L'école des princesses : chapitre 98
98) La résolution de la reine
A son retour au palais, fidèle à sa promesse, Thomas raconta son aventure en détail au couple royal, qui l'écouta en silence, ne l'interrompant que pour quelques rares questions de détail. Une fois seuls, le roi demanda à son épouse :
"Eh bien, ma chère que pensez vous de l'histoire de notre serviteur?"
Mais la reine resta silencieuse, semblant profondément plongée dans ses pensées. Après une longue minute, elle s'adressa à son tout à son mari :
"Mon ami, permettez moi de me retirer dans mes appartements. J'ai besoin d'être seule, afin de pouvoir réfléchir en paix à tout ce que je viens d'entendre. Je ne souhaite être dérangée sous aucun prétexte."
Après que son épouse eût pris congé de lui, le roi veilla à ce que la tranquillité de son épouse fût respectée.
Deux heures plus tard, la reine rejoignit son époux, et s'adressa à lui d'une voix déterminée:
"Mon ami, nous devons nous rendre au plus vite dans le fief de Viersoul. Le mieux serait même de partir dès demain.
- A Viersoul? répliqua le roi, pris de court par cette initiative imprévue. Et que voulez vous faire là-bas?
- N'est ce pas évident? J'ai décidé à mon tour d'affronter le dragon afin de délivrer ma fille. Nous n'avons que trop attendu; il est temps de prendre les choses en main.
- Vous, ma chère, affronter le dragon? s'exclama le roi, ébahi par cette proposition insensée. Mais vous n'y pensez pas. Même les hommes les plus vigoureux et les plus habiles du royaume n'y sont pas parvenus. Or, vous n'êtes plus si jeune, n'avez jamais été entraînée au combat, et de surcroît vous êtes une femme. Comment pouvez vous espérer l'emporter contre un monstre si redoutable?
- Mon cher époux, depuis que notre fille a reparu dans le royaume, nous avons tant placé notre espoir de la retrouver sur une défaite du dragon que nous n'avons pas pris la peine de réfléchir à des questions qui pourtant méritaient notre attention. Et le récit de notre luthiste n'a fait que me confirmer ce sentiment, et amène d'ailleurs bien d'autres éléments qui nécessitent un examen approfondi.
- Que voulez vous dire? Quelles questions?
- Ne trouvez vous pas étrange qu'après tant d'années, le dragon décide de revenir dans notre royaume avec notre fille, en s'exposant à la possibilité de devoir faire face à des adversaires qui l'affronteraient pour délivrer sa captive, alors qu'il pouvait la garder prisonnière dans son propre domaine sans risque pour lui? Et pourquoi depuis précisément ces six derniers mois? Lorsque nous avons interrogé Marie à ce sujet au cours de notre dernière entrevue à travers le miroir, elle s'est contentée de répondre que le dragon semblait avoir ses raisons; mais lesquelles? Et à cela se rajoutent les révélations que nous a apportées le jeune Thomas, et qui suscitent aussi des interrogations. D'abord, la description de son combat. Bien que je ne doute pas du courage de notre serviteur, toute l'attitude du dragon montre qu'il ne souhaitait pas attenter à sa vie. Pour quelle raison? Il l'a même autorisé après sa défaite à parler à notre fille; pour quel motif? Et pourquoi lui et pas un autre? Mais surtout, et le plus important, il me semble évident que lorsque Marie a demandé avec insistance à Thomas de nous raconter son aventure, son intention était de nous transmettre un message par son intermédiaire. Mais lequel?
- Voilà bien des mystères que vous nous présentez là. Avez vous déjà réfléchi à de possibles explications? Et pensez vous que cela va nous aider à délivrer notre fille?
- Je vous avoue pour le moment que je ne détiens pas encore la clef de toute ces énigmes. Néanmoins, Marie semble juger que notre connaissance de l'aventure du jeune Thomas est déterminante pour permettre sa libération.
- Mais que nous a révélé Thomas qui puisse nous aider à vaincre le dragon ?
- Vous devriez plutôt vous demander ceci : est-ce uniquement le dragon qui retient prisonnière notre fille?
Le roi resta interdit devant une question si déconcertante.
"Que voulez vous dire par là?
- Je veux dire qu'autre chose que le dragon empêche Marie de reprendre sa liberté. Et c'est ce motif mystérieux que je veux découvrir afin de pouvoir enfin délivrer mon enfant. Et pour cela, je dois absolument me rendre sur les lieux où elle est retenue captive.
- Et qu'est ce qui vous fait penser que vous serez capable de trouver cette raison inconnue?
Le reine répondit d'un ton plein de conviction, mais qui trahissait une violente émotion :
- Parce que je suis persuadée que cela a un lien avec nous."
Cette réponse bouleversa son époux, et le plongea dans une profonde perplexité. Pendant quelques minutes, aucun d'eux ne parvint à prononcer un mot. Puis la reine reprit la parole, d'un ton qui n'acceptait aucun contradiction:
"Nous partirons demain à l'aube. Nous n'emporterons comme bagages que le strict nécessaire, et notre escorte sera réduite au minimum. Personne ne doit connaître le véritable motif de notre voyage. Nous ne préviendrons le seigneur de Viersoul qu'au tout dernier moment, car je ne veux pas de réception officielle.
-Mais que lui répondrons nous quand il nous demandera le motif de notre visite?
-Nous lui raconterons que nous sommes venus suivre de plus près les tentatives de libération de notre fille. Nous lui dirons aussi que nous avons souhaité rendre une visite à Marie Fabre et à sa classe. Après tout, puisque nous soutenons son projet éducatif, il est tout naturel que nous apportions de temps à autre la marque de notre intérêt. Le seigneur nous croira d'autant plus facilement que toutes ces déclarations seront vraies."
Le roi ne pouvait que s'incliner devant l'inflexible détermination de son épouse. Dès le lendemain, le couple royal quitta le château en direction du fief de Viersoul.
A son retour au palais, fidèle à sa promesse, Thomas raconta son aventure en détail au couple royal, qui l'écouta en silence, ne l'interrompant que pour quelques rares questions de détail. Une fois seuls, le roi demanda à son épouse :
"Eh bien, ma chère que pensez vous de l'histoire de notre serviteur?"
Mais la reine resta silencieuse, semblant profondément plongée dans ses pensées. Après une longue minute, elle s'adressa à son tout à son mari :
"Mon ami, permettez moi de me retirer dans mes appartements. J'ai besoin d'être seule, afin de pouvoir réfléchir en paix à tout ce que je viens d'entendre. Je ne souhaite être dérangée sous aucun prétexte."
Après que son épouse eût pris congé de lui, le roi veilla à ce que la tranquillité de son épouse fût respectée.
Deux heures plus tard, la reine rejoignit son époux, et s'adressa à lui d'une voix déterminée:
"Mon ami, nous devons nous rendre au plus vite dans le fief de Viersoul. Le mieux serait même de partir dès demain.
- A Viersoul? répliqua le roi, pris de court par cette initiative imprévue. Et que voulez vous faire là-bas?
- N'est ce pas évident? J'ai décidé à mon tour d'affronter le dragon afin de délivrer ma fille. Nous n'avons que trop attendu; il est temps de prendre les choses en main.
- Vous, ma chère, affronter le dragon? s'exclama le roi, ébahi par cette proposition insensée. Mais vous n'y pensez pas. Même les hommes les plus vigoureux et les plus habiles du royaume n'y sont pas parvenus. Or, vous n'êtes plus si jeune, n'avez jamais été entraînée au combat, et de surcroît vous êtes une femme. Comment pouvez vous espérer l'emporter contre un monstre si redoutable?
- Mon cher époux, depuis que notre fille a reparu dans le royaume, nous avons tant placé notre espoir de la retrouver sur une défaite du dragon que nous n'avons pas pris la peine de réfléchir à des questions qui pourtant méritaient notre attention. Et le récit de notre luthiste n'a fait que me confirmer ce sentiment, et amène d'ailleurs bien d'autres éléments qui nécessitent un examen approfondi.
- Que voulez vous dire? Quelles questions?
- Ne trouvez vous pas étrange qu'après tant d'années, le dragon décide de revenir dans notre royaume avec notre fille, en s'exposant à la possibilité de devoir faire face à des adversaires qui l'affronteraient pour délivrer sa captive, alors qu'il pouvait la garder prisonnière dans son propre domaine sans risque pour lui? Et pourquoi depuis précisément ces six derniers mois? Lorsque nous avons interrogé Marie à ce sujet au cours de notre dernière entrevue à travers le miroir, elle s'est contentée de répondre que le dragon semblait avoir ses raisons; mais lesquelles? Et à cela se rajoutent les révélations que nous a apportées le jeune Thomas, et qui suscitent aussi des interrogations. D'abord, la description de son combat. Bien que je ne doute pas du courage de notre serviteur, toute l'attitude du dragon montre qu'il ne souhaitait pas attenter à sa vie. Pour quelle raison? Il l'a même autorisé après sa défaite à parler à notre fille; pour quel motif? Et pourquoi lui et pas un autre? Mais surtout, et le plus important, il me semble évident que lorsque Marie a demandé avec insistance à Thomas de nous raconter son aventure, son intention était de nous transmettre un message par son intermédiaire. Mais lequel?
- Voilà bien des mystères que vous nous présentez là. Avez vous déjà réfléchi à de possibles explications? Et pensez vous que cela va nous aider à délivrer notre fille?
- Je vous avoue pour le moment que je ne détiens pas encore la clef de toute ces énigmes. Néanmoins, Marie semble juger que notre connaissance de l'aventure du jeune Thomas est déterminante pour permettre sa libération.
- Mais que nous a révélé Thomas qui puisse nous aider à vaincre le dragon ?
- Vous devriez plutôt vous demander ceci : est-ce uniquement le dragon qui retient prisonnière notre fille?
Le roi resta interdit devant une question si déconcertante.
"Que voulez vous dire par là?
- Je veux dire qu'autre chose que le dragon empêche Marie de reprendre sa liberté. Et c'est ce motif mystérieux que je veux découvrir afin de pouvoir enfin délivrer mon enfant. Et pour cela, je dois absolument me rendre sur les lieux où elle est retenue captive.
- Et qu'est ce qui vous fait penser que vous serez capable de trouver cette raison inconnue?
Le reine répondit d'un ton plein de conviction, mais qui trahissait une violente émotion :
- Parce que je suis persuadée que cela a un lien avec nous."
Cette réponse bouleversa son époux, et le plongea dans une profonde perplexité. Pendant quelques minutes, aucun d'eux ne parvint à prononcer un mot. Puis la reine reprit la parole, d'un ton qui n'acceptait aucun contradiction:
"Nous partirons demain à l'aube. Nous n'emporterons comme bagages que le strict nécessaire, et notre escorte sera réduite au minimum. Personne ne doit connaître le véritable motif de notre voyage. Nous ne préviendrons le seigneur de Viersoul qu'au tout dernier moment, car je ne veux pas de réception officielle.
-Mais que lui répondrons nous quand il nous demandera le motif de notre visite?
-Nous lui raconterons que nous sommes venus suivre de plus près les tentatives de libération de notre fille. Nous lui dirons aussi que nous avons souhaité rendre une visite à Marie Fabre et à sa classe. Après tout, puisque nous soutenons son projet éducatif, il est tout naturel que nous apportions de temps à autre la marque de notre intérêt. Le seigneur nous croira d'autant plus facilement que toutes ces déclarations seront vraies."
Le roi ne pouvait que s'incliner devant l'inflexible détermination de son épouse. Dès le lendemain, le couple royal quitta le château en direction du fief de Viersoul.
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