Vacances à la campagne : une nouvelle aventure de Lucie et ses amis : partie 2

2) Première visite nocturne du manoir
(Henry reprend la narration)

Lucie me donna les clefs de la maison, et je décidai de m'y rendre une semaine avant le début des vacances de mes amis. Après avoir conduit toute la nuit, j'arrivai au manoir juste avant le lever du soleil. Je m'installai dans une des chambres de la demeure pour y dormir pendant la journée. A mon réveil, le soleil n'était pas encore couché. Néanmoins, ayant pris la précaution la veille de fermer les volets de la demeure, je décidai d'y faire un peu de ménage pour préparer l'arrivée de mes amis. Au début, tout se passa sans encombre. Mais, dès le coucher du soleil, d'étranges phénomènes commencèrent à se produire. Mon aspirateur cessa brusquement de fonctionner tandis que je l'utilisais dans une des chambres. Je constatai alors que le câble d'alimentation de l'engin n'était plus connecté à la prise murale, alors que je l'y avais branché deux minutes auparavant. Je rebranchai mon aspirateur et l'allumai pour reprendre le travail. Deux minutes après, le câble était à nouveau débranché. Agacé par ce contretemps, je décidai de me consacrer au dépoussiérage des meubles. Mais à peine avais-je posé mon chiffon un instant sur une table qu'il glissa sur le sol. Et quand je me penchai pour le ramasser, il semblait m'échapper des mains à l'instant où je tentai de l'attraper. Au même moment, j'entendis la porte du salon claquer derrière moi, ce qui me semblait incompréhensible, car, les fenêtres étant fermées, aucun courant d'air ne circulait. Au fil du temps, le chaos ne fit que s'amplifier dans la demeure. Les lumières s'allumaient puis s'éteignaient, le robinet de la cuisine s'était mis à couler avant même que je n'y ait touché, et il semblait que toutes les portes de la maison s'étaient mises à grincer. Je devinai alors que la réputation de maison hantée semblait se vérifier, et j'imaginais facilement que tout ce cirque était destiné à m'effrayer. Mais, bien plus que la peur, c'est plutôt l'exaspération qui envahissait mon esprit. Aussi, je décidai de m'adresser à voix haute à destination des esprits qui devaient hanter le manoir
"Bon, les plaisanteries les plus courtes sont les meilleures. Si vous vouliez m'effrayer avec ces enfantillages, c'est raté. Alors, soit vous vous montrez, soit vous me laissez travailler"
En réponse, j'entendis des rires sinistres, ou plutôt, qui se voulaient sinistres, qui semblaient se répandre dans tout l'étendue de la demeure. Ne voulant pas répondre à cette provocation, je décidai de prendre un livre et de m'installer sur un fauteuil pour le lire. Mais, à peine l'avais-je ouvert qu'une étrange force me l'arracha des mains. Cette fois-ci, la coupe était pleine. Je criai à voix haute :
"Bon, les gars, montrez vous, qu'on en finisse"
Et soudain, trois spectres livides apparurent devant moi, hurlant et gesticulant afin de m'effrayer. Mais j'avais mon plan. Je fis semblant d'avoir peur, et commençai à courir en direction de la salle de bains, poursuivi par les fantômes. Mais dès que nous y arrivâmes, je me retournai en souriant et je savourai leur expression de stupeur. Je m'étais arrangé pour m'installer devant le miroir afin que ces joyeux drilles constatent ma vraie nature par mon absence de reflet. Lorsque je pris mon apparence vampirique, les trois spectres furent paralysés de terreur. Je m'adressai alors à eux :
"Ecoutez, je pense que nous avons autre chose à faire que de jouer à qui va plus effrayer l'autre. Ne serait il pas plus raisonnable que nous nous installions ensemble au salon afin de discuter ensemble comme des adultes?"
Les spectres approuvèrent de la tête, n'osant me contredire. Afin de leur montrer que je ne ressentais pas d'hostilité à leur égard, je repris mon visage humain. Les fantômes semblèrent aussi apprécier ce geste, car eux aussi modifièrent leur apparence. Je vis apparaître devant moi deux figures translucides de forme humaine : un jeune homme d'une trentaine d'années, une jeune femme du même âge, tous deux vêtus d'habits de nobles de la fin du XIXème siècle. Le troisième spectre avait choisi une apparence d'un squelette. Ils s'installèrent tous les trois sur le canapé tandis que je choisis un fauteuil confortable.
"A présent, je suppose qu'il est temps que nous nous présentions un peu plus officiellement. Je m'appelle Henry, et je suis venu cette nuit dans cette maison, car je vais bientôt y séjourner pour quelques semaines avec des amis, et j'étais venu un peu en avance pour préparer leur arrivée. J'avoue aussi que je souhaitais aussi vérifier les rumeurs sur le caractère hanté de ce manoir, et je dois reconnaître que je n'ai pas été déçu.A qui ai-je l'honneur?"
Le spectre à l'apparence de jeune homme prit alors la parole :
"Enchanté de faire votre connaissance, monsieur Henry. Nous sommes tous trois des ancêtres des anciens propriétaires de ce manoir. Je suis le comte Louis de Berraine, voici mon épouse Maria, et le fantôme squelette n'est autre que mon frère Victor. De notre vivant, nos moeurs dissolues avaient profondément entaché la réputation de notre famille. En châtiment, nous fûmes maudits par le reste du clan familial, et, à notre mort, nos âmes furent condamnées à hanter ce manoir à jamais. Par vengeance, mais aussi par ennui, nous décidâmes de terroriser les descendants de ceux qui nous avaient maudits. Néanmoins, je tiens à signaler que nous ne nous attaquions qu'aux membres les plus corrompus et pervertis de notre famille, évitant au maximum de faire souffrir des innocents. Cela n'empêcha pas qu'au fil des années, plusieurs morts mystérieuses survinrent dans la maison ancestrale. Aussi, depuis près de trois décennies, le manoir est inhabité, et notre seule distraction consiste à effrayer les rares personnes qui osent s'y aventurer. Je dois avouer que je suis assez surpris d'apprendre que, malgré sa réputation, des humains envisagent de séjourner dans notre demeure. Accepteriez vous de nous apporter quelques explications?
- Volontiers. Apparemment, vos descendants auraient réussi à vendre votre manoir à une agence de vacances, et celle-ci aurait décidé de la louer à un prix fort abordable pour une maison si vaste. Or, à cause de ma nature vampirique, mes amis souhaitaient une grande maison afin que nous disposions d'un espace important pour passer des moments de divertissement avec moi en attendant la tombée de la nuit. Je connaissais la réputation de votre manoir, mais vous pouvez deviner qu'en tant que créature de la nuit, cela suscitait en moi plus de curiosité que de frayeur. Vous pouvez comprendre le sentiment de solitude que l'on peut ressentir lorsqu'on vit isolé au milieu de l'univers des vivants, et cela, même si je bénéficie de l'immense chance d'être entouré d'amis humains.  Je vous avoue qu'au fond de moi, j'espérais que les rumeurs concernant votre demeure fussent vraies. Et j'espère que, malgré un début un peu mouvementé, nous puissions construire une relation positive ensemble.
- Je l'espère aussi, répliqua Maria. J'apprécie beaucoup votre politesse et votre amabilité, et cela, malgré les mauvais tours que nous vous avons joué. Et, une fois le choc passé, je reconnais que cela fait plaisir de rencontrer une créature qui ne s'enfuit pas de terreur à notre vue. Je serais fort curieuse de faire connaissance avec des humains capables de se lier d'amitié avec un vampire. Je devine que cela puisse expliquer que la réputation de notre manoir ne les ait pas effrayés. Quand doivent ils arriver?
- Dans une semaine, répondit Henry. Cela dit,que diriez vous que nous leur préparions ensemble un petit comité d'accueil digne de votre maison?
- Oh oui, oh oui, répondit avec enthousiasme Victor le squelette. J'ai hâte de m'amuser un peu avec ces nouveaux locataires
- Moi aussi, approuva Louis. Nous devons nous montrer à la hauteur de notre réputation.
- Néanmoins, répliqua Maria, n'oubliez pas qu'aucune malice ne doit entacher notre comportement envers eux. Après tout, nous souhaitons faire de ces humains des amis, et non des victimes.
- C'est pourquoi nous devons nous accorder ensemble sur la marche à suivre. Aussi, écoutez ce que je vous propose."
Et ainsi, nous discutâmes pendant près de deux heures pour organiser l'accueil de mes amis dans le manoir.
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