du manoir. Alors je fais tout pour ça. J'le leur dois bien, après tout c'qu'ils ont fait pour ma pauvre maman."
Mathias avait des larmes qui coulaient de ses yeux tandis qu'il évoqua à nouveau le souvenir de sa mère. Nous avions été profondément émus par la tragédie qui avait marquée son enfance. Notre guide nous demanda néanmoins de lui promettre de ne raconter son histoire à personne, pas même aux spectres. C'est une histoire trop douloureuse pour qu'on en parle derrière son dos. Nous lui donnâmes notre parole.
Après avoir terminé le déjeuner, nous nous remîmes en route pour continuer notre balade. Lorsque nous arrivâmes enfin à la voiture, l'après midi était déjà fort avancée. Nous ramenâmes Mathias au village, et, à notre retour au manoir, le soleil était déjà en train de se coucher.
Après le dîner, nous décidâmes de terminer notre soirée en regardant un film ensemble, que je sélectionnai sur Amaflix grâce à mon ordinateur portable que j'avais connecté à l'écran de la télévision du salon. Nos amis fantômes, qui connaissaient la télévision, mais non les sites de streaming, furent impressionnés par ces nouveaux outils, qui permettaient de bénéficier d'un choix beaucoup plus vaste sans avoir besoin de quitter le domicile. Après la longue conversation morbide du début de soirée, je jugeai que nous avions besoin de nous changer les idées avec une bonne comédie. Et, en effet, les rires fusèrent dans le salon du manoir pendant la projection. Ensuite, nous nous préparâmes pour le coucher.
Le lendemain matin, nous retrouvâmes Mathias à notre lieu de rendez vous habituel. Nous nous étions équipés avec de solides chaussures de marche, avec, dans la voiture, des sacs à dos contenant des gourdes remplies d'eau, car notre guide nous avait proposé comme programme une grande balade. Après avoir acheté quelques victuailles au village, nous prîmes la voiture et, suivant l'itinéraire que Mathias nous indiquait, parcourûmes une dizaine de kilomètres avant de nous arrêter à la lisière d'une forêt. Des collines s'élevaient autour de nous. Notre guide nous indiqua un parcours de promenade que nous pourrions accomplir sans problème pendant la journée. Au cours des heures qui suivirent, nous marchâmes le long d'un chemin forestier, à travers les collines. Nous profitions de l'air pur, du chant des oiseaux, et de notre isolement au milieu de la nature. L'alternance de phases de montées et descente confirmaient le caractère sportif de notre excursion. Enfin, en milieu de journée, nous parvînmes à un lac, au bord duquel Mathias nous proposa de prendre le déjeuner. Nous sortîmes de nos sacs les sandwiches que nous avions préparés avant notre départ du village, et nous démarrâmes le repas. Tandis qu'il mangeait, Mathias vérifia que nous étions bien seuls et que personne ne nous écoutait, puis il s'adressa à nous en ces termes:
"Alors, vous leur en avez parlé de notre conversation d'hier?
Nous nous figeâmes sur place devant cette question inattendue. Nous lui demandâmes à notre tour de quoi il voulait parler
"Ecoutez, répliqua notre guide, vous pouvez tromper les autres au village, mais avec moi, cela ne prend pas. Vous savez très bien d'qui je parle. Car moi, je sais pourquoi vous n'avez pas fui en courant après vot' première nuit au manoir. Je l'sais bien que si vous êtes toujours là, c'est qu'le comte Louis et les autres, ils vous ont à la bonne. Pourquoi, j'en sais rien, mais y vous aiment bien, ça c'est sûr.
- Alors, vous étiez au courant? demanda Mina
- Dès l'premier jour que j'vous ai vus, j'l'ai su. C'est aussi pour ça que j'ai accepté d'être votre guide. Car des gens que l'comte aime bien, c'est sûr que c'est des gens bien.
- Vous connaissez donc les fantômes du manoir? s'étonna Jonathan
- Moi non, mais par cont', ma pauvre mère, elle, elle les connaissait. Parce que vous voyez, quand elle était jeune, elle a travaillé comme domestique là bas. Et, j'peux vous dire, c'était pas drôle pour elle.
- Que voulez vous dire? demandai-je
- Quand j'étais tout p'tit, mon père nous a abandonnés, ma mère et moi. Alors il a bien fallu qu'elle trouve du boulot pour que j'ai à manger. Elle a fini par en trouver au manoir, où le comte de l'époque l'a engagée. Mais moi, j'pense que la seule raison pour laquelle ils ont pris ma mère là bas, c'est parce qu'elle était jolie, et qu'elle avait plu au fils du comte. Et celui-là, il était peut être beau, mais il était aussi méchant comme une teigne. Et il était d'autant plus mauvais que sa famille lui passait tout, et dès qu'y avait queque chose qu'il voulait, alors on le lui accordait. C'est pas comme ça qu'on élève bien un enfant, j'vous l'dis. Enfin, dès l'premier jour, le fils du comte a commencé à la harceler, à lui faire des avances. Or, même s'il était beau, c'la voulait pas dire qu'il lui plaisait, à ma mère. Et puis, s'mettre avec quelqu'un d'un rang plus haut, ça finit jamais bien. Mais plus ma mère refusait, plus il insistait, c'porc. Elle f'sait l'ouvrage le mieux possible, mais c'était pas facile dans ces conditions, surtout que l'autre, non seulement il la harcelait, mais en plus il ne manquait jamais de la dénoncer dès qu'elle commettait une erreur. Pour s'venger qu'elle se refusait à lui, il avait monté tout l'reste de la maison contre elle. C'était horrible, mais elle pouvait pas quitter c'travail, car il fallait bien qu'on s'nourrisse. Mais, l'soir, avant de partir, elle se réfugiait toute seule dans un coin pour pleurer. Et c'est là qu'elle a découvert les fantômes.
- Et elle n'a pas eu peur? m'étonnai-je
- Elle était trop malheureuse. Tout l'monde était contre elle. Or, Louis et les autres, eux, ils la consolaient, lui disaient que c'était pas sa faute, que c'était le fils du comte qui était le méchant. On a pas peur de ceux qui apportent le réconfort, même si ce sont des fantômes. Au contraire, elle les aimait. Madame Maria, qui trouvait toujours le mot juste pour lui remonter le moral quand elle se sentait desespérée. Et Victor, qui inventait toujours un numéro pour la faire rire quand elle était le plus d'humeur à pleurer. Dans cette mauvaise maison, y avait qu'eux qui étaient d'son côté. Surtout après c'qui s'est passé un jour.
- Qu'est il arrivé? demanda Mina
- C'était un jour d'hiver. Le fils du comte avait alors beaucoup bu, et il avait r'mis ça, à faire des avances à ma mère. Mais cette fois, ça a été l'refus de trop pour lui. Entraîné par sa colère et toute la bière qu'il avait dans l'sang, il s'jeta alors sur ma pauvre maman, et il la viola. Et il s'est pas contenté d'ça. L'soir même, il a osé prétendre que c'est elle qui lui avait fait des avances.
- Quoi? Et les gens ont cru ça? s'indigna Jonathan
- Il était le fils du comte, elle n'était qu'une vulgaire servante, une moins que rien à leurs yeux. D'toute façon, le père et la mère, ils étaient toujours du côté d'leur enfant, soi disant parce qu'ils l'aimaient. Quant aux aut' domestiques, ils n'allaient pas s'opposer à leur maître. Là encore, les seuls qui ont été de son côté, ça a été les spectres. Car eux, ils connaissaient la vraie nature de c'te petite ordure. Car, ce porc, il savait cacher son jeu, et paraître innocent quand ça l'arrangeait.
- Et a-t-il recommencé après cette première fois?
- Et pourquoi il l'aurait pas fait? Personne ne l'en empêchait. Oh, d'après ma mère, les fantômes auraient voulu intervenir, mais ma maman savait que ça risquait de rendre les choses encore pires pour elle. Alors, elle leur demandait d'rien faire et elle subissait. Car elle avait plus peur de m'voir mourir de faim que du fils du comte.
- Et ça a duré longtemps comme ça?
- Jusqu'à ce que c'ordure se soit lassée d'elle. Alors, il s'est arrangé pour qu'elle soit renvoyée. Après des mois de dévouement dans les pires conditions, ma mère a été jetée dehors sans rien, même pas queques sous pour tenir un peu en attendant d'trouver un nouveau boulot.
- Quel abominable individu. Et sa famille ne valait pas mieux.
- Ca, c'est bien vrai. Mais j'peux vous dire une chose : depuis le jour où ma mère a été fichue dehors, le fils du comte, il n'a plus jamais trouvé le repos. La nuit, il hurlait dans son sommeil. Quand les serviteurs entraient dans sa chambre, ils le voyaient souvent dressé sur son lit, les yeux grands ouverts avec une expression de terreur sur son visage. D'autres fois, on l'voyait courir dans les couloirs du manoir, comme s'il fuyait un ennemi invisible. Ses parents et les autres, ils connaissaient la malédiction qui frappait la famille, mais ils arrivaient pas à croire que ça arrivait à leur enfant. Ils le virent dépérir de jour en jour. En quelques semaines, le jeune homme vigoureux devint pratiquement un squelette, et il finit par perdre la raison. Il n'faisait plus rien, restait des heures sans bouger dans un coin, et il disait des choses qui avaient aucun sens. Quelques mois plus tard, on l'retrouva mort sur la terrasse. C'fut un grand malheur pour le comte et sa famille. Mais moi, j'avais beau êt' gosse, j'peux vous dire que j'ai pas versé une larme.
- Et selon vous, ce seraient les fantômes qui auraient fait cela?
- Ca, c'est sûr. Surtout que ma mère m'a raconté que les fantômes lui avaient dit qu'ils avaient déjà vu le fils du comte faire ça à d'autres filles. J'pense qu'ils voulaient d'puis longtemps punir ce méchant homme, mais qu'ils n'avaient rien fait par respect pour ma mère. Mais quand elle n'a plus été là, y avait plus personne pour les arrêter. Et croyez moi, il méritait pas mieux, ce saligaud. Et moi, j'oublierai jamais c'que Louis et les autres, ils ont fait pour ma mère.
- Et c'est donc pour cela que vous avez accepté de devenir notre guide.
- Les amis du comte Louis sont mes amis. Et vous savez, c'est aussi pour ça que moi, toutes les rumeurs et les peurs au village, je laisse faire même si j'connais la vérité. Parce que moi, j'veux qu'on les laisse tranquille, les fantômes du manoir. Alors je fais tout pour ça. J'le leur dois bien, après tout c'qu'ils ont fait pour ma pauvre maman."
Mathias avait des larmes qui coulaient de ses yeux tandis qu'il évoqua à nouveau le souvenir de sa mère. Nous avions été profondément émus par la tragédie qui avait marquée son enfance. Notre guide nous demanda néanmoins de lui promettre de ne raconter son histoire à personne, pas même aux spectres. C'est une histoire trop douloureuse pour qu'on en parle derrière son dos. Nous lui donnâmes notre parole.
Après avoir terminé le déjeuner, nous nous remîmes en route pour continuer notre balade. Lorsque nous arrivâmes enfin à la voiture, l'après midi était déjà fort avancée. Nous ramenâmes Mathias au village, et, à notre retour au manoir, le soleil était déjà en train de se coucher.
Commentaires
Enregistrer un commentaire