Vacances à la campagne : une nouvelle aventure de Lucie et ses amis : partie 10

10) Visite du village

Le lendemain matin, nous nous rendîmes au bar du village où nous retrouvâmes Mathias. Après avoir pris le café avec lui, il nous proposa de nous faire visiter le bourg. Nous nous promenâmes ensemble pendant près d'une heure dans les rues du village, notre guide nous présentant les différents commerces etles bâtiments de service public, dont l'hôtel de ville. Pour terminer en beauté notre visite, Mathias nous emmena dans l'église du village. Celle-ci avait été construite près de quatre cents ans auparavant, les travaux ayant commencé en même temps que ceux du manoir, à l'initiative du comte de l'époque. L'architecture du bâtiment correspondait au style baroque , avec la présence caractéristique de colonnes au niveau de la façade, dont elles constituaient le principal ornement. Mais lorsque nous pénétrâmes dans le bâtiment, nous ne pûmes cacher notre surprise en constatant la richesse des éléments décoratifs présente dans ce qui n'était qu'une église de village. Des tableaux d'excellente facture datant du XVIIe et XVIIIe siècle étaient accrochés sur les murs de la nef. Les peintures de la face nord représentaient des scènes du Nouveau Testament, telles que l'Annonciation et la Nativité, tandis que celles de la face Sud décrivaient différents épisodes de la vie de Saint Albert de Berraine, patron du comté. Plusieurs sculptures représentant le Christ, ou des saints se dressaient le long des bas-côtés et du déambulatoire. Au niveau du transept, deux chapelles avaient été aménagées, l'une à la gloire de la Vierge Marie, dans laquelle trônait une majestueuse sculpture représentant la Vierge à l'Enfant, datant du XVIIe siècle ; quant à l'autre, elle était consacrée à Saint Albert. Mais c'est derrière l'autel que se situait le plus remarquable trésor de l'église : un retable datant du XVIIe siècle. Différentes scènes de la Passion du Christ, ainsi que la Résurrection, avaient été peintes sur les volets et la prédelle. A l'intérieur de la Huche, une série de sculptures décrivaient la scène de la Crucifixion. La minutie, le souci du détail, autant dans les peintures que les sculptures témoignaient de la grande compétence des différents artistes impliqués. Afin de respecter la solennité des lieux, nous restâmes silencieux lors de notre visite. Après avoir quitté le bâtiment, Mathias nous emmena dans un petit restaurant qui servait des spécialités du terroir local, où nous déjeunâmes. Dès que nous fûmes installés à notre table, je fis part à notre guide de notre étonnement devant la somptuosité des décorations que nous avions observés dans l'édifice religieux.
"Eh oui, elle est belle notre église nous répondit Mathias; on est fier d'avoir un bâtiment reconnu comme patrimoine national dans not' petit village. Et pourtant, c'est pas si étonnant, quand on connaît un peu d'histoire. Quand l'comte a décidé d's'installer près de not' village, en y construisant son manoir, il a aussi voulu avoir près d'chez lui une belle église. Parce que, pour les comtes de Berraine, la religion, c'est très important. Et il voulait qu'le bon Dieu, il se sente bien près de chez lui. Et c'est comme ça qu'on a eu c'te belle église dans le village. Et les comtes, ils voyaient les choses en grand; ils voulaient aussi qu'la décoration fasse honneur à Dieu. Ils ont dépensé bien des sous pour engager des artistes des grandes villes pour qu'ils fassent les peintures, les sculptures. Et, au fil des siècles, y ont toujours veillé à c'que ça reste en bon état, en donnant des sous pour entretenir l'église et c'qui y avait dedans.
Car, la religion, ça fait partie de l'identité de la famille des comtes, d'génération en génération. Et, quand parfois, y en avait dans la famille qui ne se souciait pas du bon Dieu, c'était le scandale, la honte. Quand t'es de la lignée des comtes de Berraine, soit t'es un bon catholique, soit c'est comme si tu n'étais plus de la famille. Y en a eu, au fil des siècles, qui ont été rejetés parce qu'ils étaient mécréants. Mais le plus grand scandale pour la famille, ça a été il y a près un peu plus d'un siècle. Parce que là, c'était le comte lui-même qui était mécréant.
- Le comte lui même? s'étonna Jonathan
- Oui, le comte Louis cinquième du nom. Lui, il accumulait tout : non seulement il était mécréant, mais en plus, il avait choisi de se marier avec une femme de lignée non noble, et en plus d'origine étrangère. On racontait à l'époque que c'était cette Maria qui avait éloigné son époux de la foi. Et pour ne rien arranger, même Victor, le frère du comte abandonnait à son tour la religion. Trois impies dans la famille, dont le représentant du noble nom de la Berraine : tout le reste du clan était indigné. Le dimanche, au lieu d'aller à la messe, ils préféraient faire des parties de chasse. Et, bien entendu, à la différence de ses ancêtres, le comte Louis ne donnait presque plus de sous à l'Eglise. Tous dans la famille en souffraient. On suppose que le bon Dieu aussi en a eu assez d'une telle impiété, car, deux ans après le mariage du comte, lors d'une partie de chasse, les trois mécréants périrent le même jour, l'un après l'autre. Le corps du couple avait été retrouvé dans la forêt. La femme semblait avoir fait une chute mortelle de cheval, tandis que, d'après les blessures qu'il avait reçues, le mari aurait été tué par l'attaque d'un sanglier. Quand au frère, il aurait été tué par une balle perdue. Accidents de chasse,  on disait;le signe de la vengeance du bon Dieu, on disait.
- On disait? demanda Mina. Qu'insinuez vous?
- J'dis qu'on raconte que, quand on a enterré les trois morts,  y en a pas un dans la famille qui a versé une larme : au fond, cela les arrangeait bien d'être débarrassés d'eux. Et l'prêtre, il a bien fait la cérémonie, mais on disait qu'on voyait bien qu'il était content lui aussi. Le prochain comte lui, serait un bon chrétien, et il donnerait à nouveau de l'argent aux oeuvres pieuses. Et pour la famille, la honte, c'était fini. C'est pourquoi moi, j'pense que c'était pas des accidents; que quelqu'un a peut être un peu aidé l'bon Dieu pour que les impies reçoivent leur châtiment. Et que derrière cela, y avait soit le reste de la famille, soit peut être même les curés. Mais on a jamais su, et ça reste encore qu'des rumeurs.
 - Cela dit, cette histoire était bien utile afin de maintenir les membres du clan dans la foi catholique, avançai-je
-  Je suppose : car c'est vrai qu'il n'y a pas eu de mécréant depuis. Mais, bientôt, on découvrit aussi qu'après Dieu, c'était le Diable qui s'vengeait, car bientôt le malheur envahit la maison de Berraine. Ca manquait pas, tous les dix ans, y avait toujours soit un fou, soit une mort prématurée dans la famille, et plusieurs comtes ont succombé à cet' sorte de malédiction. Et ça arrivait toujours dans le manoir, tous ces malheurs. A la fin, la reste de la famille a fini par quitter leur maison ancestrale, et maintenant, le comte actuel vit dans la grande ville. Et comme la famille n'est plus très riche, elle a fini par vendre l'manoir. Mais ils gardent toujours des sous pour prendre soin d'notre église, et c'est pourquoi elle est encore si belle."
Bien entendu, nous avions reconnu nos amis fantômes dans les trois mécréants décrits par notre guide, et nous devinâmes aisément leur rôle dans la malédiction qui avait frappé leurs successeurs. 
Le repas nous fit servi pendant cette passionnante conversation. En entrée, des charcuteries, que nous dégustâmes avec du pain de campagne. Le plat de résistance consista en une côte de boeuf servie avec des légumes du jardin, et nous terminâmes par la spécialité fromagère de la région.
Après le déjeuner, Mathias nous emmena près du bord de la rivière qui traversait le comté, et nous consacrâmes l'après midi à profiter du soleil, allongés sur l'herbe.

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